Les juridictions françaises ont recensé 88 000 plaintes pour violences sexuelles contre des mineurs dans le cadre d’une mission exceptionnelle lancée au début du mois de juin par le garde des Sceaux. Cette initiative fait suite à l’affaire Lyhanna, un drame qui avait provoqué une onde de choc dans l’opinion publique et mis en lumière les lacunes du traitement judiciaire de ces infractions. Selon Libération, les magistrats ont passé en revue près de 70 000 dossiers, révélant ainsi l’ampleur des violences subies par les enfants en France.
Ce qu’il faut retenir
- Les juridictions ont recensé 88 000 plaintes pour violences sexuelles contre des mineurs dans le cadre d’une mission exceptionnelle.
- Cette mission a été lancée après l’affaire Lyhanna, un drame médiatisé ayant mis en lumière les failles du système judiciaire.
- Près de 70 000 dossiers ont été passés en revue par les magistrats.
- Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait demandé cette revue systématique début juin 2026.
Une mission exceptionnelle lancée après un drame médiatisé
Le 2 juin 2026, Gérald Darmanin, alors garde des Sceaux, avait ordonné aux juridictions de « passer en revue » 70 000 dossiers concernant des mineurs. Cette décision faisait suite à l’affaire Lyhanna, une jeune fille de 13 ans dont le cas avait déclenché une vague d’indignation nationale. L’affaire, largement relayée par les médias, avait révélé des dysfonctionnements dans le traitement judiciaire des violences sexuelles, notamment des retards dans l’instruction et des classements sans suite contestables. Les magistrats ont donc été invités à réexaminer ces dossiers dans un délai resserré, afin d’identifier d’éventuelles erreurs ou omissions.
88 000 plaintes recensées : un chiffre révélateur des violences subies
Le bilan de cette revue systématique, révélé par Libération, dépasse largement les attentes initiales. Avec 88 000 plaintes recensées, ce chiffre témoigne de l’ampleur des violences sexuelles commises contre des mineurs en France. Ces plaintes couvrent une période s’étendant sur plusieurs années, ce qui suggère que de nombreux cas n’avaient pas été traités correctement jusqu’alors. Les associations de protection de l’enfance et les familles de victimes avaient déjà alerté sur le nombre élevé de violences non signalées ou non suivies d’effets.
Les chiffres confirment également que les violences sexuelles sur mineurs restent un phénomène massif, malgré les campagnes de sensibilisation et les dispositifs législatifs renforcés ces dernières années. Les magistrats ont identifié plusieurs cas où des procédures avaient été classées sans suite pour des motifs jugés aujourd’hui insuffisants, voire discriminatoires.
Un réexamen des dossiers pour corriger les erreurs passées
Parmi les 70 000 dossiers passés en revue, les magistrats ont identifié des affaires où les procédures avaient été interrompues prématurément. Certains cas avaient été clos en raison d’un manque de preuves, alors que les victimes avaient pourtant porté plainte. D’autres dossiers avaient été traités avec une lenteur excessive, aggravant la souffrance des victimes. Gérald Darmanin avait insisté sur la nécessité de « faire toute la lumière » sur ces affaires, afin de rétablir la confiance dans l’institution judiciaire.
« Nous devons être intraitables sur la protection des mineurs », avait-il déclaré lors de l’annonce de cette mission. Le ministère de la Justice a confirmé que des mesures correctives seraient mises en place pour les dossiers identifiés comme problématiques, sans pour autant préciser de calendrier précis.
Un signal fort, mais des questions persistantes sur le système judiciaire
Si ce bilan met en lumière des dysfonctionnements, il soulève également des interrogations sur l’efficacité globale du système judiciaire face aux violences sexuelles. Les associations de victimes dénoncent depuis des années les lenteurs procédurales et le manque de moyens alloués aux enquêtes. Malgré les annonces récentes, le nombre élevé de plaintes non traitées pose question. « 88 000 plaintes, c’est autant de vies brisées », a réagi Me Sophie Boutboul, avocate spécialisée dans la défense des mineurs victimes d’infractions sexuelles. Elle souligne que ce chiffre ne représente que la partie émergée de l’iceberg, la plupart des victimes ne portant pas plainte par crainte ou par manque de confiance dans les institutions.
Cette affaire rappelle également l’urgence de mieux former les magistrats et les forces de l’ordre à la prise en charge des victimes mineures. Les associations appellent à une refonte globale du système, avec des moyens humains et financiers accrus. Pour l’heure, les familles de victimes et les associations restent en attente de mesures tangibles.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait demandé début juin 2026 un réexamen systématique de 70 000 dossiers concernant des mineurs, dans le cadre d’une mission exceptionnelle lancée après l’affaire Lyhanna. Cette initiative visait à identifier d’éventuelles erreurs ou omissions dans le traitement judiciaire des violences sexuelles sur mineurs.