L’usage des agents conversationnels comme compagnons ou partenaires amoureux ne cesse de croître, mais cette tendance se heurte à un profond fossé générationnel et culturel. Selon Ouest France, une vaste étude menée par l’institut YouGov met en lumière des disparités marquées dans l’adoption des chatbots à des fins relationnelles, révélant notamment un clivage idéologique entre l’Occident et l’Asie.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 40 % des 18-24 ans déclarent avoir déjà utilisé un chatbot comme confident ou partenaire potentiel, contre 5 % des plus de 65 ans.
- L’étude souligne un enthousiasme deux fois plus marqué en Asie qu’en Occident pour ces relations virtuelles.
- Les divergences s’étendent aux motivations : divertissement pour les jeunes, remplacement social pour certains adultes.
- Les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes à recourir à ces outils, avec un écart de 4 points.
- Les résultats, basés sur un échantillon de 12 500 personnes dans 15 pays, révèlent aussi des différences selon les cultures.
Les jeunes générations, premières consommatrices de relations virtuelles
L’enquête YouGov, réalisée auprès de 12 500 participants répartis dans 15 pays, montre que l’adoption des chatbots à des fins sentimentales ou amicales est avant tout une affaire de jeunesse. 40 % des 18-24 ans ont déjà eu recours à un agent conversationnel pour discuter, se confier ou même envisager une relation, un chiffre qui chute à 5 % chez les plus de 65 ans. « C’est une génération qui a grandi avec le numérique, explique une analyste de YouGov. Pour eux, l’interaction avec une IA n’est pas un substitut, mais une extension naturelle de leurs relations sociales. »
L’Asie en avance, l’Occident plus réticent
Le sondage révèle également un clivage géographique saisissant. En Asie, 30 % des personnes interrogées se disent ouvertes à l’idée d’un partenaire ou d’un ami virtuel, contre seulement 15 % en Europe et 12 % en Amérique du Nord. Les pays comme la Chine, le Japon ou la Corée du Sud montrent une acceptation bien plus large de ces relations, parfois même encouragées par des applications dédiées. En Occident, les réticences restent fortes, notamment en raison de craintes liées à la déshumanisation des liens ou à la confidentialité des données. « Dans certaines cultures asiatiques, l’IA est perçue comme un outil d’accompagnement plutôt que de remplacement, souligne un expert en sociologie numérique. En Occident, la frontière entre réel et virtuel reste plus floue. »
Des motivations variées, entre divertissement et besoin social
Les raisons invoquées pour utiliser ces outils diffèrent selon les profils. Pour les jeunes, il s’agit souvent d’un simple divertissement, d’un moyen de tester des interactions sans pression. « C’est comme un jeu, un entraînement pour les relations humaines », confie une étudiante de 22 ans interrogée par YouGov. À l’inverse, certains adultes, notamment isolés ou en situation de handicap, y voient une opportunité de combler un manque social. Les données montrent d’ailleurs que les femmes sont 4 points de pourcentage plus susceptibles que les hommes de recourir à ces solutions, un écart qui s’explique en partie par une recherche plus marquée de soutien émotionnel. — Autant dire que l’adoption de ces technologies ne répond pas aux mêmes besoins selon les individus.
Un phénomène qui interroge les experts
Si l’étude YouGov dresse un portrait nuancé de ces nouvelles pratiques, elle laisse aussi entrevoir des questions éthiques et sociétales. Les psychologues s’interrogent sur l’impact à long terme de ces relations virtuelles, notamment chez les plus jeunes. « Une dépendance à ces outils pourrait altérer la capacité à établir des liens humains authentiques, avertit un chercheur en psychologie sociale. Mais pour l’instant, les données manquent pour mesurer un tel risque. » Les éditeurs de ces technologies, quant à eux, mettent en avant leur rôle d’outil complémentaire, loin de se substituer aux interactions réelles. « Nous concevons nos chatbots comme des facilitateurs, pas comme des remplaçants, assure un porte-parole de Replika, l’une des plateformes les plus populaires. Notre objectif est d’offrir un espace sécurisé pour explorer ses émotions. »
Reste à voir si ces avancées technologiques parviendront à combler le fossé générationnel et culturel mis en lumière par l’enquête YouGov. Une chose est sûre : l’amour à l’ère de l’IA ne fait que commencer.
D’après l’étude, 22 % des moins de 30 ans déclarent avoir déjà envisagé une relation sérieuse avec un chatbot, contre 3 % des plus de 50 ans. Cependant, la majorité des utilisateurs y voient avant tout un soutien émotionnel ou un divertissement, sans chercher à remplacer une relation humaine.