Dans un pays ravagé par plus d’une décennie de guerre, le système de santé yéménite s’effondre. Face à l’incapacité des hôpitaux locaux à soigner les maladies les plus complexes, des milliers de patients se tournent vers l’étranger. Mais les places disponibles restent désespérément rares, comme le rapporte Franceinfo - Santé.
Ce qu'il faut retenir
- Au Yémen, en guerre depuis 2014, les cas de cancers, de leucémies ou de maladies rénales dépassent les capacités des hôpitaux locaux.
- Seulement quatre pays (Égypte, Turquie, Arabie saoudite et Jordanie) acceptent d’accueillir des patients yéménites, avec 100 places par an et par pays.
- Les médecins locaux, souvent payés moins de 60 euros par mois, dépendent de listes d’attente pour envoyer leurs patients à l’étranger.
- La transplantation médullaire, par exemple, est impossible à réaliser au Yémen, contraignant les familles à chercher des solutions hors des frontières.
Un système de santé exsangue après dix ans de conflit
Le Yémen, déchiré par un conflit armé depuis 2014, est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres au monde. Son infrastructure médicale, déjà fragile avant la guerre, s’est effondrée sous le poids des frappes, des pénuries et des déplacements de population. Dans les hôpitaux de Sanaa ou d’Aden, les médecins font face à une réalité implacable : ils ne peuvent plus traiter les pathologies lourdes. « Pour les hôpitaux, c’est difficile et compliqué de soigner ces maladies, surtout les enfants, parce que cela demande plus d’expérience, de personnel et des équipements sophistiqués », explique Riad Hamoud, médecin et fonctionnaire du ministère de la Santé.
Derrière son bureau, dans un bâtiment vétuste, le praticien incarne à lui seul l’épuisement d’un système à bout de souffle. Son salaire mensuel, équivalent à une soixantaine d’euros, est versé irrégulièrement. Pourtant, il reste le dernier recours pour des centaines de patients atteints de cancers, de tumeurs ou de problèmes rénaux.
Une solidarité médicale sous contraintes
Pour tenter de contourner l’incapacité des structures locales, le Yémen a signé des accords avec quatre pays voisins et alliés : l’Égypte, la Turquie, l’Arabie saoudite et la Jordanie. Chaque État s’est engagé à accueillir 100 patients yéménites par an. Une goutte d’eau dans l’océan des besoins. « Il y a tellement de patients… Mais les capacités sont limitées. On n’a pas la possibilité de répondre à toutes les demandes, sauf si l’état d’une personne s’améliore ou si elle meurt. Dans ce cas, on peut l’enlever de la liste et mettre quelqu’un d’autre à sa place », détaille Riad Hamoud.
Les maladies concernées ? Principalement les leucémies, les cancers pédiatriques ou les insuffisances rénales terminales. Des pathologies qui, sans traitement urgent, condamnent les patients. « Pour des cas de leucémie spécifiquement, la transplantation est impossible à pratiquer au Yémen », souligne le médecin. Une situation d’autant plus critique que les hôpitaux yéménites ne disposent ni des équipements ni des compétences nécessaires pour ces interventions.
Des listes d’attente interminables et une course contre la montre
La procédure pour être sélectionné est un parcours du combattant. Les familles des malades doivent s’inscrire sur des listes, tandis que les médecins tentent de prioriser les cas les plus urgents. « Les patients se bousculent pour en faire partie », confie Riad Hamoud. Pourtant, les délais sont longs, et les critères opaques. Seuls les cas les plus graves, ou ceux dont l’état pourrait encore s’améliorer, sont parfois retenus. Les autres attendent, dans l’espoir d’une place qui pourrait ne jamais se libérer.
Cette solidarité médicale, bien que précieuse, reste insuffisante. Elle ne couvre qu’une infime partie des besoins, laissant des milliers de Yéménites sans espoir de survie. En 2025 encore, des images d’un enfant blessé soigné à l’hôpital Al-Jumhuri de Sanaa après des frappes américaines rappelaient l’urgence d’une situation humanitaire désespérée.
Des médecins en première ligne, livrés à eux-mêmes
Dans ce contexte, les professionnels de santé yéménites jouent un rôle clé, bien au-delà de leurs moyens. Beaucoup, comme Riad Hamoud, travaillent pour des salaires dérisoires, sans garantie de paiement mensuel. « On est payés, mais pas tous les mois. Parfois, on attend trois ou quatre mois pour recevoir notre salaire », explique-t-il. Pourtant, malgré l’épuisement et le manque de ressources, ces médecins continuent de se battre. Leur engagement personnel est devenu le socle d’un système de santé en lambeaux.
Leur mission ? Identifier les patients éligibles à un transfert à l’étranger, tout en gérant l’impossible quotidien des hôpitaux locaux. Une tâche herculéenne, dans un pays où les infrastructures sont détruites, les médicaments introuvables et les équipes médicales en sous-effectif chronique.
Pour l’heure, des milliers de familles yéménites continuent de scruter les listes d’attente, dans l’espoir désespéré d’une issue positive. Pendant ce temps, les médecins comme Riad Hamoud, écrasés par le poids de leurs responsabilités, espèrent contre toute attente qu’un jour, leur pays pourra enfin soigner ses malades sur place.
Les critères ne sont pas officiellement détaillés, mais d’après les témoignages de médecins comme Riad Hamoud, seuls les cas les plus graves et urgents sont prioritaires. Les transplantations, par exemple pour les leucémies, sont jugées impossibles à réaliser au Yémen et font l’objet d’un transfert prioritaire. Les listes d’attente sont gérées au cas par cas, en fonction de l’évolution de l’état du patient et des places disponibles dans les pays partenaires.
La réduction du nombre de pays acceptant ces transferts s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la crise humanitaire prolongée au Yémen a découragé certains États de s’engager davantage. Ensuite, les coûts logistiques et médicaux liés à l’accueil de patients étrangers, dans un contexte de tensions régionales, jouent un rôle. Enfin, les capacités d’accueil des systèmes de santé de ces pays, bien que supérieures à celles du Yémen, restent limitées et ne permettent pas d’étendre davantage les quotas.