Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a convoqué l’ensemble des procureurs généraux français pour une réunion de travail ce lundi 8 juin à 8h30, dans le cadre de l’affaire Lyhanna. Selon Le Figaro, cette mobilisation exceptionnelle intervient alors que le corps de la fillette de 11 ans a été retrouvé le 4 juin dans le Gers, sept jours après sa disparition, suscitant une vague d’émotion et de critiques sur le traitement judiciaire des plaintes pour violences sexuelles sur mineures.
Ce qu'il faut retenir
- Une réunion de crise organisée ce matin à la Chancellerie avec les 36 procureurs généraux de France, à la demande de Gérald Darmanin.
- 70 000 plaintes à réexaminer concernant des enfants victimes, dans un délai imposé jusqu’au 14 juillet.
- François-Xavier Bellamy (LR) dénonce une « faillite collective » du système judiciaire et réclame l’application du principe de « responsabilité individuelle » pour les magistrats.
- Frédéric Chevallier, président de la conférence nationale des procureurs, appelle à « garder la tête froide » et refuse toute sanction immédiate avant les conclusions de l’inspection ministérielle.
- Un projet de loi sur la justice criminelle, déjà adopté au Sénat, arrive ce lundi en commission à l’Assemblée nationale, marqué par cette affaire.
- Des rassemblements prévus ce soir devant le ministère de la Justice et une centaine de tribunaux, organisés par des collectifs féministes et de protection de l’enfance.
Une mobilisation judiciaire exceptionnelle
Gérald Darmanin a exigé que chaque cour d’appel de France procède, d’ici au 14 juillet, à un recensement exhaustif des **70 000 plaintes concernant des mineurs victimes** de violences, selon les chiffres communiqués par le ministre. « On va prendre ressort par ressort, toutes les plaintes », a-t-il déclaré, précisant que « il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant que ce travail ne sera pas achevé. Cette initiative fait suite à la révélation que le principal suspect dans l’affaire Lyhanna, un homme de 23 ans, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineures, certaines ayant été classées sans suite.
La découverte du corps de l’enfant à Fleurance (Gers) a déclenché une marche blanche réunissant **6 000 personnes** ce dimanche 7 juin, en hommage à Lyhanna. Un hommage suivi de près par les autorités politiques et judiciaires, alors que les dysfonctionnements du système judiciaire sont pointés du doigt par une partie de la classe politique et la société civile.
Les réactions politiques : entre condamnation du système et appel à la responsabilité
François-Xavier Bellamy, député européen Les Républicains et vice-président du parti, a dénoncé ce lundi une « faillite collective » du système judiciaire. Intervenant sur TF1, il a estimé que « la mort [de Lyhanna] est le symbole de l’innocence victime de l’irresponsabilité générale qui semble traverser notre système judiciaire ». Le député a cité plusieurs autres affaires d’enfants tués en France ces dernières années — Elias, Lola, Philippine — pour souligner, selon lui, une « absence de responsabilité » depuis ces drames.
Bellamy a rappelé que « l’indépendance de la Justice est un principe fondamental », tout en estimant que « l’indépendance n’est pas l’irresponsabilité ». Il a évoqué une proposition formulée par Bruno Retailleau, président des Républicains, visant à créer une « nouvelle instance avec des citoyens tirés au sort » pour superviser les magistrats, plutôt que de s’en remettre au Conseil supérieur de la magistrature actuel. Une idée qui s’inscrit dans un débat plus large sur la réforme de la justice en France.
Les magistrats appellent à éviter les réactions émotionnelles
Frédéric Chevallier, président de la conférence nationale des procureurs et procureur de Chartres, a appelé ce matin sur RMC à « garder la tête froide » dans cette affaire. « La colère est souvent mauvaise conseillère », a-t-il souligné, critiquant la tendance à « jeter en pâture les magistrats du parquet » sans attendre les conclusions des enquêtes. Chevallier a confirmé qu’il attendait les résultats de l’inspection diligentée par Gérald Darmanin avant de se prononcer sur d’éventuelles responsabilités.
« On peut attendre 15 jours, non ? Par respect pour cette enfant », a-t-il lancé, tout en précisant que les magistrats « devront évidemment rendre des comptes » une fois l’inspection terminée. Il a cependant rejeté l’idée de sanctions immédiates, rappelant que « les magistrats ne sont à l’abri de rien » et que le Conseil supérieur de la magistrature existe précisément pour « faire la discipline des magistrats ». Concernant la revue des 70 000 plaintes, il a nuancé : « Cela fera mettre de côté d’autres sujets », alors que les tribunaux traitent déjà **3,4 millions de plaintes chaque année**, tous contentieux confondus.
Un projet de loi sur la justice criminelle mis en lumière par l’affaire
Le projet de loi sur la justice criminelle porté par Gérald Darmanin arrive ce lundi en commission à l’Assemblée nationale, dans un contexte marqué par l’affaire Lyhanna. Selon Le Figaro, ce texte, déjà adopté en première lecture par le Sénat le 14 avril, pourrait être profondément influencé par les dysfonctionnements révélés par cette affaire. Le garde des Sceaux sera auditionné par la commission des lois à partir de 16 heures, avant que les députés n’entament l’examen du texte.
En amont de cette réunion, plusieurs députés de gauche et de la majorité présidentielle tiendront une conférence de presse à 14h30, introduite par Yaël Braun-Pivet (Renaissance), présidente de l’Assemblée nationale. Leur objectif : rappeler leur souhait d’une « loi intégrale » contre les violences faites aux femmes et aux enfants, autrement dit une « loi cadre » qui engloberait l’ensemble du problème. Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste de Seine-et-Marne et autrice d’une proposition de loi en ce sens en novembre dernier, a d’ores et déjà exclu qu’un « dysfonctionnement interne » suffise à expliquer la mort de Lyhanna.
Elle a insisté sur la nécessité d’un « changement de paradigme », proposant notamment que le gouvernement reprenne à son compte l’idée de **juridictions spécialisées sur les violences sexistes et sexuelles**, inspirées du modèle espagnol, ainsi que la création d’**unités judiciaires spécialisées** pour recueillir la parole des victimes dans les meilleures conditions.
Cette affaire, qui a déjà suscité une vive émotion dans l’opinion publique, devrait continuer de façonner l’agenda politique et judiciaire dans les semaines à venir, alors que les responsables politiques et les magistrats tentent de concilier réponses immédiates et réflexion de fond sur la protection des mineurs.
Le ministre de la Justice a souhaité organiser cette réunion exceptionnelle pour leur demander de procéder à un recensement complet des **70 000 plaintes concernant des enfants victimes** de violences, dans un délai imposé jusqu’au 14 juillet. Cette initiative fait suite à l’affaire Lyhanna, où le principal suspect avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineures, certaines ayant été classées sans suite.
François-Xavier Bellamy et Bruno Retailleau (LR) proposent notamment de créer une nouvelle instance composée de citoyens tirés au sort pour superviser les magistrats, plutôt que de s’en remettre au Conseil supérieur de la magistrature actuel. Ils défendent aussi l’application du principe de responsabilité individuelle pour les magistrats, tout en préservant leur indépendance.