Seize personnes ont été mises en examen dans le cadre d’un vaste réseau présumé de vol de câbles en cuivre, à l’origine d’un préjudice estimé à près de 500 tonnes de métal, soit une valeur d’environ 2,7 millions d’euros. L’enquête, ouverte à la suite d’une plainte de l’opérateur Orange, a révélé l’implication de sous-traitants chargés du démontage du réseau ADSL, selon Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- 16 suspects mis en examen, dont six placés en détention et dix sous contrôle judiciaire.
- 500 tonnes de câbles en cuivre volés depuis début 2025, pour une valeur marchande estimée à 2,7 millions d’euros.
- L’enquête a été menée dans quatre régions françaises : Grand Est, Île-de-France, Bretagne et Normandie.
- 400 000 euros en espèces, deux armes de gros calibre et plus de deux millions d’euros saisis lors des perquisitions.
- Les suspects sont accusés d’avoir écoulé le cuivre volé auprès d’entreprises de recyclage non agréées.
L’enquête, diligentée par le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Nancy, a débuté après qu’Orange a signalé des disparitions répétées de câbles sur ses chantiers de démontage. Les interpellations ont été lancées à partir du 31 mai 2026, après plusieurs mois d’investigations menées conjointement par les services de police et de gendarmerie.
Selon le communiqué du parquet, « des entreprises sous-traitantes en charge du démontage du réseau ADSL de l’opérateur profitaient de leur mission pour voler le métal puis l’écouler auprès d’entreprises de recyclage non agréées ». Cette pratique a permis au réseau présumé d’amasser une quantité colossale de cuivre, métal particulièrement prisé sur le marché noir pour sa valeur et sa facilité de revente.
Un réseau structuré et des moyens importants
Les investigations ont mis au jour l’existence d’une organisation « structurée », impliquant plusieurs niveaux de complicité. Les enquêteurs ont notamment saisi 15 véhicules, dont deux véhicules de luxe et un poids lourd, ainsi que 22 tonnes de cuivre lors des perquisitions. Plus de 2 millions d’euros ont également été retrouvés sur des comptes bancaires, tandis que 400 000 euros en espèces ont été découverts chez les suspects. Deux armes de gros calibre et des munitions ont également été récupérées, soulignant l’aspect organisé et potentiellement dangereux du réseau.
Les perquisitions ont été menées dans plusieurs départements, notamment en Seine-Saint-Denis, en Moselle et en Ille-et-Vilaine, où les enquêteurs ont pu remonter la filière jusqu’aux receleurs. Le cuivre volé était ensuite revendiqué à des entreprises de recyclage, souvent sans traçabilité, ce qui a permis au réseau de prospérer pendant près d’un an et demi.
Un préjudice économique et technique pour Orange
Le vol de câbles en cuivre représente un double préjudice pour Orange. D’une part, la perte matérielle liée à la valeur du métal, estimée à 2,7 millions d’euros, et d’autre part, les perturbations techniques causées par la disparition de ces câbles, essentiels au fonctionnement du réseau ADSL. Ces vols ont en effet entraîné des dysfonctionnements ponctuels sur certains tronçons, bien que l’opérateur n’ait pas communiqué sur d’éventuelles perturbations majeures pour ses clients.
« Ces vols répétés ont un impact direct sur la qualité du service rendu à nos clients », a souligné un porte-parole d’Orange, précisant que l’entreprise avait renforcé ses protocoles de sécurité avec ses sous-traitants depuis le début de l’enquête. La plainte déposée par l’opérateur a permis de déclencher les investigations, révélant l’ampleur d’un phénomène qui touche l’ensemble du secteur des télécommunications.
Une enquête toujours en cours
Malgré les mises en examen et les saisies effectuées, l’enquête se poursuit pour démanteler l’intégralité du réseau. Les autorités judiciaires n’excluent pas l’arrestation de nouveaux suspects, notamment dans les milieux du recyclage et de la revente de métaux. Le parquet de Nancy a indiqué que « les investigations pourraient durer plusieurs semaines supplémentaires afin d’identifier l’ensemble des bénéficiaires de ce trafic ».
Par ailleurs, les services de police technique et scientifique continuent d’analyser les éléments saisis, notamment les télécommunications et les mouvements bancaires des suspects. Plusieurs auditions sont encore prévues dans les prochains jours pour compléter le dossier, qui pourrait donner lieu à un procès dans les mois à venir.
Cette affaire soulève par ailleurs la question plus large de la sécurisation des infrastructures critiques en France. Avec la montée des vols de métaux, notamment de cuivre, les opérateurs télécoms et les gestionnaires de réseaux pourraient être amenés à revoir leurs stratégies de protection, tant sur le plan technique que juridique. Les autorités appellent à une vigilance accrue de la part des entreprises sous-traitantes, afin d’éviter que ce type de trafic ne se reproduise.
Enfin, cette enquête illustre l’efficacité des collaborations entre les services de police, de gendarmerie et les opérateurs privés dans la lutte contre la criminalité organisée. Les JIRS, créées pour traiter les affaires transrégionales, jouent ici un rôle clé dans le démantèlement de réseaux criminels complexes.
Le cuivre est un métal très recherché en raison de sa valeur marchande élevée, de sa facilité de revente et de son utilisation dans de nombreux secteurs, notamment l’électronique, l’automobile et le bâtiment. Son prix au kilogramme en fait une cible privilégiée pour les réseaux criminels, qui peuvent en tirer profit en le revendant à des ferrailleurs ou à des entreprises de recyclage non agréées.