Une rame TER complète, des cyclistes refoulés à la gare de Valence, des réservations payantes et obligatoires en haute saison : la France, qui ambitionne de devenir « première destination mondiale du tourisme à vélo d’ici 2030 », doit encore concilier développement du cyclotourisme et offre ferroviaire adaptée. Selon Le Figaro, l’intermodalité entre train et vélo reste un défi majeur, notamment en période estivale où la demande explose.
En mai 2026, la Région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA) a renforcé les règles d’embarquement des vélos non démontés sur ses lignes TER. Si des places leur sont réservées, le système peine à suivre la croissance de la pratique. Un week-end prolongé début mai sur la ligne Valence-Gap-Briançon, fréquentée par la ViaRhôna, illustre cette tension : sur les six vélos non réservés ayant tenté d’embarquer, deux seulement ont pu être acceptés, les autres devant soit descendre, soit payer une amende.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, 41 000 réservations de vélos ont été enregistrées sur les quatre lignes TER AuRA où cette obligation s’appliquait, dont 32 000 sur Lyon-Avignon-Marseille.
- La réservation est désormais obligatoire de mai à septembre, le week-end et les jours fériés, et tous les jours en juillet et août sur les axes concernés.
- 37 % des cyclistes sur la ViaRhôna en 2022 étaient venus en train, contre 25 % cinq ans plus tôt, selon l’agence de tourisme de la Région.
- En 2026, la réservation à 1 euro est étendue à l’ensemble des lignes TER AuRA, même hors grands axes véloroutes.
- Les associations soulignent des modalités complexes (sites séparés, gratuité variable, règles différentes selon les régions), pouvant dissuader les voyageurs spontanés.
Une offre ferroviaire en tension face à l’essor du cyclotourisme
Depuis la crise sanitaire, la Région Auvergne-Rhône-Alpes observe une « très forte croissance de la fréquentation voyageurs des TER et de la pratique cyclotouristique ». Un vélo non démonté occupe l’équivalent de trois places de voyageurs, ce qui limite mécaniquement le nombre de cyclistes acceptables à bord. « La réservation vélo est un service très demandé pour garantir une place à bord », explique la Région AuRA, qui rappelle que la ViaRhôna, l’une des véloroutes les plus fréquentées de France, traverse son territoire.
En 2025, les quatre lignes concernées par l’obligation de réservation ont enregistré plus de 41 000 demandes, dont 32 000 sur l’axe Lyon-Avignon-Marseille. Cette ligne, qui longe en partie la ViaRhôna, illustre l’engorgement des TER en période estivale. « On se retrouve avec des files d’attente, des usagers qui doivent laisser leur vélo sur le quai ou renoncer à leur voyage », confie un agent SNCF en gare de Valence.
Des règles variables et parfois décourageantes pour les usagers
Le système de réservation, obligatoire et payant (1 euro en AuRA), présente des failles selon les territoires. « Les modalités changent selon le type de train et la région : caractère obligatoire ou non, gratuité ou tarif, réservation sur un site distinct de celui du billet voyageur », souligne Didier Couval, président de CycloTransEurope. « Ça peut être dissuasif pour ceux qui veulent voyager à l’improviste. Le vélo semble facile, mais le voyage, lui, ne l’est pas toujours. »
Pour pallier ces difficultés, Clément Férey, voyageur à vélo et développeur, a lancé en 2024 le site velotrain.fr afin de centraliser les informations sur les réservations et les règles d’embarquement. « L’accès à l’information et la compréhension des règles étaient un des principaux défis », explique-t-il. De son côté, le portail France Vélo Tourisme intègre désormais les gares sur ses cartes et prépare des modules d’intermodalité pour faciliter la planification des trajets combinés train-vélo.
Des alternatives existent, mais l’intermodalité reste perfectible
Face aux limites de l’offre ferroviaire, plusieurs solutions sont envisagées. Luc Berman, chargé de mission au sein de l’association Réseau Vélo et Marche, suggère de « louer un vélo sur place ou d’utiliser le système du *one-way* pour une location en itinérance entre deux points ». Il rappelle aussi que « prendre son vélo démonté, dans une housse, reste toujours possible à bord des trains ».
La Région AuRA a investi pour renforcer le personnel SNCF dédié à l’accompagnement des cyclotouristes et augmenter les capacités d’embarquement, avec « plusieurs milliers de places supplémentaires prévues pour la saison 2026 ». Des améliorations sont aussi en cours pour faciliter la déambulation dans les gares et le confort des voyageurs à vélo. « Le train doit rester accessible financièrement et conçu avant tout pour les personnes », rappelle Luc Berman.
En attendant, les associations appellent à une meilleure information des usagers et à une simplification des procédures. « L’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des places, mais de rendre le système compréhensible et attractif », résume Luc Berman. Autant dire que la route sera encore longue.
Non, l’obligation de réservation ne s’applique actuellement qu’en Auvergne-Rhône-Alpes sur certaines lignes, principalement celles desservant les grands axes véloroutes comme la ViaRhôna. Dans d’autres régions, la réservation peut être facultative ou inexistante. Il est conseillé de consulter les sites des régions ou de la SNCF avant de voyager.