La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a pris position mardi à l’Assemblée nationale contre la réponse jugée « disproportionnée » apportée par Canal+ à la tribune anti-Bolloré publiée en amont du Festival de Cannes, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune signée par plus de 2 000 professionnels du cinéma, dont Adèle Haenel, Juliette Binoche et Anna Mouglalis, dénonce l’influence de Vincent Bolloré sur le septième art.
  • Catherine Pégard a critiqué la réaction de Canal+, estimant qu’elle « avive » les tensions plutôt que d’apaiser le débat.
  • Maxime Saada, président du directoire de Canal+, avait rétorqué : « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. »
  • Le groupe Canal+ finance 20 % de la production cinématographique française, ce qui en fait un acteur incontournable du secteur.
  • La CGT-spectacle appelle à une mobilisation le 30 mai devant l’Olympia, propriété du groupe Bolloré.

Une tribune qui s’élargit dans le monde du cinéma

Publiée le 14 mai dans Libération à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, la tribune intitulée « Non à l’emprise de l’extrême droite dans le cinéma français » a rapidement rassemblé plus de 2 000 signataires. Parmi eux figurent des figures emblématiques comme Juliette Binoche, Blanche Gardin ou encore Anna Mouglalis, selon Le Figaro. Le texte dénonce « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le septième art, attribuée à l’influence de Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal+, premier financeur du cinéma français.

La polémique a pris une ampleur particulière sur la Croisette, où le logo de Canal+ a été sifflé à plusieurs reprises lors des projections. Cette réaction a poussé le président du directoire de la chaîne, Maxime Saada, à réagir publiquement dimanche. « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste », a-t-il déclaré, illustrant l’ampleur des tensions entre les signataires de la tribune et la direction de Canal+.

Catherine Pégard appelle au dialogue et critique Canal+

Interrogée lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale mardi, Catherine Pégard a reconnu « l’émotion et l’inquiétude » exprimées dans le secteur cinématographique, « comme elles se sont exprimées dans le secteur du livre récemment ». Elle a cependant estimé que la réponse de Canal+ était « disproportionnée » et risquait d’« aviver » les tensions plutôt que de les résoudre. « La place majeure de cette entreprise dans le cinéma lui donne une voix qui compte. Je regrette que la réponse, disproportionnée à tout le moins, apportée aux inquiétudes bien réelles qui se sont exprimées, les avive », a-t-elle déclaré sous les huées de l’extrême gauche.

La ministre a également rappelé l’importance des industries culturelles pour la France, un « grand pays de cinéma », tout en soulignant que ces polémiques « fragilisent une filière qui emploie 260 000 personnes ». Elle a enfin mis en garde contre l’instrumentalisation des débats à des fins politiques, une préoccupation partagée par une partie de la profession.

Canal+ au cœur des tensions, un acteur clé du financement du cinéma

Avec 20 % de la production cinématographique française financée chaque année par Canal+, le groupe Bolloré occupe une place centrale dans le paysage audiovisuel. Cette dépendance a été soulignée à plusieurs reprises par les signataires de la tribune, qui dénoncent une « velléité de mise au pas politique » du secteur. La réaction de Maxime Saada, perçue comme une provocation par une partie des professionnels, a encore envenimé la situation.

Face à la fronde, plusieurs organisations du cinéma, dont la Société des réalisateurs et réalisatrices de films – qui regroupe 500 cinéastes et n’a pas signé la tribune –, ont plaidé pour une « médiation » entre les signataires et les équipes de Canal+. L’objectif ? « Rétablir la confiance » et éviter une escalade des tensions. Un communiqué commun est en préparation pour tenter d’apaiser le climat.

La CGT-spectacle organise une mobilisation le 30 mai

Le syndicat CGT-spectacle a annoncé mardi un rassemblement devant l’Olympia – propriété du groupe Bolloré – prévu le 30 mai. Dans un communiqué, il dénonce « les menaces de “blacklistage” de Bolloré » et appelle les professionnels du spectacle à se mobiliser. « Face aux menaces de “blacklistage” de Bolloré et sa velléité de mise au pas politique du cinéma français, le syndicat appelle les professionnels du spectacle à se rassembler », peut-on lire dans le texte.

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation, qui pourrait s’étendre si les tensions persistent. Les professionnels du cinéma, divisés entre ceux qui soutiennent la tribune et ceux qui défendent l’indépendance de Canal+, se retrouvent au cœur d’un débat qui dépasse le cadre artistique pour toucher à des enjeux politiques et économiques majeurs.

Et maintenant ?

Un communiqué commun des organisations du cinéma devrait être publié dans les prochains jours pour tenter de calmer le jeu et proposer une issue à la crise. La Société des réalisateurs et réalisatrices de films mise sur une médiation, mais les divisions au sein du secteur rendent la tâche complexe. La mobilisation prévue le 30 mai pourrait marquer un tournant dans l’escalade des tensions, selon les observateurs.

Reste à voir si les appels au dialogue de Catherine Pégard seront entendus, ou si la polémique continuera de s’amplifier, avec des conséquences potentielles sur le financement et la production du cinéma français.

La tribune, publiée à la veille du Festival de Cannes, a bénéficié d’une visibilité médiatique importante. Elle dénonce l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma français, un sujet qui touche une partie significative des professionnels du secteur, sensibles aux questions d’indépendance artistique et de pluralisme politique.

Canal+ finance environ 20 % de la production cinématographique française chaque année, ce qui en fait l’un des principaux acteurs du secteur. Cette position lui confère une influence majeure, mais aussi une responsabilité accrue dans les débats qui agitent le milieu.