La Cour d’appel de Paris examine aujourd’hui à 13h30 les demandes de remise en liberté de Bruno Lafont, ancien PDG de Lafarge, et de Christian Herrault, ex-directeur général adjoint, tous deux condamnés pour financement de terrorisme dans l’affaire Lafarge en Syrie. Selon BFM Business, leurs avocates ont déposé les recours après leur incarcération commune depuis mi-avril.

Ce qu'il faut retenir

  • Bruno Lafont et Christian Herrault purgent leur peine ensemble depuis le 13 avril à la prison de la Santé, dans le « quartier des personnes vulnérables ».
  • Le Tribunal correctionnel les a condamnés respectivement à 6 ans et 5 ans de prison pour « financement du terrorisme », avec exécution provisoire.
  • Leur usines syrienne aurait versé 5,5 millions d’euros à des groupes terroristes entre 2012 et 2014, selon l’accusation.
  • Les avocates des deux hommes estiment qu’ils ne remplissent aucun critère justifiant une détention provisoire.
  • Un nouveau procès n’est pas attendu avant 2027 ou 2028, en raison de la complexité de l’affaire.
  • Le délibéré pourrait être rendu mercredi, une décision qui déterminera leur sortie immédiate ou leur maintien en détention.

Une détention commune dans des conditions strictes

Depuis le 13 avril 2026, Bruno Lafont, 69 ans, et Christian Herrault, 75 ans, partagent une cellule de 8 mètres carrés à la prison de la Santé, équipée d’une douche et de toilettes. Selon BFM Business, ils sont placés dans le « quartier des personnes vulnérables », réservé aux détenus considérés comme à risque. Leurs repas sont pris à 17h45 sur une petite table, avec des chaises soudées au sol, et ils dorment sur des lits superposés – Lafont en bas, Herrault en haut.

Leur cohabitation forcée contraste avec leur relation tendue depuis le début de l’affaire. Mis en examen fin 2017, ils avaient été placés sous contrôle judiciaire interdisant tout contact, ce qui les a tenus éloignés pendant dix ans. Ils se sont retrouvés lors du procès en 2025, assis dos à dos dans le box des accusés, avant d’être incarcérés ensemble. Selon leur entourage, leurs échanges restent limités, et ils évitent de « refaire le match » de leur procès.

Des versions opposées face à la justice

Pendant un mois et demi, Bruno Lafont et Christian Herrault ont livré à la justice des récits diamétralement opposés. Herrault, alors numéro deux de Lafarge, a affirmé que le PDG était au courant des paiements versés à des groupes terroristes. De son côté, Lafont a nié avoir eu connaissance de ces transactions jusqu’au 27 août 2014, date à laquelle des documents prouvent qu’il en avait été informé.

L’usine de Lafarge en Syrie, abandonnée un mois plus tard, a finalement été prise d’assaut par l’État islamique. Cette divergence de témoignages a joué un rôle clé dans leur condamnation par le Tribunal correctionnel, qui a retenu la thèse du financement de terrorisme. Leurs avocates contestent cette version, soulignant que ni l’un ni l’autre ne remplit les critères légaux justifiant une détention provisoire.

« Christian Herrault ne remplit aucun des critères indispensables à la détention provisoire. Il n’y a donc aucune possibilité qu’il reste en prison. »

Solange Doumic, avocate de Christian Herrault, d’après BFM Business

Une procédure judiciaire complexe et des échéances lointaines

Outre Lafont et Herrault, sept autres prévenus, dont six hommes et la société Lafarge, ont fait appel de leurs condamnations. Le Parquet, ainsi que treize victimes des attentats du Bataclan et 376 parties civiles, ont également interjeté appel. Selon BFM Business, le deuxième procès n’est pas attendu avant 2027 ou 2028, en raison de la densité des procédures et des nombreux recours déposés.

Le code de procédure pénale encadre strictement les critères de remise en liberté. Pour être refusée, une demande doit être justifiée par des risques de conservation de preuves, de pression sur des témoins ou de concertation frauduleuse. Dans ce dossier, ce dernier point semble écarté, puisque les deux hommes partagent la même cellule depuis cinq semaines. Cependant, une assignation à résidence avec bracelet électronique reste une possibilité, comme l’a évoqué BFM Business.

Et maintenant ?

Le délibéré de la Cour d’appel pourrait être rendu dès mercredi. Si la remise en liberté est accordée, les deux anciens dirigeants pourraient sortir de prison rapidement, sous réserve d’éventuelles conditions restrictives. Dans le cas contraire, leur détention provisoire se poursuivrait en attendant un nouveau procès, dont l’ouverture n’est pas prévue avant plusieurs années. La décision rendue mardi sera donc déterminante pour la suite de cette affaire, qui s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà particulièrement chargé.

Cette affaire rappelle également les enjeux liés aux procédures de financement du terrorisme, où les délais entre l’inculpation et le jugement peuvent s’étendre sur plus d’une décennie. Le prochain rendez-vous judiciaire majeur reste donc celui du deuxième procès, dont la date exacte n’a pas encore été communiquée.

Le tribunal a autorisé leur cohabitation en cellule, estimant qu’ils ne représentaient pas de risque mutuel. Selon leur avocate, Solange Doumic, « le tribunal l’a permis », sans que les raisons exactes de cette décision ne soient précisées.