La Cour pénale internationale (CPI) s’est saisie d’un dossier particulièrement sensible concernant les crimes commis à l’encontre de migrants détenus en Libye. Comme le rapporte RFI, l’institution judiciaire internationale a convoqué pour trois jours d’audience, à partir de ce 19 mai 2026, l’ancien chef de la prison de Mitiga, située aux abords de Tripoli. Mohammed Ali El Hishri, qui occupait alors un poste de responsabilité au sein de cette structure, est directement visé par une procédure pour crimes contre l’humanité. Le procureur de la CPI demande formellement sa mise en accusation pour une série d’actes graves commis entre 2014 et 2020.

Ce qu'il faut retenir

  • Mohammed Ali El Hishri, ancien chef de la prison de Mitiga (Libye), comparait devant la CPI du 19 au 21 mai 2026 pour une audience de mise en accusation.
  • Les faits reprochés couvrent la période 2014-2020 et incluent des violences sexuelles, tortures, persécutions et esclavage.
  • Le procureur de la CPI demande sa mise en accusation pour crimes contre l’humanité.
  • La prison de Mitiga, proche de Tripoli, était l’un des lieux de détention de migrants en Libye connus pour ses conditions extrêmes.

Une procédure judiciaire engagée pour des crimes de grande ampleur

L’audience ouverte aujourd’hui devant la CPI marque une étape cruciale dans le traitement des exactions commises à l’encontre des migrants en Libye. Selon les éléments transmis par le procureur, Mohammed Ali El Hishri serait responsable de graves violations des droits humains. Viols, violences sexuelles, tortures, persécutions et esclavage figurent parmi les chefs d’accusation retenus contre lui. Ces actes, s’ils étaient avérés, constitueraient des crimes contre l’humanité, une qualification juridique qui place ces faits au plus haut niveau de gravité reconnu par le droit international.

Les allégations portent sur une période s’étendant de 2014 à 2020, une époque où la Libye traversait une phase de forte instabilité politique et sécuritaire. La prison de Mitiga, située dans la banlieue de Tripoli, était alors l’un des centres de détention de migrants les plus redoutés du pays. Plusieurs rapports d’ONG et d’organisations internationales avaient déjà pointé du doigt les conditions de détention y régnant, évoquant des pratiques systématiques de maltraitance et d’exploitation.

Un contexte libyen marqué par l’instabilité et l’exploitation des migrants

La Libye, pays de transit majeur pour les migrants en route vers l’Europe, a longtemps été pointée du doigt pour les traitements infligés à ces populations. Entre 2014 et 2020, les conflits armés, les milices armées et l’absence d’autorité centrale forte ont créé un terreau propice aux abus. Les centres de détention, souvent contrôlés par des groupes armés ou des milices, étaient le théâtre de pratiques documentées par des organisations comme l’ONU, Amnesty International ou Human Rights Watch. Ces dernières avaient notamment alerté sur les travaux forcés, les violences sexuelles et les exécutions sommaires subis par les détenus.

La CPI, qui a ouvert une enquête en 2020 sur les crimes commis en Libye, s’est progressivement saisie de plusieurs dossiers liés à la situation des migrants. L’affaire concernant Mohammed Ali El Hishri s’inscrit dans cette dynamique, même si elle reste centrée sur un individu et une structure précise. « Ces crimes ne peuvent rester impunis », avait rappelé la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, en 2020, lors de l’ouverture de l’enquête sur la Libye. Depuis, son successeur, Karim Khan, a poursuivi ce travail d’investigation.

« Les crimes reprochés à Mohammed Ali El Hishri, s’ils sont établis, relèvent de la compétence de la Cour pénale internationale. Notre objectif est de garantir que justice soit rendue aux victimes et que les responsables rendent des comptes. »
Karim Khan, procureur de la CPI

Et maintenant ?

Les trois jours d’audience prévus à partir du 19 mai 2026 devraient permettre aux juges de la CPI d’examiner les éléments à charge présentés par le procureur. Si la mise en accusation est prononcée, l’affaire suivra ensuite la procédure classique de la CPI : confirmation des charges, puis éventuel procès. Une décision pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, selon les observateurs. Pour les victimes et les défenseurs des droits humains, cette audience représente une étape symbolique, mais aussi un test pour la capacité de la justice internationale à agir dans un contexte où les autorités libyennes peinent à faire respecter l’État de droit.

Reste à voir si d’autres responsables de centres de détention libyens feront l’objet de poursuites similaires. La CPI a d’ores et déjà indiqué que son enquête sur la Libye se poursuivait, sans préciser si d’autres noms seraient prochainement divulgués. Une chose est sûre : ce procès, s’il aboutit, enverrait un signal fort à tous ceux qui, en Libye et ailleurs, continuent de profiter de la vulnérabilité des migrants.