Des comptes sur TikTok, YouTube et Instagram diffusent des vidéos mettant en scène des personnages générés par intelligence artificielle (IA) et porteurs de trisomie 21, prétendant subir du harcèlement en raison de leur activité commerciale. Derrière ces publications, qui totalisent des millions de vues, se cache un système visant à exploiter l’empathie des consommateurs pour inciter à l’achat de produits artisanaux, selon une enquête du Figaro publiée ce vendredi 19 juin 2026.
Ces vidéos, souvent accompagnées de messages d’insultes simulés, présentent des personnages fictifs affirmant vendre des sacs à main, des bols en argile ou d’autres objets artisanaux. L’objectif affiché est de susciter la compassion des internautes, tout en détournant leur attention vers des boutiques en ligne aux pratiques douteuses. Le Figaro souligne que ces contenus s’inscrivent dans une tendance plus large, où des profils générés par IA usurpent l’identité de personnes vulnérables pour générer des profits.
Ce qu'il faut retenir
- Des millions de vues pour des vidéos générées par IA mettant en scène des personnages fictifs porteurs de trisomie 21, selon Le Figaro.
- Ces contenus exploitent l’empathie et la bienveillance des consommateurs pour vendre des produits artisanaux via des boutiques en ligne suspectes.
- Nathan Rowe, directeur de programme chez Down Syndrome International, dénonce une instrumentalisation de l’image des personnes trisomiques pour alimenter des stéréotypes paternalistes.
- Ces vidéos « évinceraient » les créations réelles d’entrepreneurs trisomiques, renforçant l’idée qu’ils seraient incapables de produire eux-mêmes leurs œuvres.
- Des deepfakes à caractère sexuel mettant en scène des personnes trisomiques ont déjà été signalés à Meta, conduisant au retrait de plusieurs publications.
Des vidéos générées par IA pour vendre des produits sous couvert de harcèlement
Les plateformes TikTok, YouTube et Instagram regorgent de vidéos où des personnages fictifs, porteurs de trisomie 21 et générés par IA, prétendent être victimes de harcèlement en raison de leur activité commerciale. Ces clips, qui affichent des millions de vues, montrent des individus affirmant vendre des objets artisanaux tout en subissant des insultes. Le Figaro révèle que ces vidéos redirigent les internautes vers des boutiques en ligne aux pratiques commerciales discutables, exploitant ainsi la compassion des consommateurs.
Selon Nathan Rowe, directeur de programme chez Down Syndrome International, ces contenus contribuent à renforcer des stéréotypes selon lesquels les personnes trisomiques devraient être perçues avec pitié. « Ces publications s’attaquent aux personnes qui ont une vision bienveillante, voire légèrement paternaliste, de la trisomie », a-t-il expliqué à Le Figaro. Il précise que ces vidéos « évinceraient » les publications de véritables entrepreneurs trisomiques, dont les créations réelles peinent à se faire connaître.
Un système qui marginalise les personnes trisomiques tout en générant des profits
L’enquête du Figaro met en lumière un phénomène plus large : l’utilisation de l’IA pour usurper l’identité de personnes vulnérables. En détournant des images ou des vidéos initialement publiées par des artisans trisomiques, les créateurs de ces contenus fictifs spéculent sur l’empathie des internautes. Certains produits, comme des bols en argile, ont d’abord été présentés dans de vraies publications avant d’être détournés pour servir de support à ces vidéos trompeuses.
Nathan Rowe souligne que ce système ne se contente pas de nuire à la réputation des personnes trisomiques, mais qu’il les prive également d’opportunités économiques. « Il y a beaucoup de personnes porteuses de trisomie qui ont un véritable talent et qui créent des œuvres, mais cela ne fait que renforcer l’idée qu’elles en sont incapables et que leurs créations doivent forcément être le fruit de l’IA », a-t-il regretté. Selon lui, ces pratiques perpétuent une image réductrice de la trisomie, réduisant ces personnes à leur handicap plutôt qu’à leurs compétences.
Des deepfakes à caractère sexuel déjà signalés à Meta
Cette tendance n’est pas nouvelle. Down Syndrome International a déjà déposé une plainte auprès de Meta concernant la diffusion de deepfakes à caractère sexuel mettant en scène des personnes trisomiques. Plusieurs de ces publications ont été retirées à la suite de cette action. Cependant, Nathan Rowe estime que les plateformes doivent faire davantage pour lutter contre ces dérives. « Les plateformes devraient en faire davantage afin d’éviter la dissémination de tels contenus », a-t-il déclaré.
Pour l’heure, les règles en vigueur sur TikTok interdisent les activités trompeuses, manipulatoires ou discriminatoires. YouTube applique des règles similaires. Contacté par l’AFP, Meta n’a pas répondu aux questions du Figaro sur ce sujet. Malgré les retraits de certaines vidéos, d’autres comptes continuent de partager ces clips générés par IA, qui redirigent les utilisateurs vers des produits à vendre.
Un système facile à mettre en place, difficile à contrôler
Selon Jeremy Carrasco, cofondateur du cabinet de recherche en IA Riddance, la prolifération de ces vidéos s’explique par la facilité avec laquelle elles peuvent être créées. « De nombreuses défaillances systémiques s’ajoutent les unes aux autres et aggravent la situation », a-t-il indiqué. Il précise que ces vidéos sont « extrêmement faciles à créer et difficiles à surveiller », ce qui explique leur explosion sur les réseaux sociaux.
L’AFP avait déjà enquêté sur une tendance similaire, où des comptes usurpaient l’identité de personnes âgées pour inciter les utilisateurs à acheter par compassion des produits comme des pantoufles ou des colliers pour chiens. Pour Jeremy Carrasco, ces pratiques pourraient atteindre un seuil critique si les plateformes ne renforcent pas leurs mesures de modération. « On a l’impression d’avoir atteint les limites de ce qui est acceptable, et s’ils continuent à aller plus loin, je pense qu’il va se passer quelque chose », a-t-il averti.
Si ces pratiques persistent, les personnes trisomiques, comme d’autres groupes marginalisés, continueront de subir les conséquences d’une instrumentalisation de leur image à des fins commerciales. Les plateformes devront donc trouver un équilibre entre liberté d’expression et protection des utilisateurs, sous peine de voir leur crédibilité s’éroder auprès d’un public de plus en plus sensibilisé aux dérives de l’IA.
Ces vidéos exploitent l’image des personnes trisomiques pour susciter l’empathie des consommateurs. En jouant sur les stéréotypes de vulnérabilité et de bienveillance, les créateurs de ces contenus cherchent à maximiser les ventes de produits artisanaux via des boutiques en ligne. Selon Nathan Rowe de Down Syndrome International, cela renforce une vision paternaliste de la trisomie, réduisant ces personnes à leur handicap plutôt qu’à leurs compétences réelles.
TikTok et YouTube interdisent théoriquement les activités trompeuses ou manipulatoires, tandis que Meta a déjà retiré des deepfakes à caractère sexuel mettant en scène des personnes trisomiques à la suite d’une plainte déposée par Down Syndrome International. Cependant, Nathan Rowe estime que ces mesures restent insuffisantes et que les plateformes doivent renforcer leur vigilance pour endiguer la prolifération de ces contenus.