Plusieurs créateurs de contenus présents à Cannes pour la projection du film « L’Abandon », réalisé par Vincent Garenq et retraçant les derniers jours avant l’assassinat de Samuel Paty en 2020, ont vivement critiqué l’œuvre lors de débats en ligne. Selon Le Figaro, ces réactions, relayées notamment par le streamer Raphaël Garcia, révèlent des divergences sur la représentation du professeur et de son environnement dans le film.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « L’Abandon », sorti le 14 mai 2026, est au cœur de vives critiques de la part de plusieurs streamers présents au Festival de Cannes.
- Ces créateurs de contenus, dont Grimkujow et Raphaël Garcia, accusent le film de diaboliser les musulmans et de verser dans les préjugés.
- D’autres spectateurs, en revanche, ont salué le film comme un « grand moment du cinéma français ».
- Le film a été financé en partie par la région Île-de-France, ce qui a suscité des réactions politiques.
- Le réalisateur Vincent Garenq avait promis d’éviter le sensationnalisme, mais certains streamers remettent en cause cette intention.
Des critiques virulentes sur la représentation des musulmans
Raphaël Garcia, streamer et cinéphile reconnu sous le pseudonyme @Paflemeilleur sur Instagram, a interrogé plusieurs spectateurs ayant assisté à la projection. Le premier interrogé, dont l’identité n’est pas révélée, a exprimé sa déception : « Je m’attendais à un truc pas terrible, mais au moins à quelque chose qui n’allait au moins pas diaboliser encore plus les musulmans. Or, c’est exactement ce que j’ai ressenti. » Selon lui, le film « montre tellement la famille en question qui mène à toute la désinformation » que les musulmans « se font taper dessus ».
Grimkujow, streamer à 225 000 abonnés, a pour sa part qualifié le film de « mauvais et dangereux ». Il a reproché au réalisateur d’avoir « créé un amalgame » et de véhiculer des préjugés : « Tous les musulmans hommes sont méchants et toutes les femmes musulmanes sont soit soumises à leur mari, soit gentilles. Tous les personnages blancs sont irréprochables, gentils. » Il a également critiqué la scène où l’agresseur, Abdoullakh Anzorov, crie « Allah Akbar » avant de poignarder Samuel Paty, estimant que cette reconstitution n’est pas fidèle à la réalité.
Une polarisation politique autour du film
Les propos tenus par les streamers ont rapidement suscité des réactions politiques. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a défendu le film sur X (ex-Twitter) : « Dénigrement insupportable de la LFI sur le film L’Abandon. Oui, raconter l’engrenage terrible qui conduisit à l’assassinat de Samuel Paty est indispensable. Et la région Île-de-France est fière de l’avoir financé ! »
Le député européen Matthieu Valet (RN) a pour sa part dénoncé des propos « à vomir », soulignant que le film était un hommage nécessaire au professeur assassiné. Ces échanges illustrent la polarisation autour d’une œuvre qui, trois ans après les faits, continue de diviser l’opinion publique.
Deux visions opposées du film
Alors que certains créateurs de contenus ont vivement critiqué « L’Abandon », d’autres spectateurs ont au contraire encensé le film. Trois adolescents interrogés par Raphaël Garcia ont salué une œuvre « très bouleversante » et « proche de la réalité ». L’un d’eux a même estimé qu’il s’agissait d’un « grand moment du cinéma français ».
Le réalisateur Vincent Garenq, connu pour son approche documentée, avait promis d’éviter le sensationnalisme. Pourtant, les critiques des streamers remettent en cause cette promesse, notamment sur la représentation des musulmans et la reconstitution des événements. Le débat porte donc autant sur la qualité artistique du film que sur son message politique.
Le débat sur la représentation des faits divers dans le cinéma français n’est pas nouveau, mais « L’Abandon » en cristallise les enjeux : comment rendre hommage à une victime sans tomber dans la caricature ou l’instrumentalisation politique ? La réponse pourrait varier selon les sensibilités, mais une chose est certaine : le film a déjà rempli sa mission première, celle de susciter le débat.
Le film est critiqué pour sa représentation des musulmans, certains accusant le réalisateur d’avoir diabolisé cette communauté et de véhiculer des préjugés. À l’inverse, ses défenseurs estiment qu’il rend hommage à Samuel Paty en retraçant les circonstances de son assassinat.
La région Île-de-France a financé en partie le film, une décision qui a suscité des réactions politiques, notamment de la part de Valérie Pécresse, qui a défendu l’œuvre contre les critiques de La France Insoumise.