Dans une tribune publiée ce dimanche 7 juin 2026 dans Le Monde, Alice Gayraud, ancienne responsable du plaidoyer de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), dresse un constat sans appel : la société française reste incapable de passer de l'émotion à l'action pour mettre fin aux violences sexuelles commises sur des mineurs. L'affaire Lyhanna, dont le procès s'est tenu en 2025, symbolise selon elle cette mécanique répétée de sidération collective suivie d'un retour au statu quo.

Ce qu'il faut retenir

  • Alice Gayraud, ex-responsable du plaidoyer de la Ciivise, publie une tribune cinglante dans Le Monde ce 7 juin 2026.
  • Elle dénonce l'incapacité de la société à transformer l'indignation en mesures concrètes contre les violences sexuelles sur mineurs.
  • L'affaire Lyhanna, dont le procès s'est achevé en 2025, est citée comme exemple de cette répétition des schémas.
  • La Ciivise, créée en 2021, avait pour mission de lutter contre ces violences et de proposer des réformes structurelles.

Pour Alice Gayraud, la société française semble condamnée à répéter les mêmes erreurs. « Combien de temps allons-nous mimer la stupeur devant des crimes aussi ordinaires ? » s'interroge-t-elle dans sa tribune. Selon elle, l'indignation médiatique et politique qui suit chaque affaire de ce type s'éteint aussi vite qu'elle a surgi, sans laisser de trace dans les politiques publiques. La Ciivise, commission indépendante créée en mars 2021 à l'initiative d'Emmanuel Macron, avait justement pour objectif de briser ce cycle en proposant des solutions structurelles pour protéger les enfants.

Parmi les mesures préconisées par la Ciivise figuraient l'allongement des délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs, la formation obligatoire des professionnels en contact avec des enfants, ou encore la systématisation de l'écoute des mineurs victimes. Pourtant, trois ans après sa création, Alice Gayraud estime que peu de ces recommandations ont été suivies d'effets concrets. « On célèbre les rapports, on organise des colloques, mais les enfants continuent de subir », déplore-t-elle. Selon ses chiffres, près de 160 000 mineurs seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France, un chiffre qui n'a pas évolué depuis le lancement de la Ciivise.

Le cas de Lyhanna, jeune fille victime de violences sexuelles au sein de sa famille et dont le procès a révélé des dysfonctionnements judiciaires et policiers, illustre selon Gayraud l'échec collectif. Malgré l'émotion suscitée par son histoire, les mécanismes de protection n'ont pas été renforcés. « L'affaire Lyhanna n'est pas une exception, c'est la norme », écrit-elle. — Autant dire que les alertes répétées n'ont pas suffi à faire évoluer les pratiques.

Et maintenant ?

Alice Gayraud appelle à une mobilisation sans précédent pour que les engagements pris après chaque affaire ne restent pas lettre morte. Une pétition nationale, lancée en parallèle de sa tribune, demande la mise en œuvre immédiate des 82 recommandations de la Ciivise, notamment celle concernant la prescription. Le collectif Les Effronté·e·s, qui porte la pétition, prévoit des rassemblements dans plusieurs villes d'ici la fin du mois de juin 2026 pour faire pression sur les pouvoirs publics.

Côté politique, la question des violences sexuelles sur mineurs reste un sujet sensible. Si des députés de tous bords ont salué la tribune de Gayraud, aucun calendrier précis n'a été annoncé pour une éventuelle réforme législative. La ministre déléguée chargée de l'Enfance, Charlotte Caubel, devrait prochainement rendre publics les résultats d'une mission parlementaire sur l'enfance en danger, attendus pour l'automne 2026. Reste à voir si ces travaux déboucheront sur des mesures à la hauteur des enjeux.

En attendant, les associations alertent sur le risque d'un nouvel oubli après l'émotion médiatique. Comme le rappelle Alice Gayraud, « la société a le choix entre continuer à pleurer ou commencer à agir ».

La Ciivise avait émis 82 recommandations, parmi lesquelles l'allongement à 30 ans après la majorité de la victime du délai de prescription pour les crimes sexuels, la formation obligatoire des professionnels de l'enfance, la systématisation de l'écoute des mineurs victimes, et la création d'un fichier national des auteurs de violences sexuelles.