Selon BFM Bourse, le spécialiste français des gaz industriels Air Liquide a publié ce mardi des résultats du premier trimestre 2026 en légère déception par rapport aux attentes du marché. Si le groupe conserve un profil défensif attractif et profite de l’essor de l’intelligence artificielle, sa croissance en données comparables (+1,9 %) est restée en deçà du consensus des analystes, qui tablaient sur +2 %. Pourtant, malgré cette contre-performance ponctuelle, l’action conserve une performance annuelle remarquable de +12,2 %, bien au-dessus de celle du CAC 40 (-0,03 % sur la même période).

Ce qu'il faut retenir

  • Croissance trimestrielle limitée : +1,9 % en données comparables contre +2 % attendu par le consensus
  • Revenus stables : 6,8 milliards d’euros, mais performance contrastée selon les segments
  • Carnet de commandes record : 5,5 milliards d’euros de projets industriels, en hausse de 600 millions d’euros
  • Efficacité opérationnelle : 142 millions d’euros d’économies réalisées, en progression de 8 % sur un an
  • Action en hausse : +12,2 % depuis le début de l’année 2026
  • Perspectives électroniques prometteuses : potentiel de +500 millions à 1 milliard d’euros de résultat opérationnel supplémentaire d’ici 2030

Un géant des gaz industriels sous pression sur le court terme

Air Liquide, leader mondial des gaz industriels, a enregistré un chiffre d’affaires de 6,8 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en progression de 1,9 % en données comparables — une mesure qui exclut les variations de change, de périmètre et les fluctuations des prix de l’énergie refacturés aux clients. Ce résultat, inférieur aux prévisions des analystes, a provoqué un repli de 4,5 % de son titre en Bourse, faisant de cette valeur le plus gros perdant du CAC 40 à la mi-journée.

Comme l’a souligné Alphavalue, « la réaction du marché est compréhensible, car le chiffre d’affaires reste quelque peu faible ». Pourtant, les fondamentaux du groupe ne sont pas remis en cause. Air Liquide conserve en effet un positionnement unique, reposant sur des contrats longs — souvent de 15 ans — avec ses grands clients industriels, ce qui lui garantit une visibilité et des marges stables.

Une croissance contrastée selon les segments

La performance du premier trimestre 2026 révèle des disparités marquées entre les différentes activités du groupe. Les clients industriels marchands (pharmacie, construction, électronique) ont enregistré une croissance de 2,7 % en données comparables, portée par des hausses de prix. Le segment santé, incluant les gaz médicaux et les soins à domicile, a progressé de 4 %, tandis que l’électronique affiche un bond de 2,9 %, dopé par un +9 % des ventes de gaz vecteurs — des produits ultra-purs essentiels à la fabrication des semi-conducteurs.

À l’inverse, la grande industrie (chimie, raffinage, énergie, métaux) a subi un repli de 0,9 % en données comparables, en raison d’une demande « faible » en Europe et en Asie. Ce contraste illustre la résilience d’Air Liquide sur les marchés porteurs, tout en soulignant sa sensibilité aux cycles économiques traditionnels.

Un carnet de commandes au plus haut, un atout pour l’avenir

Malgré la déception sur la croissance trimestrielle, Air Liquide peut se targuer d’un carnet de commandes record de 5,5 milliards d’euros, en hausse de 600 millions d’euros par rapport au trimestre précédent. Pour Citi, ce chiffre constitue « le plus marquant de cette publication ». Il reflète la confiance des industriels dans les solutions du groupe, notamment dans un contexte où l’intelligence artificielle et la transition énergétique stimulent la demande en gaz industriels et en solutions high-tech.

Le groupe a également mis en avant des efficacités opérationnelles de 142 millions d’euros sur le trimestre, en progression de 8 % sur un an. Ces économies, définies comme des « réductions pérennes de la base de coûts », sont présentées comme le « principal moteur de la croissance des bénéfices », selon Alphavalue. Elles viennent compenser, en partie, la faible progression du chiffre d’affaires.

L’électronique, futur levier de croissance pour Air Liquide

Air Liquide s’impose comme l’un des principaux bénéficiaires de la révolution de l’intelligence artificielle. Son expertise dans la fourniture de gaz ultra-purs — des produits à très haute pureté, indispensables à la fabrication des semi-conducteurs — lui ouvre des perspectives prometteuses. Ce segment, qui représente 9 % des revenus du groupe, pourrait voir son poids augmenter significativement dans les années à venir.

« Air Liquide s’impose comme l’un des ‘grands gagnants’ du secteur de l’IA, l’électronique jouant un rôle de plus en plus déterminant dans les projets d’investissement du groupe et, selon nous, dans la croissance future de son chiffre d’affaires. »

Barclays, mars 2026

La banque estime que l’électronique pourrait générer un supplément de 500 millions à 1 milliard d’euros de résultat opérationnel d’ici 2030, soit une progression de 9 % à 18 % par rapport à 2025. Une manne qui pourrait redynamiser l’ensemble du groupe dans un contexte où la demande en semi-conducteurs reste soutenue par l’IA, la 5G et les nouvelles technologies.

Des objectifs confirmés pour 2026

Malgré la déception ponctuelle sur la croissance trimestrielle, Air Liquide a réaffirmé ses objectifs pour l’exercice 2026. Le groupe vise une hausse de 100 points de base (1 point de pourcentage) de sa marge opérationnelle — hors variation des prix de l’énergie — et une croissance du résultat net récurrent à taux de change constant. Ces cibles, jugées « solides » par les analystes, ne devraient pas être affectées par le léger écart enregistré au premier trimestre.

« Ce trimestre ne devrait pas constituer un catalyseur majeur », a reconnu Barclays, tout en ajoutant que « le léger raté par rapport aux prévisions du consensus au niveau du groupe en matière de ventes comparables pourrait susciter une certaine déception à court terme ». Toutefois, la banque tempère ces craintes en soulignant que « cette déception devrait être atténuée par un carnet de commandes record, une exécution solide des leviers internes de performance et une dynamique de plus en plus favorable dans le secteur de l’électronique ».

Citi partage cet avis : « Nous ne voyons rien dans la publication aujourd’hui qui puisse remettre en cause la thèse d’investissement ».

Et maintenant ?

Le groupe pourrait bénéficier d’un rattrapage sur les prochains trimestres, notamment si la demande en Europe et en Asie se redresse et si la dynamique de l’électronique se confirme. Les prochaines publications trimestrielles, ainsi que l’évolution des commandes industrielles, seront des indicateurs clés pour confirmer la solidité du rebond. À plus long terme, l’intelligence artificielle et la transition énergétique pourraient offrir à Air Liquide des opportunités de croissance structurelle, renforçant encore son statut de valeur défensive majeure du CAC 40.

Avec un actionnariat composé à 33 % d’individus — soit plus de 900 000 porteurs — et une capitalisation boursière stable, Air Liquide reste une valeur de fonds de portefeuille prisée, même en période de volatilité ponctuelle. Son profil, alliant stabilité et exposition aux secteurs porteurs, en fait un acteur incontournable pour les investisseurs à long terme.

Le groupe fournit des gaz ultra-purs essentiels à la fabrication des semi-conducteurs, un composant clé des serveurs et des puces utilisées dans l’IA. Barclays estime que ce segment pourrait contribuer à hauteur de 500 millions à 1 milliard d’euros supplémentaires au résultat opérationnel d’ici 2030.

La baisse de la demande en « grande industrie » (chimie, raffinage, énergie) a entraîné un repli de 0,9 % des revenus en données comparables au premier trimestre 2026. Ce recul, lié à un contexte économique moins dynamique, a pesé sur la croissance globale du groupe.