Selon Euronews FR, le gouvernement allemand a officiellement rejeté l’offre publique d’échange (OPE) lancée par le groupe italien UniCredit pour prendre le contrôle de Commerzbank, la deuxième banque du pays. Cette décision, annoncée ce 16 juin 2026, intervient alors que l’État fédéral détient encore 12 % du capital de Commerzbank, héritage direct de la crise financière de 2008. Berlin justifie son refus en invoquant à la fois des raisons économiques, stratégiques et politiques, tout en soulignant l’importance de préserver l’indépendance de la banque allemande.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Allemagne, via l’Agence financière allemande (Finanzagentur), rejette l’OPE hostile d’UniCredit sur Commerzbank, estimant que l’offre ne propose pas de prime suffisante pour les actionnaires.
  • Berlin invoque le rôle stratégique de Commerzbank dans le financement du Mittelstand (PME exportatrices allemandes) et son poids dans la place financière de Francfort.
  • UniCredit affirme avoir déjà dépassé son objectif de 30 % de détention du capital, avec une exposition potentielle totale (actions + dérivés) atteignant 55,09 %.
  • Le titre UniCredit enregistre une hausse de 3,71 % à la Bourse de Milan, malgré le rejet allemand, tandis que le parquet de Francfort ouvre une enquête pour manipulation de marché.

Une OPE jugée « économiquement hors de question » par Berlin

Dans un communiqué publié ce matin, l’Agence financière allemande (Finanzagentur), qui gère la participation de l’État dans Commerzbank, a qualifié l’OPE d’UniCredit de « non économiquement viable ». L’offre ne prévoit en effet pas de prime suffisante par rapport au cours actuel de l’action, rendant son acceptation « hors de question » pour l’exécutif allemand. Selon Euronews FR, cette position s’inscrit dans une logique de préservation de l’autonomie de Commerzbank, dont l’État reste le deuxième actionnaire avec 12 % du capital.

Berlin a par ailleurs souligné, dans son communiqué, le rôle central de Commerzbank dans le financement de l’économie allemande, en particulier pour le Mittelstand – ce réseau de petites et moyennes entreprises exportatrices qui forme l’épine dorsale de l’industrie germanique. « Commerzbank constitue un employeur important et un pilier essentiel de la place financière de Francfort », a rappelé l’Agence financière, rappelant ainsi que la banque est bien plus qu’un simple acteur économique : elle est un symbole de la résilience financière allemande.

Des tensions entre UniCredit et les régulateurs allemands

Les relations entre UniCredit et les autorités allemandes se sont tendues ces derniers jours. Selon le Handelsblatt, cité par Euronews FR, UniCredit avait menacé, si l’OPE recueillait un soutien suffisant en assemblée générale, de remplacer intégralement le conseil de surveillance et le directoire de Commerzbank. Une perspective qui a poussé la Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht (Bafin), le gendarme financier allemand, à saisir le sujet.

La Bafin a accusé UniCredit de s’appuyer principalement sur des actions détenues par des banques partenaires, avec lesquelles elle entretient des relations commerciales via des produits dérivés, plutôt que sur des actionnaires indépendants. UniCredit a rejeté ces critiques, tout en proposant de réduire le réseau international de Commerzbank, jugé « trop complexe et peu efficace », afin de recentrer la banque sur le marché allemand. Cette stratégie de recentrage s’inscrit dans la volonté du groupe italien de simplifier sa structure après des années de diversification.

Bourse : UniCredit résiste malgré le rejet allemand

Malgré la décision de Berlin, le titre UniCredit a enregistré l’une des meilleures performances du FTSE Mib ce 16 juin, avec une hausse de 3,71 %, clôturant à 77,34 euros. Une performance remarquable, d’autant que l’État allemand a clairement indiqué qu’il ne céderait pas ses parts dans Commerzbank. Selon les dernières données disponibles, le taux d’adhésion à l’OPE atteignait 11,91 % du capital hier, avant la publication de la mise à jour quotidienne d’UniCredit en début d’après-midi.

L’exposition potentielle totale d’UniCredit sur Commerzbank, incluant les dérivés, s’élève désormais à 55,09 % du capital (soit 57,47 % des droits de vote). En comptabilisant uniquement les actions physiques et les adhésions à l’OPE, la part détenue par UniCredit atteint 38,68 %, un chiffre qui monte à 41,9 % si l’on inclut un dérivé avec règlement physique. L’objectif initial d’UniCredit était de dépasser les 30 %, seuil qu’il affirme avoir déjà franchi.

Une enquête pour manipulation de marché ouverte à Francfort

Le parquet de Francfort a confirmé, ce 16 juin, avoir ouvert une enquête préliminaire pour « soupçon de manipulation de marché » dans le cadre de l’OPE d’UniCredit. Cette décision fait suite à une plainte pénale déposée contre le groupe italien, qui est désormais sous le feu des projecteurs des régulateurs allemands. L’enquête porte sur les méthodes utilisées par UniCredit pour mobiliser des actions en sa faveur, notamment via des accords avec des banques partenaires, une pratique qui pourrait, selon la Bafin, fausser le jeu du marché.

UniCredit, de son côté, a toujours défendu la transparence de son offre, affirmant avoir respecté l’ensemble des règles en vigueur. Le groupe italien a également précisé que les données définitives de la première période d’offre seront communiquées ce vendredi 19 juin, après la publication de la mise à jour quotidienne cet après-midi. Une période additionnelle d’adhésion est prévue du 20 juin au 3 juillet, permettant aux actionnaires indécis de se raviser. Les résultats finaux seront publiés le 8 juillet.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochaines semaines. Si UniCredit parvient à rassembler plus de 30 % des actions de Commerzbank, il pourra théoriquement imposer une restructuration majeure de la banque, à condition que les régulateurs ne bloquent pas l’opération. Cependant, l’enquête pour manipulation de marché ouverte par le parquet de Francfort pourrait ralentir – voire compromettre – cette dynamique. De son côté, Berlin maintient sa position de refus catégorique, ce qui laisse présager des tensions accrues entre l’Italie et l’Allemagne sur ce dossier. Enfin, les actionnaires de Commerzbank devront trancher : soit ils soutiennent UniCredit et ses promesses de recentrage, soit ils préfèrent conserver une banque indépendante, mais potentiellement moins dynamique sur le plan international.

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les enjeux géopolitiques et économiques sous-jacents aux opérations de fusion-acquisition transfrontalières dans le secteur bancaire européen, où les intérêts nationaux et les régulations locales jouent un rôle aussi crucial que les considérations purement financières.

Berlin invoque plusieurs raisons : d’abord, l’offre ne propose pas de prime suffisante pour les actionnaires, la rendant « économiquement hors de question ». Ensuite, l’État allemand, qui détient encore 12 % de Commerzbank, souhaite préserver l’autonomie de la banque, un acteur clé du financement des PME allemandes (Mittelstand) et un pilier de la place financière de Francfort. Enfin, la chancelière et son gouvernement craignent que le remplacement du conseil d’administration par UniCredit ne remette en cause la stabilité de l’institution.