La Pologne, premier producteur de volailles de l’Union européenne et troisième exportateur mondial, redoute les conséquences de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Selon Le Monde, ce texte, en cours de finalisation, menace de renforcer la concurrence des géants brésiliens et ukrainiens sur le marché européen. Une situation qui place Varsovie dans une position défensive, alors que son secteur avicole pèse près de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Ce qu'il faut retenir

  • La Pologne est le premier producteur de volailles dans l’UE, avec une production annuelle dépassant 2,5 millions de tonnes.
  • Elle occupe la troisième place mondiale parmi les exportateurs de viande de volaille, derrière le Brésil et la Thaïlande.
  • Le Brésil et l’Ukraine, déjà concurrents majeurs, pourraient gagner des parts de marché supplémentaires avec la suppression des barrières douanières.
  • L’accord UE-Mercosur, négocié depuis plus de vingt ans, vise à réduire les droits de douane sur les produits agricoles, dont la viande.
  • Le secteur avicole polonais emploie directement plus de 40 000 personnes.

Une position dominante en Europe menacée par la concurrence internationale

Avec une production annuelle de 2,7 millions de tonnes de viande de volaille en 2025, la Pologne domine largement le marché européen. « Nous sommes le premier producteur et le troisième exportateur mondial », a rappelé Mirosław Sekuła, président de l’Association polonaise des producteurs de volailles (ZMPP), dans une déclaration relayée par Le Monde. Pourtant, cette suprématie est de plus en plus contestée. Le Brésil, premier exportateur mondial de viande de volaille, et l’Ukraine, qui a fortement développé ses capacités d’exportation ces dernières années, représentent des concurrents directs. « Leurs coûts de production sont bien inférieurs aux nôtres », a souligné Sekuła, pointant notamment les différences de réglementation sanitaire et environnementale.

Cette pression concurrentielle s’exerce déjà sur les marchés européens, où les importations de volaille ukrainienne ont augmenté de 15 % en deux ans. Bref, l’accord avec le Mercosur pourrait aggraver cette tendance. Le Brésil, en particulier, dispose d’un avantage compétitif majeur grâce à son industrie avicole hautement industrialisée et ses coûts de main-d’œuvre réduits. « Si les droits de douane sont supprimés, leurs produits envahiront le marché européen », a prévenu Sekuła.

Les craintes polonaises face à un accord aux enjeux économiques majeurs

Pour Varsovie, les risques sont doubles. D’une part, la suppression des barrières douanières sur les importations de viande de volaille en provenance du Mercosur – notamment du Brésil – pourrait inonder le marché européen de produits moins chers. D’autre part, les normes sanitaires et environnementales moins strictes appliquées dans certains pays du Mercosur pourraient être perçues comme une concurrence déloyale par les producteurs polonais. « Nos élevages respectent des standards stricts en matière de bien-être animal et de durabilité », a rappelé Sekuła, soulignant que ces contraintes alourdissent les coûts de production.

Le secteur avicole polonais, qui génère un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros et emploie directement plus de 40 000 personnes, est un pilier de l’agroalimentaire national. Une étude publiée en 2025 par l’Institut économique de Varsovie estimait que l’ouverture totale du marché européen aux produits du Mercosur pourrait entraîner une baisse de 8 à 12 % des exportations polonaises d’ici 2028. Autant dire que l’enjeu est de taille pour une économie où l’agriculture représente 10 % du PIB.

L’UE divisée sur la question des normes et des quotas

Face à ces craintes, les négociations entre l’UE et le Mercosur, lancées en 1999, restent au point mort. Plusieurs États membres, dont la France et l’Irlande, s’opposent à l’accord en l’état, exigeant des garanties sur les normes sanitaires et environnementales. « Nous ne pouvons pas accepter un accord qui affaiblirait notre secteur agricole », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne sous couvert d’anonymat. De son côté, la Pologne a demandé que des quotas spécifiques soient instaurés pour protéger son marché intérieur.

Pourtant, certains pays du Mercosur, comme l’Argentine et le Paraguay, refusent toute restriction supplémentaire. « L’accord doit être équilibré et bénéficier à tous les partenaires », a affirmé un représentant du gouvernement argentin lors d’une réunion à Bruxelles en mai 2026. Le compromis semble encore lointain, d’autant que les élections européennes de juin 2024 et l’arrivée d’une nouvelle Commission en 2025 ont ralenti les discussions.

Et maintenant ?

La finalisation de l’accord UE-Mercosur dépendra des arbitrages politiques à venir, notamment lors du sommet prévu en septembre 2026. Les producteurs polonais pourraient se tourner vers des mesures de protection temporaire, comme des droits de douane supplémentaires ou des normes sanitaires renforcées. Une décision de la Commission européenne est attendue d’ici la fin de l’année, mais le dossier reste explosif au sein du Conseil de l’UE. Reste à savoir si Varsovie parviendra à imposer ses lignes rouges.

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les tensions croissantes entre ouverture commerciale et protection des secteurs stratégiques en Europe. Avec une filière avicole sous pression, la Pologne pourrait devenir l’un des principaux fronts de cette bataille.

Les principaux concurrents sont le Brésil, premier exportateur mondial, et l’Ukraine, dont les exportations vers l’UE ont progressé de 15 % en deux ans. Ces deux pays disposent d’un avantage compétitif grâce à des coûts de production inférieurs et, pour le Brésil, une industrie avicole très industrialisée.