La justice américaine a accordé mardi 16 juin 2026 la résidence permanente à Ken Ofori-Atta, ancien ministre des Finances du Ghana, selon Le Figaro. Cette décision intervient après des mois de procédures judiciaires et marque la fin d’une affaire qui avait conduit à son arrestation par les services d’immigration américains en début d’année.
Ce qu'il faut retenir
- Ken Ofori-Atta, 66 ans, a obtenu sa carte verte malgré les poursuites judiciaires engagées contre lui au Ghana pour corruption.
- Il réside aux États-Unis depuis janvier 2025, officiellement pour des raisons médicales, notamment une opération pour un cancer de la prostate.
- Le tribunal américain de l’immigration a estimé que les accusations portées contre lui au Ghana « n’étaient pas crédibles ».
- Les autorités ghanéennes l’accusent d’avoir détourné 58 millions de dollars pour financer la construction d’une cathédrale nationale et d’être impliqué dans un contrat controversé de 83 millions de dollars avec l’Autorité des Recettes du Ghana.
- Son avocat a précisé que la décision portait uniquement sur le respect des conditions légales pour l’ajustement de son statut migratoire.
Une décision judiciaire basée sur des critères légaux stricts
L’avocat de Ken Ofori-Atta, Justice Kusi-Minkah Premo, a annoncé mardi 16 juin 2026 que la demande de carte verte de son client avait été approuvée par le tribunal américain de l’immigration. « La demande de carte verte (formulaire I-485) de Ken Ofori-Atta a été approuvée par le tribunal américain de l’immigration », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a ajouté que les juges avaient estimé que « les accusations pénales portées contre lui au Ghana ne sont pas crédibles », tout en précisant que la décision « portait essentiellement sur la question de savoir si M. Ofori-Atta remplissait les conditions légales requises pour l’ajustement de son statut auprès de l’immigration ».
Cette décision intervient après une série de rebondissements judiciaires. En janvier 2026, Ken Ofori-Atta avait été interpellé par les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) alors qu’il sollicitait une prolongation de son séjour aux États-Unis. Ses avocats avaient alors indiqué que cette arrestation n’était pas liée aux poursuites judiciaires ghanéennes, mais au « statut de son séjour actuel ».
Un parcours politique marqué par des réformes et des controverses
Ken Ofori-Atta a occupé le poste de ministre des Finances du Ghana de 2017 à 2024 sous la présidence de Nana Akufo-Addo. À ce titre, il a supervisé plusieurs réformes fiscales controversées et les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). Son mandat a également été marqué par des tensions autour de l’utilisation des fonds publics, notamment pour le financement d’un projet phare : la construction d’une cathédrale nationale.
Imaginée comme un « cadeau à Dieu » après la victoire de Nana Akufo-Addo à l’élection présidentielle de 2016, cette cathédrale devait être financée par des fonds privés. Pourtant, des révélations ont fait état de l’utilisation de 58 millions de dollars de fonds publics pour sa construction, déclenchant une vague de polémiques. Le projet, soutenu par l’Église évangélique du Ghana, est devenu un symbole des dérives perçues dans l’utilisation des ressources publiques.
Un contrat pétrolier au cœur des accusations de corruption
Outre l’affaire de la cathédrale, Ken Ofori-Atta est également visé par des poursuites pour son rôle dans la signature d’un contrat controversé entre l’Autorité des Recettes du Ghana (GRA) et Strategic Mobilisation Ghana Ltd (SML), une entreprise spécialisée dans l’audit et les assurances dans le secteur pétrolier. En 2019, la GRA aurait versé plus de 83 millions de dollars à SML sous la supervision de Ken Ofori-Atta, sans obtenir l’approbation légale requise de l’Autorité des marchés publics.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de lutte contre la corruption au Ghana. L’actuel président, John Mahama, a engagé une campagne contre les détournements de fonds publics, bien que ses détracteurs l’accusent parfois de cibler sélectivement ses adversaires politiques. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs figures de l’opposition ont été poursuivies pour des faits similaires.
Une extradition toujours possible, malgré la résidence permanente
Le bureau du procureur spécial du Ghana a réagi à la décision américaine en rappelant que Ken Ofori-Atta « conserve la nationalité ghanéenne » et « peut toujours faire l’objet d’une extradition vers le Ghana si la juridiction compétente en matière d’extradition aux États-Unis en décide ainsi ». Dans un message publié sur Facebook, les autorités ghanéennes ont pris acte de la décision américaine tout en maintenant la pression sur l’ancien ministre.
Cette nuance est importante : l’obtention de la résidence permanente ne signifie pas une immunité totale. Les États-Unis et le Ghana entretiennent des relations diplomatiques solides, et une demande d’extradition formelle pourrait être examinée au cas par cas. Pour l’heure, Ken Ofori-Atta reste aux États-Unis, où il a obtenu gain de cause sur le plan migratoire.
Cette décision pourrait également avoir des répercussions politiques au Ghana, où la lutte contre la corruption reste un enjeu majeur. Elle pourrait être utilisée par les partisans de l’ancien président Nana Akufo-Addo pour dénoncer une instrumentalisation politique, ou au contraire, par ses détracteurs pour souligner l’efficacité des réformes judiciaires.
Un précédent pour les fugitifs internationaux aux États-Unis ?
Le cas de Ken Ofori-Atta pourrait servir de référence pour d’autres fugitifs recherchés par leur pays d’origine. Les tribunaux américains prennent en compte plusieurs critères avant d’accorder une carte verte à un étranger poursuivi à l’étranger, notamment la crédibilité des accusations et les garanties d’un procès équitable. Dans ce dossier, les juges ont considéré que les poursuites ghanéennes manquaient de fondement crédible, une décision qui pourrait inspirer d’autres dossiers similaires.
Pour autant, les États-Unis maintiennent une politique stricte en matière d’immigration, et chaque cas est examiné individuellement. Les autorités américaines rappellent régulièrement que l’obtention d’un statut légal ne garantit pas une protection absolue contre une éventuelle extradition.
Oui, selon les autorités ghanéennes, Ken Ofori-Atta reste un citoyen ghanéen et peut faire l’objet d’une extradition si les autorités américaines et ghanéennes parviennent à un accord en ce sens. La résidence permanente ne l’immunise pas contre une telle procédure.
Aucune date n’a été fixée pour l’instant. Si le Ghana dépose une demande d’extradition, une audience pourrait être organisée dans les prochains mois. Parallèlement, le procès en corruption au Ghana pourrait se poursuivre en l’absence de Ken Ofori-Atta.