Deux ans après les violentes émeutes qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie en 2024, plusieurs dizaines de détenus kanaks continuent de purger leur peine dans des prisons de l’Hexagone, à près de 17 000 km de leur archipel d’origine. Selon Libération, ces transferts d’urgence, décidés en pleine crise insurrectionnelle, ont laissé des familles et des proches dans l’impossibilité de rendre visite aux détenus, tandis que ces derniers réclament désormais leur rapatriement.
Ce qu'il faut retenir
- 17 000 km séparent les prisons métropolitaines des îles où sont incarcérés ces détenus kanaks, isolant ces derniers de leur communauté.
- Les transferts avaient été effectués en urgence pendant les émeutes de 2024, une période de forte tension politique et sociale en Nouvelle-Calédonie.
- Plusieurs dizaines de détenus kanaks restent concernés par cette situation, selon les informations recueillies par Libération.
- Les familles et les associations réclament le rapatriement de ces détenus, toujours privés de contacts physiques avec leurs proches.
Des transferts d’urgence aux conséquences durables
En mai 2024, la Nouvelle-Calédonie a connu une crise insurrectionnelle d’une intensité inédite, marquée par des barricades, des affrontements avec les forces de l’ordre et des pertes humaines. Dans ce contexte, les autorités françaises ont pris la décision de transférer en urgence plusieurs dizaines de détenus kanaks vers des prisons de métropole, une mesure exceptionnelle justifiée par l’état d’urgence et les risques sécuritaires locaux. Pourtant, deux ans plus tard, ces détenus se retrouvent toujours éloignés de leur territoire, sans perspective claire de retour.
Pour les familles, cette situation représente une épreuve supplémentaire. Les visites, déjà rares en raison de l’éloignement géographique, se heurtent à des contraintes logistiques et financières. « On ne peut pas se permettre d’aller jusqu’en métropole, c’est trop loin et trop cher », a expliqué à Libération une proche d’un détenu originaire de Nouméa. « On ne sait même pas quand il rentrera », a-t-elle ajouté, sous couvert d’anonymat.
Des revendications portées par les associations kanakes
Dès les premiers mois suivant les transferts, des associations kanakes et des élus locaux ont dénoncé cette situation, exigeant le retour immédiat des détenus dans leur archipel. Selon Libération, des négociations auraient été engagées avec l’administration pénitentiaire, mais sans résultat concret à ce jour. Les avocats des détenus ont également saisi les tribunaux administratifs pour contester la légalité de ces transferts, arguant qu’ils avaient été effectués dans l’urgence et sans consultation préalable des familles.
« Ces détenus sont des citoyens français, ils devraient avoir le droit de purger leur peine près de chez eux, auprès de leurs proches », a déclaré Me Thérèse Waia, avocate spécialisée dans les droits des peuples autochtones. « Le principe de proximité, qui guide normalement l’exécution des peines, est ici totalement ignoré », a-t-elle souligné.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si un compromis pourra être trouvé, ou si cette question continuera de peser sur les relations entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole.
Ces transferts ont été effectués en urgence en mai 2024, pendant les émeutes qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie. Les autorités françaises ont justifié cette mesure par l’état d’urgence et les risques sécuritaires locaux, nécessitant l’éloignement des détenus de leur territoire d’origine.
Selon Libération, plusieurs dizaines de détenus kanaks restent incarcérés en métropole. Le chiffre exact n’a pas été précisé par les autorités, mais les associations estiment que la situation concerne « plusieurs dizaines » de personnes.