Chaque année, dès les premiers jours de mai, la Provence s’anime au rythme des sabots et des chants traditionnels. À Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, la transhumance marque le départ des bergers et de leurs troupeaux vers les estives, une tradition ancestrale qui s’inscrit dans le patrimoine local. Selon Franceinfo - Culture, cette pratique, attestée depuis l’Antiquité dans la région, reste un symbole fort de l’identité provençale.
Dans les rues du village, des centaines de moutons défilent, encadrés par des bergères vêtues de costumes traditionnels. « Pour montrer que ça existe encore, et qu’on a de belles choses en Provence », déclare l’une d’elles, fière de perpétuer cette coutume. La fête, qui mêle défilés, danses folkloriques et chants, célèbre à la fois le départ des troupeaux et la richesse culturelle de la région.
Ce qu'il faut retenir
- La transhumance à Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône) marque le départ des troupeaux vers les alpages, une tradition remontant à l’Antiquité.
- Un défilé de plusieurs centaines de moutons, encadrés par des bergères en costume traditionnel, traverse le village chaque année.
- Des danses folkloriques et des tracteurs de collection sont également mis à l’honneur pour préserver le patrimoine provençal.
- Magalie Lemercier, bergère, défile avec un troupeau de 1 200 brebis, béliers et agneaux, un hommage à son père, qui lui a transmis cette passion.
- La soirée s’achève par une veillée des bergers, où chansons et danses rythment leur dernier moment ensemble avant plusieurs mois d’absence.
Un héritage millénaire en marche
Dès l’aube, le village de Saint-Martin-de-Crau se prépare à accueillir l’un des événements les plus attendus de l’année. Les bergers, accompagnés de leurs troupeaux, prennent la route des estives, où l’herbe fraîche des montagnes les attend. « La transhumance, c’est notre patrimoine, notre tradition », confie une participante, soulignant l’importance de cette pratique pour les Provençaux. Côté..., cette fête est aussi l’occasion de rappeler que l’élevage ovin dans la plaine de la Crau existe depuis des siècles, bien avant que le tourisme ou les villes ne façonnent le paysage.
Les costumes traditionnels, les cornettes et les bandeaux ajustés par Cécile Vasquez, professeure de danse folklorique, rappellent une histoire rurale où chaque détail compte. « Je rectifie les bandeaux, et ensuite, je vais y remettre les cornettes », explique-t-elle, tout en précisant qu’il s’agit d’une coiffe vieille de deux siècles. Une tradition qu’elle transmet aujourd’hui aux enfants du village, pour qui ces symboles ne sont plus des vestiges du passé, mais bien une fierté à porter. « On représente une culture provençale. Et moi, ça me rend fière », confie une jeune danseuse.
Entre folklore et émotion, l’âme provençale en scène
La fête ne se limite pas aux moutons. Dès le matin, les rues s’animent avec le défilé des tracteurs de collection, un hommage aux machines qui ont façonné l’agriculture locale. « Ça nous rappelle un peu le temps ancien, tous ces tracteurs », observe une participante. Les danses folkloriques, exécutées par de jeunes filles vêtues de robes colorées et de rubans, ajoutent une touche poétique à l’événement. « Les danses folkloriques, c’était magnifique », se réjouit une spectatrice, tandis que les musiciens entament des mélodies traditionnelles.
Pour Magalie Lemercier, bergère à Saint-Martin-de-Crau, cette journée est bien plus qu’une simple célébration. C’est l’occasion de rendre hommage à son père, qui lui a transmis sa passion pour l’élevage. Avec son troupeau de 1 200 brebis, béliers et agneaux, elle marche en tête du cortège, un sourire discret aux lèvres. « Mon père, c’est lui qui m’a transmis sa passion, quoi. Du coup, chaque fois, j’ai une pensée pour lui », confie-t-elle. Une émotion palpable, partagée par l’ensemble du village, où chacun sait que ces moments de rassemblement sont précieux avant le départ pour les alpages.
La veillée des bergers, un adieu temporaire sous le ciel provençal
Une fois le défilé terminé, la fête se poursuit en musique. La soirée, surnommée la « veillée des bergers », est l’occasion pour les habitants de se retrouver autour de chants et de danses. « Avant, la transhumance se faisait à pied. Avant le départ, on réunissait tous ces bergers, on faisait le repas du départ », explique Magalie Lemercier. Autant dire que cette soirée est bien plus qu’une simple fête : c’est un moment de cohésion, où l’on célèbre ensemble une tradition qui lie les générations.
Les anciens racontent que, jadis, ces rassemblements duraient plusieurs jours, le temps de préparer les troupeaux pour le long voyage. Aujourd’hui, même si les moyens de transport ont changé, l’esprit reste le même. Les participants profitent de ces dernières heures de convivialité avant que les bergers ne partent pour plusieurs mois dans les montagnes. « Être ensemble le temps d’une soirée, avant de partir plusieurs mois dans les alpages : l’occasion pour les bergers de faire vivre ou redécouvrir l’âme provençale », précise Magalie Lemercier.
Cette fête, qui mêle histoire, émotion et convivialité, pose une question simple : jusqu’où les communautés rurales pourront-elles maintenir ces traditions face à l’évolution des modes de vie ? Une interrogation qui dépasse largement les frontières de la Provence, alors que de plus en plus de régions tentent de préserver leur patrimoine immatériel.
La transhumance vers les estives dure généralement de mai à octobre, soit environ cinq mois, période pendant laquelle les troupeaux profitent des pâturages d’altitude avant de redescendre dans la plaine.
Oui, plusieurs communes des Bouches-du-Rhône et des Alpes-de-Haute-Provence célèbrent la transhumance, comme Valensole ou Digne-les-Bains, chacune avec ses propres spécificités et traditions locales.