Le procureur de la République d’Amiens, Jean-Philippe Vicentini, a indiqué mardi 16 juin que son parquet devait désormais prioriser le traitement des plaintes concernant les mineurs, conformément à une directive ministérielle datée de la semaine dernière. Selon Franceinfo – Politique, cette réorganisation intervient après l’affaire Lyhanna et vise à examiner d’ici le 14 juillet 2026, 900 dossiers impliquant des mineurs actuellement en attente de traitement. Une urgence qui s’ajoute à un volume annuel déjà élevé : entre 30 000 et 40 000 procédures sont enregistrées chaque année au tribunal judiciaire d’Amiens, dont seulement une minorité aboutit à une qualification poursuivable.

Ce qu’il faut retenir

  • 900 dossiers prioritaires : Le parquet d’Amiens doit réexaminer d’ici le 14 juillet 2026 l’ensemble des plaintes impliquant des mineurs, une mesure imposée par le ministère de la Justice après l’affaire Lyhanna.
  • Volume annuel élevé : Entre 30 000 et 40 000 procédures sont traitées chaque année au tribunal d’Amiens, dont seulement 11 procédures qualifiées de poursuivables en moyenne.
  • Cinq magistrats dédiés : Le pôle des violences intrafamiliales et des mineurs compte désormais cinq magistrats sur quatorze, contre deux auparavant.
  • Manque de moyens humains : Le procureur Vicentini souligne le déficit chronique d’enquêteurs et de professionnels de santé (psychologues, psychiatres, gynécologues), essentiels pour le traitement des dossiers sensibles.
  • Pression accrue : Les magistrats et enquêteurs font face à une demande croissante de précisions et d’instructions rapides, sous le regard accru de l’opinion publique et des familles.

Une directive ministérielle qui bouscule les habitudes

Depuis la mort de la petite Lyhanna et l’injonction du ministre de la Justice Gérald Darmanin, les procureurs généraux de France ont reçu pour consigne de traiter en priorité les 70 000 plaintes concernant les enfants d’ici la mi-juillet 2026. À Amiens, cette directive a contraint le parquet à revoir son organisation, malgré un volume de dossiers déjà important. Cinq magistrats sur quatorze se consacrent désormais exclusivement aux violences conjugales et aux violences sexuelles sur mineurs, contre deux auparavant. Une répartition qui illustre l’ampleur du défi : traiter rapidement des affaires sensibles, sans pour autant sacrifier la qualité des investigations.

Dans les bureaux du procureur Vicentini, les photos de famille côtoient un portrait de Johnny Hallyday, mais pas l’image traditionnelle d’un empilement de dossiers. « Beaucoup de plaintes arrivent dématérialisées directement sur les ordinateurs », explique-t-il. Pourtant, derrière cette modernisation se cache une réalité plus complexe : un volume annuel de procédures qui dépasse la capacité de traitement classique. « On reçoit chaque année entre 30 et 40 000 procédures. Sur ce total, on dénombre environ 11 procédures que nous qualifions de poursuivables, là où il y a un auteur identifié et une infraction », précise-t-il.

Un travail d’équilibriste entre urgence et moyens limités

La réorganisation du parquet d’Amiens s’accompagne d’une montée en puissance des « attachés de justice », une fonction créée fin 2024 pour épauler les magistrats. Ces cinq collaborateurs, dont Romane Bastien, traitent désormais les dossiers du pôle violences intrafamiliales et mineurs, en plus de leurs missions habituelles. « On est toutes mobilisées, ça revient en priorité », confie Romane Bastien. « On met nos tâches quotidiennes de côté pour traiter ça en priorité, en force, avec tous les membres du parquet. Le rythme va être soutenu, mais on va les prioriser pour pouvoir répondre en temps et en heure. On va y arriver. »

Pourtant, malgré cette mobilisation, le procureur Vicentini alerte sur les limites structurelles de son service. « À l’évidence, on a un nombre insuffisant d’enquêteurs, c’est mon leitmotiv depuis des années, pour faire face au flux des plaintes que l’on peut enregistrer », souligne-t-il. Les besoins en professionnels de santé – psychologues, psychiatres, gynécologues – sont également criants. « Sans ces experts, les délais s’allongent. Il y a aussi la question de professionnels dont nous avons besoin dans ces enquêtes », rappelle-t-il.

« Quand tout est prioritaire, plus rien ne l’est vraiment. »
— Un substitut du procureur d’Amiens

La notion de priorité au cœur des débats

Pour le procureur Vicentini, la directive ministérielle pose une question cruciale : comment concilier l’urgence des dossiers impliquant des mineurs avec d’autres affaires graves, comme les homicides routiers ? « J’ai reçu trois familles en un mois qui ont perdu des enfants dans des accidents causés par des conducteurs en état d’ébriété. Je ne peux décemment pas leur dire que ce n’est plus une priorité de mon parquet », explique-t-il. Entre ces cas tragiques et l’obligation de traiter rapidement les plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, le parquet d’Amiens navigue à vue, dans un exercice d’équilibriste décrit par l’un de ses substituts comme « un travail compliqué à faire ».

Cette tension se ressent aussi au quotidien dans les permanences. Une magistrate, en pleine permanence dédiée, doit par exemple trancher sur le sort d’une enquête concernant une victime de 14 ans accusant son ancien petit ami, majeur, de viols. « Au niveau du viol, c’est un peu compliqué à démêler, dans le sens où elle dit clairement dans la confrontation que pour les autres fois, elle ne disait pas ‘non’ clairement. Elle ne le repoussait pas non plus », rapporte l’enquêteur au téléphone. Face à cette complexité, la magistrate doit désormais prendre des décisions sous une pression accrue : « Les sollicitations sont nombreuses, que ce soit de l’opinion publique ou des enquêteurs qui veulent être sûrs de ce qu’ils font. Ils nous demandent des instructions dès le début des procédures et veulent savoir si nous souhaitons faire des actes d’investigation particuliers. Il y a plus de pression parce que les enjeux sont grands et les attentes très importantes. »

Et maintenant ?

D’ici le 14 juillet 2026, le parquet d’Amiens devra avoir réexaminé les 900 dossiers prioritaires liés aux mineurs. Pour y parvenir, le procureur Vicentini mise sur la mobilisation de ses équipes, tout en espérant des renforts en enquêteurs et en professionnels de santé. La création d’une « filière d’urgence » est évoquée, mais son déploiement dépendra des moyens alloués. En attendant, les magistrats et leurs attachés devront maintenir un rythme soutenu, dans un contexte où chaque dossier compte.

La question reste entière : cette réorganisation suffira-t-elle à répondre à l’urgence sans compromettre la qualité des enquêtes ? Pour l’heure, les professionnels du parquet d’Amiens affichent leur détermination, malgré les obstacles. « On va y arriver », assure Romane Bastien. Reste à savoir si le temps leur sera donné.

Cette mesure a été imposée par le ministère de la Justice après l’affaire Lyhanna, dans le cadre d’une directive visant à traiter en priorité les 70 000 plaintes concernant les enfants au niveau national d’ici la mi-juillet 2026. À Amiens, cela représente 900 dossiers à réexaminer d’urgence.

Le parquet manque cruellement d’enquêteurs et de professionnels de santé (psychologues, psychiatres, gynécologues), essentiels pour le traitement des dossiers sensibles. De plus, le volume annuel de procédures (30 000 à 40 000) dépasse déjà les capacités de traitement classique, rendant la priorisation difficile.