La compagnie aérienne low-cost Volotea applique désormais, à partir de sept jours avant le départ, une majoration systématique de 14 euros sur ses billets pour couvrir le risque lié à la fluctuation du prix du kérosène. Une pratique qui, bien que conforme à la réglementation européenne, soulève des interrogations juridiques selon plusieurs spécialistes du secteur. Comme le rapporte Ouest France, cette stratégie permet à la compagnie de limiter les annulations de vols, mais expose les passagers à des coûts imprévus en cas de hausse brutale des tarifs du carburant.
Ce qu'il faut retenir
- Volotea applique une surcharge de 14 euros à partir de sept jours avant le départ pour couvrir le risque carburant.
- Cette mesure permet d’éviter les annulations de vols, mais transfère le coût sur les passagers.
- Plusieurs experts jugent le mécanisme légal, mais potentiellement abusif sur le plan éthique.
- Peu de voyageurs contestent cette pratique, faute de moyens ou de connaissance des recours possibles.
- Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright, qualifie ce système de « dangereux » en raison de son manque de transparence.
Une stratégie commerciale controversée
Volotea justifie cette surcharge par la nécessité de sécuriser ses vols face à l’instabilité des cours du kérosène. Selon la compagnie, cette pratique garantit la viabilité des trajets, même en cas de flambée des prix du carburant. « C’est une façon de partager le risque entre la compagnie et les passagers », explique un porte-parole de Volotea, qui précise que cette mesure s’applique uniquement aux billets réservés moins d’une semaine avant le départ. Ouest France indique que cette politique s’inscrit dans une tendance plus large du secteur aérien, où les compagnies low-cost externalisent de plus en plus les aléas économiques sur leurs clients.
Un flou juridique exploité ?
Plusieurs juristes interrogés par Ouest France estiment que cette pratique joue « avec les bords du droit européen ». Si aucune infraction formelle n’est identifiée, le mécanisme interroge sur la transparence et l’équité. « Le problème réside dans l’absence d’information claire en amont », souligne Imane El Bouanani, de Flightright. Elle rappelle que le règlement européen 261/2004 impose aux compagnies d’informer les passagers des éventuels frais supplémentaires, mais ne précise pas comment ces surcoûts doivent être présentés. Résultat : beaucoup de voyageurs ne réalisent la majoration qu’au moment du paiement final, sans possibilité de contestation.
Un passager anonyme interrogé par Ouest France confie avoir payé cette somme sans comprendre sa justification : « Je pensais que c’était un malentendu sur mon billet. Quand j’ai contacté le service client, on m’a répondu que c’était normal. » Des témoignages comme celui-ci illustrent le manque de clarté autour de cette pratique, qui profite de l’opacité du secteur.
Une pratique difficile à contester
Les experts s’accordent à dire que peu de passagers osent contester cette surcharge, par méconnaissance de leurs droits ou par crainte de perdre leur réservation. Flightright, spécialiste des litiges aériens, reçoit régulièrement des demandes d’information sur ce sujet, mais très peu de recours effectifs. « Les voyageurs préfèrent souvent payer plutôt que de risquer une annulation », explique El Bouanani. Selon elle, cette passivité des clients encourage les compagnies à multiplier ce type de pratiques. « C’est précisément ce qui rend le mécanisme dangereux », conclut-elle dans une déclaration rapportée par Ouest France.
Volotea, pour sa part, maintient sa politique, affirmant que celle-ci permet de garantir la stabilité de ses vols. La compagnie n’a pas indiqué si elle comptait revoir sa stratégie, malgré les critiques. Reste à voir si les prochaines décisions réglementaires viendront encadrer davantage cette pratique, ou si elle deviendra la norme dans un secteur aérien déjà sous haute tension sur les questions de transparence tarifaire.