Le parquet de Paris poursuit son enquête sur les ramifications françaises du réseau criminel de Jeffrey Epstein, après la publication par les autorités américaines de milliers de documents liés à l’affaire. Une dizaine de nouvelles victimes présumées se sont signalées auprès des enquêteurs, a indiqué ce dimanche la procureure Laure Beccuau, interrogée sur RTL selon le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- Une dizaine de nouvelles victimes présumées se sont manifestées auprès du parquet de Paris, portant à une vingtaine le nombre total de plaignantes ayant pris contact avec les autorités.
- L’enquête vise à identifier d’éventuels complices en France ayant facilité les agissements d’Epstein, notamment en lui fournissant des victimes.
- Parmi les victimes déjà connues figurent des personnes liées à Jean-Luc Brunel et Gérald Marie, deux figures mises en cause pour des faits de viol sur mineurs.
- Le parquet a réanalysé l’ordinateur, la téléphonie et les carnets d’adresses d’Epstein, tout en préparant des demandes d’entraide internationale.
- Aucun mis en cause n’a encore été entendu à ce stade, les investigations se concentrant d’abord sur la collecte de preuves.
Cette enquête préliminaire, ouverte pour « traite des êtres humains », s’inscrit dans le sillage de la publication par le gouvernement américain de milliers de fichiers appartenant à l’homme d’affaires décédé en 2019 dans sa cellule de prison. Les documents révèlent des réseaux d’influence et des mécanismes de recrutement de jeunes victimes, dont certains pourraient avoir des ramifications en Europe. L’objectif des autorités françaises est double : d’une part, identifier d’éventuels intermédiaires ayant servi d’appâts ou de facilitateurs à Epstein sur le territoire ; d’autre part, recueillir les témoignages de victimes dont certaines résident à l’étranger.
Parmi les victimes déjà identifiées, certaines avaient déjà été signalées dans le cadre d’affaires connexes, comme celles impliquant Jean-Luc Brunel, agent de mannequins mis en examen pour viol sur mineurs avant de se suicider en détention en 2022. D’autres sont liées à Gérald Marie, ex-dirigeant de l’agence Elite, visé par plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et qui a toujours nié les faits via son avocate. Ces dossiers, bien que distincts, pourraient désormais être réexaminés à la lumière des nouveaux éléments issus des investigations en cours.
« Nous entendons ces victimes, un certain nombre d’entre elles sont à l’étranger. Nous avons ressorti l’ordinateur de M. Epstein, sa téléphonie, ses carnets d’adresses, qui font l’objet de nouvelles analyses. Nous aurons aussi des demandes d’entraide internationale. »
— Laure Beccuau, procureure de Paris
Les enquêteurs ont également exhumé des éléments matériels, comme l’ordinateur, les relevés téléphoniques et les carnets personnels du défunt criminel, afin de retracer ses déplacements, ses contacts et ses méthodes de recrutement. Ces pièces, analysées sous toutes les coutures, pourraient permettre de reconstituer le réseau français d’Epstein et d’établir des liens entre ses victimes et ses complices potentiels. Par ailleurs, le parquet prépare des demandes d’entraide judiciaire à l’international, notamment avec les États-Unis, où des milliers de pages du dossier ont été rendues publiques.
Côté mis en cause, aucun nom n’a encore été officiellement cité. Les investigations se concentrent pour l’instant sur la collecte de preuves avant d’engager des auditions. Une procédure prudente, selon Laure Beccuau, qui a souligné que les premières étapes visaient à « compléter notre connaissance des relations d’Epstein avec les autres protagonistes de son réseau en France ». Ce n’est qu’une fois cette phase achevée que les enquêteurs entendront les personnes susceptibles d’être mises en cause, qu’elles soient suspectées d’avoir recruté des victimes ou d’avoir commis elles-mêmes des violences sexuelles.
Cette enquête s’inscrit dans un mouvement plus large de réexamen des affaires liées à Epstein, dont les ramifications s’étendent bien au-delà des États-Unis. En France, comme dans d’autres pays européens, les autorités judiciaires tentent de démêler l’écheveau des complicités locales, qu’elles soient financières, logistiques ou simplement passives. L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement de rendre justice aux victimes, mais aussi de comprendre comment un réseau criminel a pu prospérer en s’appuyant sur des relais insoupçonnés. Les prochains mois diront si ces investigations permettront de lever le voile sur ces mécanismes.
Dans l’immédiat, le parquet de Paris reste mobilisé sur ce dossier sensible, tandis que les associations de défense des victimes appellent à une coopération accrue entre les pays. Reste à voir si les pistes ouvertes par les nouveaux documents américains permettront de faire avancer significativement l’enquête française.
Parmi les victimes déjà signalées figurent des personnes liées à Jean-Luc Brunel, agent de mannequins décédé en détention, et Gérald Marie, ex-dirigeant de l’agence Elite. Aucun nom de complice présumé n’a encore été officiellement révélé par le parquet.
Les autorités américaines ont publié des milliers de pages de fichiers appartenant à Jeffrey Epstein, incluant des carnets d’adresses, des relevés téléphoniques, des échanges écrits et des documents financiers.