D’après BFM Bourse, Wall Street connaît un renversement de tendance spectaculaire. Après des années de raréfaction des actions en circulation, les marchés actions américains voient affluer des centaines de milliards de dollars via des introductions en Bourse et des augmentations de capital. Une bascule qui pourrait mettre fin à une décennie de « pénurie d’actions », un phénomène alimenté par les rachats massifs des géants de la tech.

Ce qu'il faut retenir

  • Wall Street enregistre un afflux de liquidités inédit depuis la fin des années 1990, avec plus de 260 milliards de dollars d’émissions d’actions prévues en 2026, selon JPMorgan.
  • Les méga-introductions en Bourse de SpaceX (86 milliards de dollars) et les projets d’Anthropic et OpenAI pourraient générer des centaines de milliards supplémentaires.
  • Les rachats d’actions, autrefois massifs (4 205 milliards de dollars pour 20 entreprises du S&P 100 entre 1999 et 2024), voient leur impact s’atténuer face à l’afflux de nouvelles émissions.
  • Les hyperscalers comme Alphabet, Oracle ou Meta multiplient les augmentations de capital pour financer leurs investissements dans l’intelligence artificielle, avec des levées attendues dépassant les 1 100 milliards de dollars d’ici 2027.
  • Les ménages américains, autrefois vendeurs nets, sont désormais des acheteurs nets d’actions, soutenant cette dynamique.

Une décennie de raréfaction des actions

Depuis le début des années 2000, les marchés actions américains se sont progressivement asséchés. Selon BFM Bourse, le volume total d’actions en circulation a structurellement diminué, en raison principalement des rachats massifs opérés par les géants de la tech. Apple, Alphabet et Microsoft ont respectivement racheté pour 721, 631 et 311,75 milliards de dollars d’actions entre 1999 et 2024. « Plus flexible que les dividendes, cette stratégie réduit le nombre de titres disponibles sur le marché », précise l’analyse.

Cette tendance n’est pas limitée aux États-Unis. À Paris, les rachats d’actions des entreprises du CAC 40 ont atteint 34,8 milliards d’euros en 2025, contre seulement 64 millions d’euros levés par de nouvelles introductions en Bourse. Un déséquilibre qui illustre la difficulté des entreprises à se financer via les marchés.

L’intelligence artificielle, moteur d’un changement radical

L’émergence de l’intelligence artificielle et les besoins colossaux en infrastructures de calcul ont bouleversé cette dynamique. Pour financer leurs investissements, les entreprises technologiques se tournent massivement vers les marchés actions. SpaceX a déjà émis pour plus de 86 milliards de nouveaux titres, tandis qu’Anthropic et OpenAI ont déposé des documents confidentiels auprès des autorités boursières américaines. « Après des années de baisse de l’offre d’actions sur les marchés boursiers, plus de 260 milliards de dollars d’émissions d’actions devraient être lancées cette année », explique JPMorgan.

HSBC table sur un chiffre encore plus élevé, avec 300 milliards de dollars d’introductions en Bourse en 2026, un niveau inédit depuis 2021, année marquée par l’engouement pour les SPAC (coquilles vides destinées à lever des fonds pour des acquisitions).

Des augmentations de capital géantes pour financer l’IA

Au-delà des introductions en Bourse, les augmentations de capital se multiplient pour soutenir les dépenses d’investissement dans l’IA. Selon Goldman Sachs, les hyperscalers (Alphabet, Microsoft, Oracle, Amazon) devraient dépenser 1 100 milliards de dollars en 2027, et jusqu’à 5 300 milliards entre 2025 et 2030. Alphabet a déjà levé 84,75 milliards de dollars pour ses infrastructures, tandis qu’Oracle vise 20 milliards et Meta prépare une opération de plusieurs dizaines de milliards.

UBS anticipe des augmentations de capital aux États-Unis atteignant 400 milliards de dollars en 2026, soit plus du double du précédent record enregistré à la fin des années 2000. « Toutes ces opérations créeront un afflux de titres gigantesques sur le marché », souligne l’institution.

Des conditions financières idéales pour les entreprises

Plusieurs facteurs expliquent cette vague d’émissions. D’abord, les marchés obligataires, sollicités massivement à l’automne 2025 par des groupes comme Oracle et Meta, sont devenus moins accessibles en raison de la remontée des taux d’intérêt consécutive à la guerre en Iran et aux craintes de stagflation. Les entreprises préfèrent donc se tourner vers les actionnaires pour financer leur croissance.

Ensuite, le coût du capital est actuellement plus avantageux sur les marchés actions que sur les obligations « investment grade ». Le S&P 500 s’échange à 25 fois les bénéfices attendus sur un an, un multiple élevé qui permet aux entreprises de lever des fonds à moindre coût. « La vague de nouvelles émissions survient à un moment où le marché boursier américain connaît une expansion sans précédent », confirme JPMorgan.

Une demande soutenue par les investisseurs

Cette dynamique est également portée par une demande accrue des investisseurs. Les ménages américains, autrefois vendeurs nets, sont désormais des acheteurs nets d’actions. HSBC note que les ETF américains ont enregistré 390 milliards de dollars de flux depuis le début de l’année, soit un rythme mensuel de 80 milliards. Parallèlement, les annonces de rachats d’actions s’élèvent à 805 milliards de dollars depuis janvier 2026, en hausse de 17 % par rapport à 2025.

« Lorsque les marchés sont en hausse, les investisseurs sont plus enclins à investir dans les nouvelles émissions », rappelle UBS. Deutsche Bank ajoute que « les entreprises émettent des actions lorsque la demande est forte et que la dynamique des bénéfices est saine ».

Et maintenant ?

Cette vague d’émissions pourrait se poursuivre en 2027, avec un volume total atteignant 1 300 milliards de dollars, selon JPMorgan. Cependant, la capacité des marchés à absorber ces flux dépendra de la stabilité économique et de la poursuite de la demande des investisseurs. Les prochaines introductions en Bourse d’Anthropic et OpenAI, ainsi que les augmentations de capital des hyperscalers, seront des indicateurs clés pour évaluer la durabilité de cette tendance.

Reste à voir si cette expansion des marchés actions se traduira par une croissance durable des entreprises ou si elle reflète une spéculation temporaire. Une chose est sûre : après des années de raréfaction, Wall Street entre dans une nouvelle ère, où l’offre d’actions redevient abondante.

Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’abord, les taux d’intérêt ont augmenté en 2026 en raison des tensions géopolitiques et des craintes de stagflation, rendant le crédit moins accessible. Ensuite, le coût du capital est actuellement plus faible sur les marchés actions que sur les obligations de qualité (« investment grade »). Enfin, les entreprises comme Alphabet ou Meta ont des valorisations élevées, ce qui leur permet de lever des fonds sans diluer excessivement leurs actionnaires.