Le Zimbabwe s’enfonce un peu plus dans une dérive autoritaire avec l’adoption, le 18 juin 2026, d’un amendement constitutionnel qui permettra au président Emmerson Mnangagwa, surnommé le « Crocodile », de prolonger son mandat de deux ans. Selon Courrier International, le projet de loi CAB3, adopté par l’Assemblée nationale à une large majorité de 216 voix contre 42, supprime l’élection présidentielle directe au profit d’un scrutin parlementaire et allonge la durée du mandat présidentiel jusqu’en 2030. Ce texte doit désormais être examiné par le Sénat, où il nécessite une majorité des deux tiers, avant d’être soumis à la signature du chef de l’État.

Ce qu'il faut retenir

  • Adoption du projet de loi CAB3 : 216 voix pour, 42 contre à l’Assemblée nationale, le 18 juin 2026.
  • Prolongation du mandat présidentiel : passage de 2028 à 2030 pour Emmerson Mnangagwa, actuellement âgé de 83 ans.
  • Suppression de l’élection présidentielle directe : le président sera désormais élu par le Parlement.
  • Absence de référendum : le Zanu-PF a jugé inutile de soumettre le texte à une consultation populaire, malgré les critiques.
  • Division au sein de l’opposition : 35 députés de la Coalition citoyenne pour le changement (CCC) ont voté en faveur du texte, affaiblissant la résistance.
  • Condamnation unanime des opposants : juristes, société civile et figures politiques dénoncent une « trahison de l’électorat ».

L’adoption de ce projet de loi, initialement prévu pour respecter une limite constitutionnelle fixant la fin du mandat de Mnangagwa en 2028, marque un nouveau recul démocratique dans un pays dirigé sans interruption depuis 1980 par le Zanu-PF, le parti au pouvoir. Selon New Zimbabwe, cité par Courrier International, la modification constitutionnelle avait été conçue pour contourner les règles en vigueur, sans nécessiter de référendum – une décision justifiée par le ministre de la Justice, Ziyambi Ziyambi, également membre du Zanu-PF. « Le peuple zimbabwéen n’a pas besoin de voter, car la loi est claire », avait-il affirmé, selon des propos rapportés par le média sud-africain News 24.

Pourtant, l’opposition et plusieurs juristes contestent cette interprétation. Le député Chalton Hwende, membre de la CCC, a dénoncé un « manque de légitimité démocratique » lors d’une déclaration relayée par News 24 : « Sans les 35 voix des députés du CCC qui ont trahi leur camp, le Zanu-PF n’aurait jamais atteint la majorité des deux tiers requise. » Cette alliance inattendue a révélé des fractures profondes au sein de l’opposition, comme l’a souligné le quotidien indépendant zimbabwéen NewsDay : « Si tous les législateurs de l’opposition avaient voté contre, le projet aurait échoué. »

Les critiques se multiplient contre cette manœuvre politique. Des constitutionnalistes et des organisations de la société civile dénoncent une « trahison de l’électorat », estimant que le texte, adopté dans l’opacité, prive les citoyens de leur droit de choisir directement leur président. L’avocat Musa Kika, spécialiste du droit constitutionnel, a alerté sur l’impossibilité de bloquer le texte au Sénat : « La chambre haute, dominée par le Zanu-PF, ne peut pas s’opposer à CAB3. Les prétendus membres de l’opposition y sont soit des figures imposées par le leader contesté Sengezo Tshabangu, soit des élus corruptibles, prêts à voter contre la volonté populaire. » Ces propos, rapportés par NewsDay, illustrent l’étendue des difficultés rencontrées par les opposants pour faire entendre leur voix.

« Ce résultat a révélé de profondes divisions au sein de l’opposition. Les critiques font valoir que le projet de loi aurait échoué si tous les législateurs de l’opposition avaient voté contre. »
NewsDay

Face à cette avancée du pouvoir en place, les 42 députés de la CCC opposés aux amendements ont promis de résister par tous les moyens, y compris judiciaires. Cependant, leurs chances de succès semblent minces. Le parti au pouvoir contrôle une majorité écrasante au Parlement et au Sénat, tandis que les divisions au sein de l’opposition affaiblissent toute velléité de contestation. Les observateurs notent que le Zanu-PF, qui dirige le Zimbabwe depuis son indépendance en 1980, continue de renforcer son emprise sur les institutions, malgré les critiques internationales et les appels au respect des normes démocratiques.

L’adoption de CAB3 intervient dans un contexte où le Zimbabwe, déjà sous haute tension politique, doit faire face à des défis économiques et sociaux persistants. Le pays, riche en ressources naturelles, peine à sortir d’une crise économique chronique marquée par une inflation galopante et un chômage endémique. Les observateurs s’interrogent sur l’impact de cette décision sur la stabilité du pays à moyen terme. Alors que Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’État de 2017 ayant chassé Robert Mugabe, consolide son autorité, la question de la légitimité de son régime devient centrale.

Et maintenant ?

Le texte doit maintenant être examiné par le Sénat zimbabwéen, où une majorité des deux tiers sera nécessaire pour son adoption définitive. Si le projet est validé, Emmerson Mnangagwa pourra rester en fonction jusqu’en 2030, repoussant une fois de plus l’organisation d’une élection présidentielle libre. Les opposants, bien que divisés, pourraient tenter de saisir la justice pour contester la validité du processus, mais les chances de succès apparaissent faibles face à une machine politique rodée. La communauté internationale, souvent silencieuse sur les dérives autoritaires au Zimbabwe, pourrait être amenée à réagir si les tensions sociales s’aggravent.

Cette nouvelle étape politique pose également la question de l’avenir du Zimbabwe après Mnangagwa. À 83 ans, le président « Crocodile » ne devrait pas briguer un nouveau mandat en 2030, mais rien ne garantit que le pays assistera à une transition démocratique. Le Zanu-PF, qui a survécu à des crises internes par le passé, reste un acteur incontournable, tandis que l’opposition peine à s’unir. Pour l’instant, les institutions semblent verrouillées en faveur du pouvoir en place, laissant peu d’espace à une opposition crédible ou à une société civile influente.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la réaction de la population et des partenaires internationaux. Une mobilisation citoyenne, même limitée, ou des pressions diplomatiques pourraient, dans le meilleur des cas, contraindre le régime à revenir sur ses décisions. Mais à court terme, tout porte à croire que le Zimbabwe s’achemine vers une nouvelle phase d’autoritarisme, où les mécanismes démocratiques sont progressivement vidés de leur substance.

Le projet de loi CAB3 est contesté car il supprime l’élection présidentielle directe au profit d’un scrutin parlementaire, ce qui prive les citoyens de leur droit de choisir directement leur président. De plus, il prolonge le mandat d’Emmerson Mnangagwa jusqu’en 2030, alors qu’il devait initialement quitter le pouvoir en 2028. Enfin, il a été adopté sans référendum, malgré les demandes de l’opposition et des juristes.

L’opposition, représentée par la Coalition citoyenne pour le changement (CCC), était divisée lors du vote. Sur les 42 députés de la CCC, 35 ont voté en faveur du texte, permettant au Zanu-PF d’atteindre la majorité des deux tiers requise. Cette trahison perçue a affaibli la crédibilité de l’opposition et ouvert une crise interne au sein du parti.