Vendredi 13 juin 2026, l’administration Trump a adopté une directive restreignant l’accès aux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés développés par l’entreprise californienne Anthropic, selon Euronews FR. Cette décision, justifiée par des raisons de sécurité nationale, interdit désormais aux ressortissants étrangers — y compris européens — de bénéficier des versions les plus performantes de Fable 5 et Mythos 5.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux modèles d’IA parmi les plus avancés au monde (Fable 5 et Mythos 5) sont désormais inaccessibles aux utilisateurs non américains, après une directive de l’administration Trump publiée vendredi 13 juin 2026.
  • Anthropic, l’entreprise derrière ces outils, a dû couper l’accès à tous ses utilisateurs non américains, y compris ceux basés en Europe, où ces systèmes étaient jusqu’alors disponibles pour un cercle restreint d’évaluateurs.
  • La Commission européenne soulève des inquiétudes quant à un possible traitement discriminatoire et réaffirme la nécessité de renforcer la souveraineté technologique de l’UE face à ces restrictions.
  • Thomas Regnier, porte-parole de la Commission pour la souveraineté technologique, a déclaré que ces mesures « ne devraient pas introduire de traitement discriminatoire entre partenaires ».
  • Dario Amodei, PDG d’Anthropic, participera mardi 17 juin à un déjeuner de travail du G7 réunissant dirigeants et acteurs majeurs de l’IA.

Des outils d’IA de pointe désormais réservés aux États-Unis

Jusqu’à présent, Fable 5 et Mythos 5 étaient proposés à un nombre limité d’utilisateurs triés sur le volet pour évaluer leurs capacités, notamment en matière de détection et d’exploitation de failles informatiques. Ces deux modèles, considérés comme des références en matière d’intelligence artificielle avancée, étaient accessibles à des chercheurs et entreprises à travers le monde, dont plusieurs en Europe.

Avec la directive américaine, Anthropic se retrouve dans l’obligation de bloquer l’accès à ces outils pour tous les non-Américains. Une mesure qui, en pratique, prive les utilisateurs européens de l’un des rares accès à des systèmes d’IA parmi les plus performants disponibles sur le marché.

Bruxelles s’alarme d’une possible exclusion discriminatoire

La Commission européenne a réagi avec prudence mais fermeté à cette décision. Dans un entretien accordé à Euronews FR, Thomas Regnier, porte-parole de l’exécutif européen en charge de la souveraineté technologique, a rappelé que « nous assistons à l’émergence d’une nouvelle génération de modèles d’IA très performants. Ils apportent des bénéfices importants, notamment pour la cyberdéfense, mais soulèvent à leur tour de sérieuses questions de cybersécurité ».

Pour Bruxelles, l’enjeu dépasse le cadre d’une simple entreprise. « Il s’agit d’un enjeu global, qui dépasse les frontières et les entreprises, et que les mesures de précaution ne devraient pas introduire de traitement discriminatoire entre partenaires », a-t-il souligné. La Commission examine désormais les conséquences concrètes de cette décision pour les utilisateurs européens, sans exclure d’éventuelles réponses réglementaires.

L’Europe pousse pour renforcer sa souveraineté technologique

Cet épisode illustre, selon la Commission, la nécessité pour l’Europe de consolider son autonomie dans le domaine de l’intelligence artificielle. « Cet épisode confirme la nécessité pour l’Europe de renforcer sa souveraineté technologique, en s’appuyant notamment sur son cadre réglementaire en matière d’IA et de cybersécurité pour encadrer ces nouveaux risques », a précisé Thomas Regnier.

L’UE dispose déjà d’un arsenal juridique avec le Règlement sur l’intelligence artificielle (IA Act), entré en vigueur partiellement et dont les premières obligations commenceront à s’appliquer dès 2026. Ce texte vise à encadrer les usages des systèmes d’IA les plus sensibles, tout en garantissant la protection des droits fondamentaux et la sécurité des citoyens européens.

Un déjeuner du G7 pour discuter des enjeux transatlantiques

À l’occasion d’un déjeuner de travail prévu mardi 17 juin 2026, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, sera aux côtés des dirigeants du G7 et d’autres acteurs majeurs du secteur de l’IA. Cet événement, qui se tiendra dans le cadre d’une réunion plus large sur les technologies émergentes, pourrait être l’occasion d’aborder les tensions autour des restrictions à l’exportation des modèles d’IA.

Alors que les États-Unis serrent la vis sur l’accès à leurs technologies les plus sensibles, l’Europe cherche à préserver son accès aux innovations tout en garantissant la sécurité de ses infrastructures. « Nous examinons de près les effets concrets de cette décision pour les utilisateurs européens de ces services », a rappelé Thomas Regnier, sans exclure une coordination avec Washington sur ce dossier.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont évoquées par la Commission pour répondre à cette situation. Une première option consisterait à renforcer les collaborations entre États membres de l’UE afin de développer des alternatives européennes aux modèles américains les plus avancés. Une autre piste serait d’engager des discussions bilatérales avec les États-Unis pour obtenir des dérogations ou clarifications sur l’accès des Européens à ces outils.

Reste à savoir si ces initiatives aboutiront avant la généralisation prévue des restrictions américaines. Pour l’heure, la Commission n’a pas évoqué de mesures coercitives, mais surveille de près l’impact de cette décision sur le secteur européen de l’IA.

Cet épisode rappelle une fois de plus les défis posés par la géopolitique des technologies. Alors que l’intelligence artificielle devient un enjeu central de souveraineté, les tensions entre grandes puissances risquent de s’accentuer. La capacité de l’Europe à naviguer dans ce paysage complexe déterminera en partie sa place dans la course mondiale à l’IA.

L’administration Trump justifie cette directive par des raisons de sécurité nationale, invoquant les risques liés à l’utilisation de ces modèles pour des cyberattaques ou la détection de failles informatiques critiques. Selon les autorités américaines, l’accès à ces outils doit être réservé aux utilisateurs nationaux pour éviter toute fuite ou exploitation malveillante.