Alors que le texte sur l’aide à mourir vient d’être rejeté une nouvelle fois par le Sénat, Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, s’est exprimée ce 15 mai 2026 sur franceinfo – Politique pour livrer son analyse sur ce dossier sociétal complexe. Selon elle, ce type de sujet ne peut se résoudre par une simple réponse binaire « oui » ou « non » lors d’un référendum, soulignant la nécessité d’une approche nuancée et prudente.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Sénat a rejeté une nouvelle fois le texte sur l’aide à mourir, malgré les ambitions initiales d’Emmanuel Macron.
  • Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, estime qu’un référendum n’est pas adapté pour traiter un sujet aussi complexe.
  • Elle souligne que le texte issu de l’Assemblée nationale, lors de sa première lecture, était « plus raisonnable » que les débats qui ont suivi.
  • Sur le plan sanitaire, Buzyn a évoqué la gestion actuelle de l’épidémie d’hantavirus en France, jugée « prudente et adaptée ».
  • Elle met en garde contre les risques de pénuries de matériel médical en cas de crise combinée (sanitaire, géopolitique, sécuritaire).

Un texte sur l’aide à mourir toujours en débat

Le projet de loi sur l’aide à mourir, porté par l’exécutif, continue de susciter des divisions au Parlement. Après un nouveau rejet au Sénat, Agnès Buzyn a réaffirmé son scepticisme quant à l’utilisation d’un référendum pour trancher une question aussi délicate. « Ce type de sujet n’est absolument pas adapté pour un référendum où on répond ‘oui’, ‘non’ », a-t-elle déclaré, ajoutant que « tout est dans la façon dont on rédige les choses, dans l’endroit où on met le curseur sur ce qu’on appelle une maladie grave ».

Pour l’ancienne ministre, ce n’est pas une « grande réforme sociétale voulue par Emmanuel Macron », mais plutôt une réponse à une « pression sociétale ». Elle rappelle qu’en 2019-2020, lors des débats sur la bioéthique, le président de la République n’était « pas du tout favorable » à cette avancée. Selon elle, c’est sous la pression de la société civile que le gouvernement a finalement décidé d’inscrire ce sujet à l’agenda législatif.

Buzyn nuance son positionnement sur l’aide à mourir

Agnès Buzyn, qui avait initialement un avis « plutôt défavorable » sur le sujet, reconnaît désormais qu’il existe un « besoin sociétal d’accompagner des personnes qui souffrent, qui n’ont pas d’espoir et qui ne peuvent pas s’en sortir ». Elle admet que le texte issu de l’Assemblée nationale, lors de sa première lecture, était « plus raisonnable » que les propositions évoquées lors des débats publics, où l’aide à mourir aurait pu être étendue à des patients non en phase terminale. « Il faut conclure, ça ne peut pas être des allers-retours indéfinis entre le Sénat et l’Assemblée », a-t-elle insisté, tout en espérant que les députés « resteront prudents ».

Gestion de l’hantavirus : une approche jugée adaptée

Interrogée sur la gestion de l’épidémie d’hantavirus, qui a touché plusieurs passagers d’un navire en France, Agnès Buzyn s’est dite « rassurée » par la situation actuelle. Les 26 cas contacts testés ont tous été négatifs, ce qui, selon elle, permet d’envisager que le foyer épidémique s’éteigne. « Plus on avance dans la durée d’incubation, plus on est rassuré », a-t-elle expliqué, précisant que le scénario le plus favorable reste celui où seuls les passagers du bateau ont développé des symptômes. Elle a salué la transparence du gouvernement, estimant que la communication actuelle, axée sur l’incertitude et la prudence, est une « leçon tirée du Covid ».

Buzyn a également souligné que le risque de pénurie de masques, observé lors de la pandémie de Covid-19, ne se reproduirait pas nécessairement. « Ce qui a posé problème pendant le coronavirus, c’est que le papier bleu utilisé pour fabriquer les masques était fabriqué à Wuhan », a-t-elle rappelé, ajoutant que les commandes n’ont pu être honorées en raison du confinement de la région chinoise. Elle a conclu en insistant sur la nécessité de maintenir des stocks stratégiques pour faire face aux futures épidémies.

Les leçons à tirer des crises sanitaires

L’ancienne ministre a abordé les risques de pénuries de matériel médical en cas de crise combinée, qu’elle soit sanitaire, géopolitique ou sécuritaire. « Les gestions de crise sont compliquées quand elles se superposent », a-t-elle noté, citant comme exemple les tensions sur les équipements à base de polypropylène, menacés par des ruptures d’approvisionnement en plastique. Pour Buzyn, la clé réside dans l’adaptation et la transparence, deux éléments essentiels pour maintenir la confiance de la population. « Tenir un langage de vérité est très important pour garder la confiance des gens », a-t-elle affirmé.

Elle a également rappelé que l’OMS recense entre 150 et 300 foyers épidémiques par an dans le monde, bien que tous n’aient pas vocation à devenir des pandémies. « Nous savons que nous aurons régulièrement des foyers épidémiques », a-t-elle souligné, insistant sur l’importance de se préparer à de futures crises, qu’il s’agisse de grippe aviaire, de méningite ou d’Ébola.

Et maintenant ?

Le texte sur l’aide à mourir pourrait revenir en discussion à l’Assemblée nationale dans les prochains mois, après son rejet au Sénat. Agnès Buzyn espère que les députés maintiendront une approche prudente, en évitant les allers-retours législatifs qui pourraient prolonger l’incertitude pour les malades. Côté santé publique, la gestion de l’hantavirus semble désormais sous contrôle, mais les autorités restent vigilantes face aux risques de nouvelles épidémies. Quant aux stocks stratégiques, les leçons du Covid-19 devraient conduire à une meilleure préparation, même si les défis logistiques et géopolitiques restent nombreux.

Interrogée sur l’urgence à légiférer, Agnès Buzyn a rappelé que pour de nombreux malades, le temps presse. « Pour les malades, ça l’est », a-t-elle concédé, tout en appelant à une conclusion rapide du processus législatif. Le débat sur l’aide à mourir, qui divise profondément la société, pourrait donc connaître un dénouement d’ici la fin de l’année, sous réserve des arbitrages politiques à venir.

Agnès Buzyn estime qu’un référendum, avec une réponse binaire « oui » ou « non », est inadapté pour un sujet aussi complexe que l’aide à mourir. Selon elle, les nuances – comme la définition d’une « maladie grave » ou les modalités d’application – sont essentielles et ne peuvent être tranchées par un vote simplifié. Elle craint qu’un référendum ne reflète pas la réalité du débat médical et éthique.

L’hantavirus, bien que moins connu que le Covid-19, peut entraîner une létalité de 20 à 40 % chez les personnes infectées. La gestion de l’épidémie actuelle en France repose sur l’isolement des cas confirmés et le dépistage des cas contacts. À ce jour, tous les 26 cas contacts testés sont négatifs, ce qui permet d’envisager une extinction du foyer épidémique.