Près de deux ans après la disparition en mer de Medhi Narjissi lors d’une séance de récupération en Afrique du Sud, l’affaire prend une nouvelle dimension avec des révélations du journal L’Équipe, reprises par RMC Sport, qui remettent en cause la défense de la Fédération française de rugby (FFR). Ces éléments interviennent quelques jours seulement après la prise de parole publique de Florian Grill, président de la FFR, mis en examen pour homicide involontaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Medhi Narjissi, 17 ans, a disparu le 7 août 2024 lors d’une séance de baignade sur la plage de Dias Beach, en Afrique du Sud, considérée comme l’une des plus dangereuses au monde.
  • La FFR est mise en examen en tant que personne morale pour homicide involontaire, mais conteste toute responsabilité pénale, attribuant les manquements à deux membres du staff.
  • De nouveaux éléments, issus d’un groupe WhatsApp, montrent que la FFR était informée en amont de la séance de récupération prévue sur cette plage.
  • Deux officiels de la FFR, Cédric L. et Élise M., figuraient dans la boucle de discussion, sans que leur rôle ne soit clairement établi.
  • Le corps de Medhi Narjissi n’a jamais été retrouvé malgré les tentatives de sauvetage de ses coéquipiers.

Une mise en examen qui relance les tensions

Deux ans après le drame, l’enquête judiciaire suit toujours son cours, et la FFR se retrouve au cœur d’une polémique qui dépasse le cadre sportif. Florian Grill, président de la fédération, a pris la parole pour la première fois depuis la mise en examen de la FFR, le 11 mai 2026, dans les colonnes du Midi Olympique. Selon ses propos rapportés par RMC Sport, il a justifié son silence initial par le respect du secret de l’instruction, tout en dénonçant une violation de ce dernier : « Jusqu’ici, j’avais souhaité ne pas m’exprimer, je voulais réserver mes propos à la justice et surtout préserver la sérénité de l’enquête. Mais force est de constater que le secret de l’instruction a été violé. »

Florian Grill a réaffirmé à plusieurs reprises que la responsabilité dans ce drame ne pouvait être que individuelle, pointant du doigt le choix des membres du staff présent sur place. « La décision prise sur place est à l’opposé de ce qui est écrit dans le planning de la DTN, qui ne prévoyait aucune baignade. C’est bien sur place que cela s’est passé », a-t-il insisté. Il a également évoqué le caractère « incompréhensible » de la décision d’aller se baigner sur la plage de Dias Beach, l’une des plus dangereuses au monde.

La FFR pointe les manquements du staff, mais les nouveaux éléments brouillent le récit

Depuis le drame, la FFR a tenté de se distancier de toute responsabilité, attribuant les manquements à deux membres du staff technique. Robin Ladauge, préparateur physique, a été révoqué de la fonction publique, tandis que Stéphane Cambos, manager de l’équipe de France U18, a écopé d’une suspension de deux ans, dont un an ferme. Florian Grill a martelé ce point devant la juge d’instruction : « Toute ma vie, j’ai assumé mes responsabilités. Comme je l’ai dit à la juge, si je pensais une seule seconde que la Fédération ou la DTN avaient la moindre responsabilité pénale dans ce drame, je serais le premier à le dire. »

Pourtant, des révélations publiées par L’Équipe et relayées par RMC Sport viennent contredire cette version. Selon ces informations, la FFR et la DTN à Paris étaient informées en temps réel de la séance de récupération prévue sur la plage de Dias Beach. Un groupe WhatsApp, incluant notamment Cédric L. – devenu « manager des équipes de France jeunes » quelques semaines avant le drame – et Élise M., team manager salariée de la FFR à l’époque, aurait échangé des messages le matin même du 7 août 2024.

Un échange WhatsApp qui change la donne

Le 7 août 2024 au matin, Robin Ladauge a transmis dans ce groupe un message détaillant le programme de la journée, incluant deux options pour une séance de « bain froid » : « 1) bain froid sur la plage du Cap de Bonne-Espérance — attention, petite descente d’une centaine de marches. Prévoir serviette et maillot de bain. 2) bain froid en rentrant à l’hôtel vers 17h. » Selon L’Équipe, ce message n’a suscité aucune opposition de la part des responsables en France, et a été reçu par Cédric L., en congé à cette date. Pourtant, l’équipe s’est finalement rendue sur la plage de Dias Beach, où Medhi Narjissi a disparu en mer.

L’avocat de la FFR, maître Chichportich, a tenté de minimiser l’importance de cet échange : « La présence de Cédric L. et d’Élise M. dans cette boucle WhatsApp ne change en rien la position de la FFR. Le premier était en congé et n’a pas été sollicité pour une quelconque validation. La seconde était à Paris et n’avait ni la compétence ni l’autorité pour intervenir sur le staff. Cette boucle est un non-sujet qui n’a aucune incidence sur la responsabilité de la FFR », a-t-il déclaré au micro de L’Équipe. Malgré ces éléments, la défense de la FFR reste centrée sur l’idée que la décision finale a été prise sur place, indépendamment des directives de la DTN.

La famille de Medhi Narjissi attend toujours des réponses

Depuis le drame, la famille de Medhi Narjissi, 17 ans au moment des faits, est plongée dans l’incertitude. Le corps du jeune rugbyman n’a jamais été retrouvé, malgré les recherches menées dans les heures et les jours qui ont suivi sa disparition. Tao Chardel, auteur de l’article pour RMC Sport, rappelle que la douleur de la famille reste intacte, malgré les mises en examen successives. Florian Grill a reconnu cette réalité : « J’ai bien conscience que nous ne pourrons jamais ressentir ce que représentent la douleur et la colère de la famille de Medhi. »

La colère de la famille s’est exprimée publiquement après la mise en examen de la FFR, notamment celle du père de Medhi, qui a déclaré : « Aucune raison de se réjouir », selon RMC Sport. À l’heure actuelle, toutes les parties restent présumées innocentes, et l’enquête judiciaire se poursuit.

Et maintenant ?

L’enquête judiciaire devrait entrer dans une phase décisive dans les prochains mois, avec des auditions complémentaires et l’examen des éléments recueillis depuis deux ans. La FFR, déjà fragilisée par cette affaire, pourrait voir sa responsabilité pénale réévaluée en fonction des nouvelles pièces versées au dossier. Les prochaines échéances judiciaires seront déterminantes pour l’issue de cette procédure, qui dépasse largement le cadre sportif.

En attendant, la question de la sécurité des jeunes sportifs en déplacement à l’étranger reste posée. La FFR, par la voix de Florian Grill, a réaffirmé sa volonté de « rétablir la vérité des faits », mais les révélations récentes compliquent cette tâche. Les prochaines déclarations des parties en présence, notamment lors des auditions, pourraient apporter des éclairages supplémentaires sur les responsabilités engagées.

La plage de Dias Beach, située près du Cap en Afrique du Sud, est réputée pour ses courants marins imprévisibles et ses vagues puissantes, ce qui en fait l’un des spots de baignade les plus risqués au monde. Plusieurs accidents mortels y ont déjà été recensés ces dernières années.