La réalisatrice et comédienne Andréa Bescond remonte sur scène mardi 10 juin aux Folies Bergère, à Paris, pour une représentation exceptionnelle de son seul-en-scène « Les Chatouilles ou La Danse de la colère », dédié à la mémoire de Lyhanna, une collégienne de onze ans retrouvée morte dans une exploitation agricole du Gers. Selon Le Figaro, cette représentation unique s’inscrit dans un hommage plus large organisé par la comédienne, qui multiplie les initiatives pour alerter sur les violences sexuelles faites aux mineurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Une représentation unique de « Les Chatouilles » est programmée le 10 juin à 20 heures aux Folies Bergère, avec des recettes reversées à la Fondation des femmes.
  • Andréa Bescond a organisé plusieurs rassemblements devant les tribunaux de Montauban et Castelsarrasin, dont un prévu ce lundi 9 juin à 19 heures.
  • La mort de Lyhanna, victime présumée de pédocriminalité, a suscité une vague de mobilisation parmi des personnalités du monde culturel et artistique.
  • La réalisatrice accuse le gouvernement d’« incompétence » et dénonce les failles du système judiciaire face aux violences sexuelles sur mineurs.
  • Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes classées sans suite pour des violences sexuelles sur mineures.

Le spectacle, créé en 2016 et récompensé par un Molière la même année, retrace les agressions sexuelles subies par Andréa Bescond dans son enfance. En 2026, l’artiste choisit de le dédier explicitement « à Lyhanna et à tous les enfants victimes de violences sexuelles », comme elle l’a annoncé sur les réseaux sociaux. Les recettes de la billetterie, proposée entre 20 et 50 euros, seront intégralement reversées à la Fondation des femmes, une organisation engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

Après la représentation, un débat public est prévu autour des « défaillances du système judiciaire », incluant des thèmes comme le silence entourant l’affaire Epstein, les réseaux pédocriminels dans le périscolaire, l’exploitation sexuelle des mineurs et l’abandon de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Andréa Bescond y pointera du doigt l’inaction des pouvoirs publics, qu’elle accuse de ne pas avoir su protéger Lyhanna malgré un profil suspect connu des autorités.

Une mobilisation artistique et citoyenne en réaction à la mort de Lyhanna

La mort de Lyhanna, découverte le 18 mai 2026 dans une exploitation agricole du Gers, a provoqué une onde de choc dans le pays. Dès l’annonce de sa disparition, plusieurs rassemblements spontanés avaient eu lieu devant les tribunaux de Montauban et Castelsarrasin, où des militants et associations avaient dénoncé l’impunité des agresseurs présumés. Andréa Bescond a joué un rôle central dans l’organisation de ces hommages, appelant à une « grande mobilisation » pour rendre hommage à la jeune fille.

Sur le plateau de BFMTV lundi matin, la réalisatrice a critiqué ouvertement le gouvernement, accusant le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, et le président Emmanuel Macron de ne pas avoir « donné de direction claire » pour lutter contre la pédocriminalité. « Quand j’entends ces messieurs dire qu’il y a eu un dysfonctionnement, non ce n’est pas vrai, c’est la normalité en France », a-t-elle affirmé. « Ce sont des enfants qui ont été tués par des hommes connus de la justice et qui ont bénéficié d’une forme d’impunité. [...] Ce qui est arrivé à Lyhanna n’est pas une surprise. On ne peut pas réagir sur l’émotion. »

Des personnalités du spectacle signent un texte commun pour dénoncer l’inaction de l’État

Andréa Bescond n’est pas la seule figure artistique à s’être exprimée depuis la mort de Lyhanna. Plusieurs personnalités, dont Jeanne Cherhal, Maïtena Biraben et Alex Lutz, ont signé un texte commun pour dénoncer « l’inaction des pouvoirs publics ». « Les filles ont des droits, dont celui de ne pas être des proies », écrivent-ils dans ce manifeste. L’actrice Philippine Leroy-Beaulieu, quant à elle, a espéré que « cette histoire horrible servira à réveiller toutes les consciences ». « Il est temps que l’on regarde ça en face et qu’on exige absolument que notre système protège nos enfants », a-t-elle déclaré sur les réseaux sociaux.

Emmanuelle Béart, de son côté, a rappelé des chiffres glaçants : « 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année en France, et les préventions sont inefficaces. » Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte où les associations dénoncent régulièrement l’insuffisance des moyens alloués à la protection de l’enfance et l’impunité dont bénéficient les agresseurs présumés.

Un suspect déjà connu des autorités, un système judiciaire pointé du doigt

Le principal suspect dans cette affaire, Jérôme Barella, était déjà connu des services de police pour des faits de violences sexuelles sur mineures. Plusieurs plaintes avaient été déposées à son encontre, mais toutes avaient été classées sans suite, illustrant selon Andréa Bescond les failles structurelles du système judiciaire français. « Comment peut-on encore parler de faits divers quand une enfant est tuée par un pédocriminel en série ? », s’est-elle indignée lors de son passage à la télévision.

La réalisatrice reproche au gouvernement de minimiser l’ampleur du phénomène, évoquant un « abandon » des enfants victimes. « La France est un pays qui abandonne ses enfants et un pays qui meurt », avait-elle déclaré plus tôt dans la semaine, soulignant l’urgence d’une prise de conscience collective. Son spectacle, comme les rassemblements organisés, vise à briser le silence autour de ces violences et à interpeller les responsables politiques.

Et maintenant ?

La représentation du 10 juin aux Folies Bergère devrait rassembler jusqu’à 1 700 spectateurs, avec une diffusion en direct ou en replay prévue selon les organisateurs. Un débat public suivra la représentation, tandis que les associations partenaires appellent à une mobilisation durable contre la pédocriminalité. La famille de Lyhanna, soutenue par des avocats spécialisés, a également annoncé son intention de déposer plainte contre X pour homicide involontaire, une procédure qui pourrait relancer l’enquête sur les responsabilités institutionnelles dans cette affaire.

Les prochaines étapes incluent également une réunion prévue au ministère de la Justice pour évoquer les mesures à mettre en place pour renforcer la protection des mineurs. Plusieurs députés de l’opposition ont d’ores et déjà annoncé qu’ils interpelleraient le gouvernement sur ce dossier lors des prochaines questions au gouvernement, prévues en juin.

Cette affaire, qui s’ajoute à une série d’autres dossiers similaires ces dernières années, pourrait relancer le débat sur la réforme de l’Aide sociale à l’enfance et la formation des professionnels en contact avec les mineurs. Reste à voir si ces initiatives déboucheront sur des mesures concrètes ou si, comme le craint Andréa Bescond, l’émotion retombée ramènera le sujet dans l’ombre des priorités politiques.

Andréa Bescond a choisi de dédier sa représentation du 10 juin aux Folies Bergère à Lyhanna, une collégienne de onze ans victime de pédocriminalité. Le spectacle, qui dénonce les violences sexuelles sur mineurs, est également l’occasion de reverser les recettes à la Fondation des femmes, engagée dans la lutte contre ces violences.

Un débat public est organisé après le spectacle pour évoquer les défaillances du système judiciaire. Par ailleurs, les associations partenaires appellent à une mobilisation durable, tandis que la famille de Lyhanna a annoncé son intention de déposer plainte contre X pour homicide involontaire.