Le projet Système de combat aérien du futur (SCAF), qui devait aboutir à un avion de chasse de sixième génération franco-allemand, a été officiellement abandonné le 8 juin 2026. Pourtant, malgré cet échec, Dassault Aviation maintient sa feuille de route industrielle et annonce déjà la préparation d’un successeur au Rafale. Selon Capital, cette stratégie a été confirmée par Eric Trappier, PDG du groupe, lors d’une visite officielle du ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, sur le site de Mérignac le 16 juin 2026.
Ce qu'il faut retenir
- L’abandon du SCAF a été acté le 8 juin 2026, après des années de tensions entre Dassault et Airbus sur la propriété intellectuelle.
- Le coût total du projet était estimé à 100 milliards d’euros, financés à parts égales par la France, l’Allemagne et l’Espagne.
- Eric Trappier a confirmé que Dassault travaille déjà sur un nouvel avion de combat, sans préciser ni calendrier ni partenaires pour l’instant.
- La France a déjà investi 2,5 milliards d’euros dans le SCAF, des fonds qui seront réorientés vers ce nouveau projet.
- Les syndicats de Mérignac expriment leur inquiétude, notamment sur l’avenir des commandes de Rafale et la répartition des activités industrielles.
Un projet européen mort-né malgré l’urgence stratégique
Le SCAF avait été lancé en 2017 pour remplacer à horizon 2040 le Rafale français et l’Eurofighter européen. Porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne, il reposait sur trois piliers : un avion de nouvelle génération, des drones collaboratifs et un « combat cloud ». Pourtant, selon Capital, les divergences industrielles et politiques ont scellé son sort. Le refus de Dassault de céder ses droits de propriété intellectuelle à Airbus, partenaire allemand, a bloqué toute avancée. « La réalité est que ça ne pouvait pas marcher parce que nous ne voulions pas la même chose », analyse Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, cité par le magazine.
Cette situation a conduit plusieurs observateurs à remettre en cause la viabilité du projet dès ses débuts. « C’était un programme conçu comme une ambition politique, sans réalité industrielle assumée », a déclaré Jean-Louis Thiériot, député et membre de la commission de la Défense nationale, dans les colonnes de Capital.
Dassault mise sur un nouvel avion, mais sans préciser son architecture
Face à cet échec, Eric Trappier a tenu à rassurer sur la continuité industrielle française. « On fera un nouvel avion de combat. Quand ? Comment ? Avec qui on joue ? Je garde pour moi les informations que j’ai avec les autorités françaises, mais on travaille dessus », a-t-il déclaré lors de la visite du ministre Sébastien Martin à Mérignac, le 16 juin 2026. Pour l’instant, aucun détail n’a été communiqué sur les caractéristiques techniques, les partenaires industriels ou le calendrier précis de ce futur appareil.
Cette annonce intervient alors que la France cherche à maintenir sa souveraineté dans le domaine de la défense aérienne. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé que les 2,5 milliards d’euros déjà engagés dans le SCAF seraient réaffectés à un projet national d’avion de chasse, avec l’objectif affiché de disposer d’un appareil opérationnel à l’horizon 2040. Un calendrier jugé « très ambitieux » par plusieurs experts, d’autant que la France ne pourra vraisemblablement pas financer seule un tel programme.
Les incertitudes industrielles et les inquiétudes des syndicats
Sur le site de Mérignac, où sont assemblés les Rafale et les Falcon 6X, l’ambiance reste tendue. Les syndicats, tenus à l’écart de la visite ministérielle, expriment ouvertement leurs interrogations. « On a plein de questions, plein d’interrogations », a réagi Romain Fougerolles, représentant de la CGT, auprès de Capital. Parmi les sujets de préoccupation : l’avenir de la commande indienne de 100 Rafale, dont une partie de la production est localisée à Mérignac, ainsi que la répartition des activités entre Dassault et ses partenaires potentiels.
Ces craintes s’ajoutent aux tensions déjà existantes entre Dassault et Airbus, qui ont marqué l’histoire récente du SCAF. Direction et salariés de Mérignac affichent une même priorité : préserver le savoir-faire français et éviter toute dilution avec des partenaires étrangers, notamment allemands. « Garder le savoir-faire chez Dassault, et ne surtout pas le partager avec Airbus », résume un responsable local sous couvert d’anonymat.
Quelles alternatives pour la France et l’Europe ?
L’échec du SCAF ouvre la voie à plusieurs scénarios pour l’industrie européenne de la défense. La ministre des Armées a évoqué des pistes de coopération avec la Suède et son constructeur Saab, voire avec des pays comme l’Inde ou les Émirats arabes unis. Cependant, aucun accord n’est encore acté. Dans l’immédiat, Dassault reste le seul acteur français capable de produire un avion de combat de manière autonome, une position renforcée par les commandes étrangères en Rafale, notamment en Egypte, en Inde et en Indonésie.
Parallèlement, Airbus pourrait être tenté de lancer son propre projet, comme l’ont laissé entendre plusieurs sources industrielles. « Airbus prêt à lancer son propre chasseur face aux blocages du SCAF », titrait récemment Capital, évoquant une possible concurrence directe entre les deux groupes français. Cette perspective soulève des questions sur la fragmentation de l’industrie européenne, alors que l’OTAN et l’Union européenne appellent à une coopération renforcée dans le domaine de la défense.
Pour les salariés de Mérignac, la priorité est claire : maintenir l’emploi et le savoir-faire, dans un contexte où l’industrie aéronautique française reste sous haute tension. Le Rafale, qui reste pour l’instant la référence en Europe, devra continuer à porter les ambitions stratégiques de la France, le temps qu’un successeur soit prêt.
Le projet a été abandonné en raison de divergences majeures entre Dassault et Airbus, notamment sur la propriété intellectuelle. « La réalité est que ça ne pouvait pas marcher parce que nous ne voulions pas la même chose », a souligné Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, cité par Capital. Les tensions entre les deux groupes industriels ont rendu toute coopération impossible, malgré l’ambition initiale portée par la France, l’Allemagne et l’Espagne.