Selon Euronews FR, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme : entre 2022 et 2025, les vagues de chaleur ont causé plus de 200 000 décès prématurés en Europe. Hans Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, qualifie ces morts d’évitables si des mesures adaptées avaient été mises en place. Présentant le nouveau guide de l’organisation sur les plans d’action chaleur-santé, il a rappelé que ces épisodes ne sont plus des phénomènes exceptionnels, mais des crises récurrentes qui fragilisent les systèmes de santé.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 200 000 décès prématurés liés à la chaleur ont été recensés en Europe entre 2022 et 2025, selon l’OMS.
- Ces décès auraient pu être évités avec des politiques publiques adaptées, souligne Hans Kluge.
- L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la Grèce sont les pays les plus touchés, la Grèce enregistrant le plus de décès par million d’habitants.
- Les vagues de chaleur deviennent une crise récurrente en Europe, mettant à rude épreuve les infrastructures et les systèmes de santé.
- L’OMS publie une deuxième édition de son guide sur les plans d’action chaleur-santé, actualisé avec les dernières données scientifiques.
- Les mesures proposées incluent la végétalisation des villes, la création de centres de rafraîchissement et la formation des professionnels de santé.
Une crise sanitaire et sociale aggravée par le changement climatique
Hans Kluge a insisté sur le lien entre réchauffement climatique et multiplication des vagues de chaleur. « Les effets du changement climatique constituent un danger clair et immédiat, et sa manifestation la plus directe et la plus meurtrière est la chaleur extrême », a-t-il déclaré lors de la présentation du guide, en Allemagne. Selon lui, ces épisodes ne sont plus des anomalies météorologiques ponctuelles, mais des événements qui s’inscrivent dans la durée et qui « provoquent des souffrances, font des victimes et fragilisent nos systèmes de santé et nos infrastructures ».
L’Europe figure parmi les régions les plus exposées au réchauffement, avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses. Cette situation est aggravée par trois facteurs principaux : la hausse des températures mondiales, l’urbanisation rapide et le vieillissement démographique. Ces tendances augmentent à la fois l’exposition à la chaleur et la vulnérabilité des populations, créant une charge inégalement répartie en termes de maladies et de décès liés à la chaleur.
Les pays les plus touchés et les inégalités face à la chaleur
Parmi les pays européens, l’Italie enregistre le plus grand nombre de décès prématurés liés à la chaleur, suivie par l’Espagne, l’Allemagne et la Grèce. Cette dernière affiche d’ailleurs le taux le plus élevé de décès par million d’habitants, un indicateur qui reflète à la fois l’intensité des vagues de chaleur et la vulnérabilité des populations locales. Carsten Schneider, ministre fédéral allemand de l’Environnement, a souligné l’aspect social de cette crise : « La protection contre la chaleur est aussi une question sociale. Après tout, ceux qui n’ont ni jardin ni piscine et qui vivent dans des appartements surchauffés, dans des quartiers urbains recouverts de béton, peuvent difficilement se protéger de la chaleur ».
Ces inégalités illustrent un paradoxe : les populations les plus exposées aux risques sont aussi celles qui disposent des moyens les moins efficaces pour s’en prémunir. Les habitants des zones urbaines densément peuplées, souvent dépourvues d’espaces verts, sont particulièrement vulnérables aux effets des îlots de chaleur urbains.
Des mesures individuelles insuffisantes face à une crise systémique
Si des gestes simples, comme éviter les heures chaudes ou maintenir son logement frais, peuvent limiter les risques, Hans Kluge a rappelé qu’ils ne suffisent pas à résoudre une crise d’ampleur. « Les actions individuelles peuvent faire une grande différence, mais elles ne suffisent pas à lutter contre une crise systémique », a-t-il précisé. Pour répondre à ce défi, l’OMS mise sur des plans d’action coordonnés à l’échelle des villes et des pays, capables d’anticiper et de gérer les épisodes de chaleur extrême.
Ces plans s’articulent autour de plusieurs axes : l’adaptation des infrastructures urbaines, la mise en place de centres de rafraîchissement pour les populations vulnérables, et la formation des professionnels de santé et des enseignants à la reconnaissance des signes de maladies liées à la chaleur. L’objectif est clair : sauver des vies en agissant avant, pendant et après les vagues de chaleur.
Un guide mis à jour pour répondre aux enjeux actuels
L’OMS a publié jeudi la deuxième édition de son guide sur les plans d’action chaleur-santé, actualisé pour intégrer les dernières connaissances scientifiques. La première édition datait de 2008, mais les vagues de chaleur se sont multipliées et intensifiées depuis, rendant nécessaire une révision complète des recommandations. « En bref, les plans d’action chaleur-santé sauvent des vies. Ils permettent aux villes et aux pays d’anticiper, de se préparer et de répondre de manière coordonnée aux épisodes de chaleur extrême », a expliqué Hans Kluge.
Parmi les mesures phares du guide figurent la végétalisation des villes pour offrir davantage d’ombre, la création de réseaux de centres de rafraîchissement, et la mobilisation des services sociaux pour veiller à l’hydratation des personnes âgées. Ces initiatives visent à réduire l’impact des vagues de chaleur sur les populations les plus fragiles, tout en renforçant la résilience des territoires face au changement climatique.
Les experts s’attendent à ce que la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur continuent d’augmenter dans les décennies à venir, en l’absence de réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. À l’échelle individuelle, les autorités sanitaires rappellent l’importance de rester informé des alertes météo et de prendre des mesures simples pour limiter les risques, notamment pour les personnes âgées, les enfants et les travailleurs en extérieur.
Les symptômes d’un coup de chaleur incluent une température corporelle élevée (supérieure à 40°C), une peau chaude et sèche, des maux de tête, des nausées, des vertiges, une confusion mentale et une perte de conscience. En cas de suspicion de coup de chaleur, il est essentiel d’agir rapidement : placer la personne dans un endroit frais, lui faire boire de l’eau et contacter les services d’urgence. Les personnes âgées, les nourrissons et les individus souffrant de maladies chroniques sont particulièrement vulnérables.