Une première en Europe. Selon Capital, l’Agence européenne de sécurité sanitaire (ECDC) a recensé 70 cas d’infections cutanées causées par la dermatophilose, aussi appelée « gale de boue », entre décembre 2025 et juin 2026. Quatre pays sont concernés : la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Suède. « Cela suggère un éventuel changement dans la dynamique de transmission », a indiqué l’ECDC, qui évoque une transmission probable par contact physique étroit. Une transmission indirecte, via des surfaces ou objets contaminés, n’est toutefois pas exclue.
Ce qu'il faut retenir
- L’ECDC recense 70 cas de dermatophilose en Europe depuis décembre 2025, dont 40 en France.
- Cette maladie, habituellement liée aux animaux, pourrait désormais se transmettre entre humains, notamment dans des lieux comme les saunas ou lors de rapports sexuels.
- À Lyon, neuf des trente premiers cas identifiés n’avaient aucun lien avec des animaux, mais tous avaient fréquenté des lieux de rencontre ou des saunas.
- Les symptômes incluent des pustules et des croûtes sur la barbe, le torse ou les parties génitales. Le traitement est simple, mais une consultation en centre spécialisé (Cegidd) est recommandée dès les premiers signes.
Une maladie habituellement animale, désormais suspectée de transmission interhumaine
La dermatophilose, ou « gale de boue », est une infection cutanée causée par la bactérie Dermatophilus congolensis. Longtemps associée aux zones tropicales et aux professions en contact avec des animaux — vétérinaires, agriculteurs —, elle se manifeste par des lésions pustuleuses et des croûtes sur la peau. En France, une quarantaine de cas ont été confirmés au 1er juin 2026, principalement à Lyon, Paris, Saint-Étienne, Grenoble et dans sa région. Autant dire que cette hausse inattendue interroge les autorités sanitaires.
L’hypothèse d’une transmission interhumaine gagne du terrain. L’ECDC souligne que « la transmission par contact physique étroit est la voie la plus probable ». Une piste confirmée par l’analyse de cas lyonnais : parmi les trente patients identifiés, neuf n’avaient eu aucun contact avec des animaux. Tous avaient fréquenté des saunas ou des lieux de rencontre, où les contacts rapprochés et les environnements chauds et humides favoriseraient la propagation.
Lyon, épicentre français d’une maladie en mutation
La préfecture du Rhône concentre l’essentiel des cas français. Les premiers signalements remontent à la découverte d’une « bactérie atypique » chez des patients sous traitement préventif du VIH. Ces derniers présentaient des lésions cutanées caractéristiques : pustules et croûtes localisées sur la barbe, le torse ou les parties génitales. Les analyses ont confirmé la présence de Dermatophilus congolensis, une bactérie jusqu’ici rarement associée à des transmissions humaines.
Le docteur Maxime Bonjour, médecin au Cegidd de Lyon, a livré son analyse : « Nous formons l’hypothèse que cette bactérie se transmet sexuellement. Une infection dermatologique sexuellement transmissible lors de contacts rapprochés de peau à peau, que favoriserait un environnement chaud et humide. » Cette théorie s’appuie sur le profil des patients, tous ayant fréquenté des lieux de sociabilité à risque. Les autorités sanitaires surveillent désormais la situation de près, d’autant que d’autres pays européens sont touchés.
Un traitement efficace, mais une vigilance accrue nécessaire
Contrairement à certaines infections sexuellement transmissibles (IST), la dermatophilose se soigne « très facilement », selon le docteur Bonjour. Les antibiotiques locaux ou par voie orale permettent une guérison rapide, à condition d’intervenir dès l’apparition des symptômes. Le professionnel recommande une consultation immédiate en centre Cegidd (centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les IST), où les tests et traitements sont accessibles sans avance de frais.
Reste que cette épidémie émergente soulève des questions. Pourquoi cette bactérie, jusqu’ici cantonnée aux animaux, s’adapte-t-elle désormais à l’homme ? Le réchauffement climatique ou les changements dans les comportements sociaux — comme l’augmentation des lieux de rencontre informels — pourraient-ils jouer un rôle ? Les autorités sanitaires n’excluent aucune piste, tout en insistant sur la nécessité de limiter les contacts à risque dans les environnements propices.
La situation rappelle celle d’autres infections autrefois considérées comme marginales, avant de gagner une nouvelle dimension. Comme le souligne l’ECDC, « une vigilance accrue est nécessaire pour éviter une propagation incontrôlée ». Les prochaines semaines diront si cette alerte sanitaire se confirmera ou s’éteindra aussi rapidement qu’elle est apparue.
Les symptômes incluent des pustules et des croûtes sur la peau, souvent localisées sur la barbe, le torse ou les parties génitales. Ces lésions peuvent s’accompagner de démangeaisons ou d’inflammations. En cas de doute, une consultation en centre Cegidd est recommandée pour un diagnostic précis.