La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a encouragé, fin mai à Nancy, le recours à une dérogation pour l'utilisation d'herbicides à base de triallate, une substance active pourtant interdite en raison de sa dangerosité. C'est ce qu'a révélé Reporterre, en s'appuyant sur des déclarations faites lors du congrès des céréaliers organisé par la FNSEA, syndicat agricole majoritaire et productiviste. Selon l'association Générations futures, cette initiative vise à solliciter une dérogation d'urgence dite de « 120 jours ».

Ce qu'il faut retenir

  • La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a encouragé l'utilisation d'un pesticide interdit, le triallate, lors d'un discours fin mai à Nancy.
  • Cette demande s'appuie sur une dérogation d'urgence de 120 jours, selon Générations futures.
  • Le triallate, substance active visée, est interdit en raison de sa toxicité avérée.
  • L'appel a été lancé lors du congrès des céréaliers de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire en France.

Une demande de dérogation controversée

Fin mai, à Nancy, lors du rassemblement annuel des céréaliers organisé par la FNSEA, Annie Genevard a ouvertement soutenu le dépôt d'une demande de dérogation pour l'usage d'herbicides contenant du triallate. Cette substance, classée comme dangereuse, est normalement interdite d'utilisation en France. Pourtant, la ministre a justifié cette démarche par la nécessité, selon elle, de préserver la compétitivité du secteur agricole. Une position qui a immédiatement suscité l'inquiétude des associations de protection de l'environnement.

Générations futures, association spécialisée dans la lutte contre les pesticides, a dénoncé cette initiative dès son annonce. L'organisation rappelle que le triallate est un composé chimique dont les effets néfastes sur la santé et l'environnement sont documentés. Selon ses experts, son utilisation régulière expose les agriculteurs et les riverains à des risques accrus de contamination.

Le triallate, une substance sous surveillance

Le triallate est un herbicide de la famille des thiocarbamates, utilisé historiquement pour lutter contre les adventices dans les cultures de céréales. Son interdiction en France s'inscrit dans le cadre des réglementations européennes visant à réduire l'exposition aux produits phytosanitaires les plus toxiques. Pourtant, certains acteurs du monde agricole estiment que son usage ponctuel pourrait être justifié en l'absence d'alternatives viables à court terme.

Dans un communiqué, Générations futures a souligné que cette demande de dérogation s'ajoute à une série de pressions exercées par le lobby agricole pour assouplir les règles d'utilisation des pesticides. L'association cite notamment des échanges récents entre le ministère et les représentants de la FNSEA, visant à faciliter l'accès à des substances pourtant bannies du marché.

« Cette démarche témoigne d'une volonté persistante de contourner les interdictions pour des raisons économiques, au mépris des alertes sanitaires et environnementales. » — Générations futures, dans un communiqué du 10 juin 2026.

La FNSEA, acteur central des débats

Le congrès des céréaliers de la FNSEA, qui s'est tenu à Nancy du 20 au 22 mai 2026, a été le théâtre de vifs échanges sur la question des pesticides. Le syndicat, connu pour ses positions productivistes, a régulièrement milité pour un assouplissement des règles en matière de produits phytosanitaires. Annie Genevard, invitée d'honneur de l'événement, a saisi cette occasion pour réaffirmer son soutien aux agriculteurs dans leur quête de solutions immédiates.

Cependant, cette prise de position place le gouvernement dans une situation délicate. D'un côté, la France s'est engagée à réduire de 50 % l'usage des pesticides d'ici 2030, dans le cadre de sa stratégie nationale pour la biodiversité. De l'autre, les tensions avec les professionnels du secteur, confrontés à des coûts de production en hausse et à des rendements en baisse, poussent à des compromis hasardeux.

Et maintenant ?

La demande de dérogation pour le triallate devrait être examinée dans les prochaines semaines par les autorités compétentes. Selon les observateurs, une décision pourrait intervenir d'ici la fin du mois de juin, après avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Parallèlement, les associations de défense de l'environnement préparent des recours juridiques pour contester cette initiative. Reste à voir si le gouvernement maintient sa position ou opte pour une ligne plus restrictive, sous la pression des instances européennes.

Une chose est sûre : le débat sur l'usage des pesticides interdits s'annonce comme l'un des dossiers les plus sensibles de l'année pour le ministère de l'Agriculture.

Le triallate est interdit en France depuis plusieurs années en raison de sa toxicité avérée pour la santé humaine et l'environnement. Classé comme perturbateur endocrinien potentiel, il est associé à des risques accrus de cancers et de troubles neurologiques. Son utilisation était déjà restreinte avant son interdiction définitive, conformément aux réglementations européennes sur les produits phytosanitaires.