L’économie française traverse une période sans précédent, marquée par une combinaison de chocs internes et externes. Selon Le Figaro, elle subit actuellement une stagflation — mélange de stagnation économique et d’inflation élevée — aggravée par un triple déséquilibre : énergétique, fiscal et financier. Cette situation, qui s’est aggravée au premier trimestre 2026, expose les faiblesses structurelles du pays, aggravées par des tensions géopolitiques persistantes.

Ce qu'il faut retenir

  • La croissance française a été nulle au premier trimestre 2026, selon les dernières données.
  • L’inflation a doublé en un an pour atteindre 2,2 % en avril 2026.
  • Le chômage a progressé à 8,1 % de la population active, soit une hausse de 0,7 point sur un an.
  • Le déficit commercial s’est creusé à 14,1 milliards d’euros, en hausse de 2,8 milliards en trois mois.
  • Trois chocs simultanés — énergétique, fiscal et financier — expliquent cette crise selon Nicolas Baverez.

Une économie asphyxiée par trois chocs simultanés

L’analyse de Nicolas Baverez, économiste et chroniqueur du Figaro, met en lumière une situation économique particulièrement fragile. La France est frappée par un choc énergétique lié à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz, qui a provoqué une hausse des prix des hydrocarbures. Cette tension externe se double d’un choc fiscal, avec une commotion budgétaire qui pèse sur les finances publiques, et d’un choc financier, lié à la perte de contrôle des dépenses de l’État. « L’économie française est laminée par ce triple choc », a-t-il déclaré, soulignant que cette combinaison est inédite dans son ampleur.

Le choc énergétique n’est pas une exception française. Les économies européennes subissent toutes les conséquences de la hausse du prix du pétrole, qui transfère désormais 1,5 % du PIB vers les pays producteurs, contre 3 % en 1973 lors du premier choc pétrolier. Pourtant, la France se distingue par sa vulnérabilité structurelle, aggravée par des déséquilibres internes. La hausse des coûts énergétiques, combinée à une inflation persistante et à une croissance atone, crée un environnement économique particulièrement tendu.

Des indicateurs économiques en net recul

Les chiffres disponibles pour le premier trimestre 2026 confirment cette dégradation. La croissance française, déjà atone en 2025, n’a enregistré aucune progression entre janvier et mars 2026. Dans le même temps, l’inflation a atteint 2,2 % en avril 2026, soit le double de son niveau d’avril 2025. Ce phénomène, couplé à une hausse du chômage à 8,1 % de la population active — en progression de 0,7 point sur un an — illustre les difficultés croissantes du marché du travail.

Le déficit commercial, autre signe de faiblesse, s’est creusé à 14,1 milliards d’euros, en augmentation de 2,8 milliards sur les trois derniers mois. Cette dégradation reflète une baisse des exportations et une hausse des importations, notamment énergétiques. Les économistes s’accordent à dire que cette situation pourrait s’aggraver si les tensions géopolitiques persistent ou si les mesures budgétaires ne permettent pas de redresser la trajectoire des finances publiques.

Un contexte international qui aggrave la crise

La France n’est pas seule dans cette situation, mais son exposition est plus forte que celle de ses voisins européens. Les exportations chinoises vers l’Europe continuent de progresser, pesant sur les industries locales. Une rencontre prévue entre les présidents américain et chinois en mai 2026 pourrait, selon certains analystes, influencer les décisions commerciales et donc la dynamique économique du Vieux Continent. « La rencontre entre les présidents américain et chinois est cruciale pour l’Europe, notamment sur le front commercial », a rappelé Le Figaro dans une analyse parallèle.

Pourtant, le vrai défi pour la France réside dans sa capacité à corriger ses déséquilibres internes. La perte de contrôle des finances publiques, évoquée par Baverez, pose question. Les entrepreneurs multiplient les alertes sur la dégradation de la situation budgétaire, craignant une rupture si aucune mesure corrective n’est prise rapidement. « Les entrepreneurs lancent les derniers cris d’alarme avant la rupture », titre un éditorial du même quotidien.

« L’économie française est laminée par un triple choc : une crise énergétique extérieure, une commotion fiscale et un étranglement financier lié à la perte de contrôle des finances publiques. »
— Nicolas Baverez, économiste

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la capacité de la France à inverser la tendance. La publication des données du deuxième trimestre 2026, prévue en juillet, devrait donner une première indication sur l’évolution de la croissance et de l’inflation. Par ailleurs, la tenue du sommet entre les États-Unis et la Chine en mai pourrait influencer les perspectives commerciales de l’Europe, et donc de la France. Reste à voir si les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement suffiront à rassurer les marchés et à relancer l’activité.

En attendant, les indicateurs continuent de s’accumuler, dessinant un tableau où la stagflation semble s’installer. La question n’est plus de savoir si la France peut éviter une récession, mais à quel rythme elle parviendra à stabiliser son économie dans ce contexte de tensions multiples.

La stagflation désigne une situation économique où stagnation (faible ou nulle croissance) et inflation élevée coexistent. Ce phénomène est particulièrement préoccupant car les outils classiques de relance économique — comme les politiques monétaires accommodantes — peuvent aggraver l’inflation, tandis que les mesures de rigueur budgétaire risquent d’étouffer davantage la croissance. Historiquement, la stagflation est difficile à combattre, comme l’ont montré les chocs pétroliers des années 1970.