C’est une première pour le réalisateur japonais Koji Fukada : son long-métrage « Quelques jours à Nagi », sélectionné en compétition officielle lors de la 79e édition du Festival de Cannes, sera projeté le 13 mai 2026 au Grand Auditorium Lumière. Ce film, attendu sur les écrans français le 7 octobre 2026, plonge le spectateur dans une étude subtile des dynamiques sociales et des relations humaines au Japon, avec une attention particulière portée aux questions LGBT et au patriarcat persistant dans les zones rurales. Selon Franceinfo - Culture, Fukada y aborde ces enjeux avec une mise en scène épurée, privilégiant l’émotion brute et les non-dits.

L’histoire suit Yuri, une architecte venue passer quelques jours chez son ex-belle-sœur Yoriko, une sculptrice installée à Nagi, petite ville de la préfecture d’Okayama. Le séjour de Yuri s’étire à mesure que se tisse une relation complexe entre les deux femmes, tandis que celle-ci se lie également avec deux jeunes villageois, Keita et Haruki. Le film, tourné dans un musée d’art contemporain local, interroge la pudeur des sentiments et les normes sociales qui pèsent sur les individus, notamment en milieu rural où le patriarcat reste omniprésent.

Ce qu'il faut retenir

  • Première sélection en compétition officielle pour Koji Fukada au Festival de Cannes, avec « Quelques jours à Nagi » projeté le 13 mai 2026.
  • Le film, attendu en salles françaises le 7 octobre 2026, explore les tensions entre tradition et modernité au Japon, à travers l’histoire de Yuri et de son ex-belle-sœur Yoriko.
  • Koji Fukada y aborde les questions LGBT et le patriarcat rural, un thème récurrent dans son œuvre.
  • Le tournage s’est déroulé à Nagi, en préfecture d’Okayama, autour d’un musée d’art contemporain local.
  • La mise en scène, discrète et immersive, cherche à restituer les émotions dans leur complexité naturelle, sans les simplifier.

Un récit né d’une rencontre artistique et d’un lieu chargé de symboles

L’idée de « Quelques jours à Nagi » remonte à 2017, lorsque Koji Fukada, sollicité par le dramaturge Orisa Hirata pour adapter une de ses pièces, a découvert le musée d’art contemporain de Nagi. « J’ai été immédiatement séduit par ce lieu, mais j’ai voulu en faire bien plus qu’un simple décor », explique le réalisateur. Plutôt que de transposer l’intrigue dans un musée tokyoïte, comme initialement envisagé, il a choisi de transplanter entièrement l’histoire dans cette ville rurale, où il a perçu un potentiel narratif bien plus riche. « Ce musée est magnifique, mais Nagi elle-même m’a inspiré. J’ai voulu montrer le quotidien de ceux qui y vivent, loin des clichés urbains », précise-t-il.

Le choix d’une sculptrice comme personnage principal s’est imposé naturellement. « Dans les campagnes japonaises, les femmes restent souvent soumises à des normes patriarcales strictes. Montrer une femme vivant seule, indépendante, permettait d’interroger cette pression sociale », souligne Fukada. Quant au médium artistique, la sculpture s’est imposée comme une évidence : « Contrairement à la peinture, souvent associée à l’intimité ou à la performance, la sculpture offre une distance physique et symbolique. Et puis, le bois est abondant à Nagi, ce qui a facilité les tournages », ajoute-t-il.

Une mise en scène au service des silences et des émotions subtiles

Pour Koji Fukada, la difficulté résidait dans la retranscription à l’écran de sentiments « délicats, presque invisibles ». « Je voulais que la caméra capte les nuances des émotions sans les expliciter », confie-t-il. Plutôt que de recourir à des dialogues ou à des plans explicites, il a opté pour une approche minimaliste, où le spectateur est invité à deviner les tourments des personnages. « Parfois, quelqu’un est auprès de nous sans que l’on sache ce qu’il pense. Je voulais restituer cette complexité, cette opacité », explique-t-il. Cette méthode, qu’il qualifie de « distance à la troisième personne », vise à préserver l’ambiguïté des relations, notamment dans les scènes clés comme la déclaration d’amour entre Keita et Haruki, filmée à travers une chambre noire.

Le réalisateur a également intégré les contraintes du réel dans sa narration. « Au Japon, les budgets cinéma sont souvent serrés. J’ai donc travaillé avec ce que la nature et la météo nous offraient », indique-t-il. Certaines scènes, comme celle des musiciens jouant sous le soleil, ont même nécessité des attentes de plusieurs heures pour obtenir la lumière idéale. « La lumière, le temps, font partie de la narration. Ils influencent l’humeur des personnages et le rythme du film », précise-t-il. Une philosophie qui s’étend jusqu’à la bande-son, où une chanson sur l’ouverture des fenêtres et la floraison des fleurs clôt le récit, évoquant un changement imperceptible chez les protagonistes.

Nagi, une ville sous l’ombre d’une base militaire et des conflits mondiaux

Le quotidien des habitants de Nagi est rythmé par les détonations du camp d’entraînement militaire voisin, un détail que Fukada a souhaité intégrer tel quel. « Ces tirs font partie de leur réalité. Même si le Japon n’est pas en guerre, la présence de cette base rappelle que les conflits persistent ailleurs dans le monde. Cela fait écho à notre époque », commente-t-il. Cette présence militaire, bien que discrète à l’écran, sert de toile de fond aux tensions intimes explorées dans le film. « Elle rappelle que l’humanité est constamment en état de préparation, consciente des risques qui pèsent sur elle », ajoute le cinéaste.

Cette dimension politique s’ajoute à une réflexion sur les générations. Fukada oppose le parcours de Yoriko, une femme d’âge mûr confrontée aux normes patriarcales, à celui de Keita et Haruki, deux jeunes hommes dont l’homosexualité reste un sujet tabou. « Les choses n’ont pas tant changé qu’on pourrait le croire. Les jeunes générations subissent encore cette pression, surtout s’ils sont gays », observe-t-il. Le film montre ainsi comment, malgré les avancées sociétales, les structures traditionnelles continuent de façonner les destins individuels.

Une sélection à Cannes qui consacre un cinéaste engagé

Cette sélection en compétition officielle marque une reconnaissance internationale pour Koji Fukada, dont les films, souvent centrés sur les tensions sociales, avaient jusqu’ici principalement circulé dans les festivals spécialisés. « C’est un honneur, mais aussi une responsabilité », confie-t-il. « Cannes est une vitrine, mais le vrai travail reste la réalisation de films. Je ne veux pas me laisser griser par ce moment. » Pour lui, cette sélection est avant tout l’occasion de partager une œuvre qui, selon ses mots, « parle de l’universel à travers le particulier » — en l’occurrence, les luttes intimes d’individus face à une société qui peine à évoluer.

Le réalisateur, qui a déjà fréquenté le festival comme spectateur, mesure la portée symbolique de cette sélection. « J’ai vu des films magnifiques qui n’ont pas été retenus. Ce n’est pas une garantie de succès, mais c’est une opportunité de montrer son travail à un public plus large », explique-t-il. Quant à l’issue du palmarès, Fukada reste mesuré : « Je suis là pour présenter mon film, pas pour spéculer sur les récompenses. L’important, c’est que les spectateurs en ressortent avec des questions, pas avec des réponses toutes faites. »

Et maintenant ?

La sortie française de « Quelques jours à Nagi », prévue le 7 octobre 2026, pourrait susciter des débats sur la représentation des minorités et des normes sociales au Japon. Le film, déjà salué pour sa subtilité, pourrait également relancer les discussions sur l’homosexualité dans un pays où les droits LGBT restent limités — malgré des avancées récentes, comme l’autorisation du mariage pour tous dans certaines préfectures. Une projection au Japon, si elle se confirme, pourrait amplifier cette dynamique.

La carrière de Koji Fukada, désormais sous les projecteurs cannois, sera à suivre de près. Après ce long-métrage, le réalisateur a déjà évoqué son prochain projet, sans en préciser la teneur. Une chose est sûre : son approche, à la fois intimiste et sociale, continue de questionner les fondements de la société japonaise, des campagnes aux écrans internationaux.

Koji Fukada a découvert le musée d’art contemporain de Nagi en 2017 lors d’une adaptation théâtrale proposée par le dramaturge Orisa Hirata. Séduit par ce lieu, il a ensuite décidé d’y transplanter entièrement son récit, estimant que cette ville rurale offrait un cadre plus riche pour explorer les questions de patriarcat et d’isolement social. « Nagi n’est pas un simple décor, c’est un personnage à part entière », a-t-il déclaré.

Le film aborde l’homosexualité à travers le parcours de deux jeunes villageois, Keita et Haruki, dont la relation est contrainte par les normes sociales. Koji Fukada souligne que « le Japon reste une société patriarcale, où les jeunes hommes homosexuels subissent une pression particulière ». Bien que le pays ait connu des avancées (comme l’autorisation du mariage pour tous dans certaines préfectures), le film montre que les préjugés persistent, surtout en milieu rural.