Jeanne Hanin-Marchioni, responsable d’Altopictus, a procédé au lâcher de 3 000 moustiques tigres mâles et stériles dans le cimetière Terre Cabade à Toulouse, comme le rapporte Ouest France. Cette opération s’inscrit dans une stratégie visant à réduire la population de ces insectes vecteurs de maladies telles que la dengue, le chikungunya ou le zika. « Après avoir tournoyé, ils s’éparpillent vers l’ombre de la végétation », observe-t-elle en ouvrant délicatement une boîte en plastique transparente contenant les insectes.

Ce qu'il faut retenir

  • Des moustiques tigres mâles et stériles sont lâchés deux fois par semaine depuis avril dans 40 sites différents à Toulouse, couvrant 50 hectares.
  • L’objectif est de réduire la population de moustiques tigres de 50 % la première année, puis entre 80 % et 90 % la troisième année.
  • La technique repose sur l’accouplement des mâles stériles avec des femelles sauvages, rendant les œufs non viables.
  • Le coût de l’opération au cimetière Terre Cabade s’élève à 150 000 € HT, incluant d’autres mesures de lutte.
  • Originaire d’Asie, le moustique tigre est présent à Toulouse depuis 2004 et représente un risque sanitaire majeur.
  • D’autres villes comme Montpellier, Brive-la-Gaillarde ou Valence (Espagne) ont déjà recours à cette méthode.

Une méthode innovante pour lutter contre les moustiques tigres

Les moustiques relâchés dans le cimetière Terre Cabade sont des mâles, tous stérilisés par exposition aux rayons X. Leur rôle est de féconder les femelles sauvages, dont les œufs ne pourront éclore, réduisant ainsi la prolifération de l’espèce. « Un cimetière, avec ses pots de fleurs, ses soucoupes d’eau stagnante et sa végétation, est l’endroit rêvé pour la reproduction des moustiques », explique Jeanne Hanin-Marchioni. Depuis avril, son équipe procède à des lâchers deux fois par semaine sur 40 sites répartis dans Toulouse, pour un total de 120 000 moustiques sur une zone de 50 hectares.

Florian Vernichon, responsable de la société Terratis, précise que la zone a été quadrillée pour des lâchers tous les 150 mètres, car le moustique tigre ne se déplace pas beaucoup. « Dans la voiture, les moustiques mâles patientent dans leurs boîtes en se nourrissant de sucre. Eux ne piquent jamais, contrairement aux femelles qui ont besoin de protéines contenues dans le sang pour pondre », ajoute-t-il. Une femelle peut pondre jusqu’à soixante œufs après une seule fécondation, chaque ponte survenant deux à trois jours après un repas sanguin.

Un processus de stérilisation rigoureux

À Montpellier, où est basée Terratis, les moustiques sont séparés dès leur stade de nymphe, entre la larve et l’état adulte. « Nous passons les nymphes entre deux plaques de verre, car les mâles sont plus petits et peuvent être facilement isolés », indique Clélia Olivia, docteur en entomologie et cofondatrice de Terratis. Une fois adultes, les femelles sont conservées pour la reproduction et nourries avec du sang d’abattoir, tandis que les mâles sont stérilisés après 12 minutes d’exposition aux rayons X.

Pour les transporter, les moustiques mâles sont placés dans des cages réfrigérées. « Le froid les endort, ce qui permet de les glisser facilement dans les boîtes sans risque de fuite », explique Florian Vernichon. Cette logistique garantit un lâcher contrôlé et efficace, essentiel pour maximiser l’impact de la technique.

Un enjeu sanitaire majeur à Toulouse

Le moustique tigre, originaire d’Asie, est apparu à Toulouse en 2004. Il représente une menace sanitaire en transmettant des virus comme la dengue, le chikungunya ou le zika. « Cette méthode, dite de l’insecte stérile (TIS), est déjà utilisée à Montpellier, Brive-la-Gaillarde, Bologne (Italie) ou Valence (Espagne) », souligne Annamaria Tripichio-Rogier, conseillère municipale déléguée à l’animal à Toulouse. L’opération dans le cimetière Terre Cabade coûte 150 000 € HT, et s’ajoute à d’autres dispositifs de lutte antivectorielle.

Parmi ces mesures, la ville a installé 118 bassins d’eau stagnante peuplés de poissons se nourrissant de larves de moustiques, ainsi que 500 pièges-pondoirs distribués aux habitants. « Ces pièges imitent les reflets de l’eau et capturent les femelles ainsi que leurs larves », précise Annamaria Tripichio-Rogier. Une campagne de sensibilisation encourage également les Toulousains à éliminer les eaux stagnantes chez eux, responsables de 80 % de la reproduction des moustiques, selon Florian Vernichon.

« 80 % de la reproduction des moustiques a lieu chez des particuliers. Il est donc crucial que chacun adopte les bons gestes : vider les récipients contenant de l’eau stagnante, ne pas laisser traîner des jouets dehors ou entretenir les jardins. »
— Florian Vernichon, responsable de Terratis

Une approche complémentaire pour protéger les Toulousains

Outre les lâchers de moustiques stériles, Toulouse mise sur des solutions variées pour limiter la prolifération des insectes. Les poubellariums, ces bassins peuplés de poissons, ciblent directement les larves, tandis que les pièges-pondoirs réduisent le nombre de femelles capables de pondre. « Ces dispositifs s’ajoutent aux campagnes de communication rappelant les gestes simples à adopter pour limiter les eaux stagnantes », ajoute Annamaria Tripichio-Rogier.

Cette stratégie globale vise à protéger la population toulousaine, d’autant que le moustique tigre s’est désormais installé dans plus de 70 départements français. « La lutte contre cet insecte est un combat de longue haleine, mais les résultats obtenus dans d’autres villes montrent que la technique de l’insecte stérile peut être efficace », souligne Florian Vernichon.

Et maintenant ?

Les lâchers de moustiques stériles se poursuivront deux fois par semaine jusqu’à atteindre les objectifs fixés. Si les résultats sont probants, cette méthode pourrait être étendue à d’autres quartiers toulousains ou à d’autres villes confrontées à la prolifération du moustique tigre. Une évaluation sera menée après la première année pour mesurer l’efficacité du dispositif et ajuster les actions en conséquence. D’ici 2028, la ville espère avoir réduit de 80 à 90 % la population de moustiques tigres sur la zone concernée.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de prévention des maladies vectorielles en France, alors que plus de 210 cas importés de dengue, chikungunya ou zika ont été recensés en métropole depuis mai 2026. Les autorités sanitaires appellent à la vigilance, notamment pendant la période estivale où les moustiques sont les plus actifs.

Les femelles sont responsables de la ponte et donc de la propagation de l’espèce. Les mâles, eux, ne piquent pas et ne transmettent pas de maladies. Leur stérilisation permet de limiter les naissances sans cibler directement les insectes vecteurs de virus.

Les moustiques stériles ne survivent pas plus longtemps que leurs congénères sauvages. Leur impact sur l’écosystème est considéré comme limité, car ils ne transmettent pas de gènes modifiés et disparaissent rapidement. Les études menées jusqu’à présent n’ont pas révélé d’effets négatifs majeurs.