Près d’un Français sur cinq souffrirait d’apnée du sommeil, un trouble bien plus répandu qu’il n’y paraît. Pourtant, ses risques pour la santé, notamment cardiovasculaire et accidentogène, restent méconnus. Selon Franceinfo - Santé, Marie-Pia d’Ortho, cheffe du service du sommeil à l’hôpital Bichat (AP-HP), dresse un état des lieux des dangers liés à cette pathologie et des mesures à adopter pour limiter ses effets.

Ce qu’il faut retenir

  • 20 % des Français seraient concernés par l’apnée du sommeil, soit près d’une personne sur cinq.
  • Cette pathologie se caractérise par des interruptions respiratoires de plus de dix secondes pendant le sommeil, perturbant sa qualité.
  • La somnolence diurne, conséquence majeure, représente la première cause de mortalité au volant.
  • L’hypertension artérielle figure parmi les complications les plus fréquentes de l’apnée du sommeil.
  • Parmi les facteurs aggravants, l’obésité, l’alcool et le tabac jouent un rôle clé.
  • Les traitements actuels, comme le masque à pression positive (CPAP), restent les solutions les plus efficaces.

Un trouble nocturne aux répercussions diurnes multiples

L’apnée du sommeil se manifeste par des pauses respiratoires involontaires, souvent accompagnées de ronflements bruyants. « Quand la respiration s’interrompt puis reprend de manière soudaine, l’entourage peut alerter sur la présence d’apnées », explique Marie-Pia d’Ortho. Ces interruptions, parfois de plusieurs dizaines de secondes, obligent le cerveau à se réveiller brièvement pour rétablir la respiration. Résultat : un sommeil fragmenté, même si la personne n’en a pas toujours conscience.

Les conséquences diurnes sont nombreuses. Fatigue persistante, troubles de la mémoire, irritabilité ou encore besoin fréquent de se lever la nuit comptent parmi les symptômes les plus fréquents. « Les personnes décrivent souvent un sommeil non réparateur, avec des réveils en sursaut ou des maux de tête en fin de nuit », précise l’experte. Ces signes, bien que banals en apparence, reflètent une altération profonde de la qualité du repos nocturne.

Des risques sanitaires et sociaux sous-estimés

Les dangers de l’apnée du sommeil dépassent largement la simple gêne nocturne. Selon les données épidémiologiques, cette pathologie est fortement corrélée à des pathologies graves. L’hypertension artérielle, en premier lieu, touche une majorité des patients apnéiques. Mais les risques cardiovasculaires ne s’arrêtent pas là : « Les apnées du sommeil augmentent aussi les chances de développer des troubles du rythme cardiaque, des AVC ou des infarctus », souligne Marie-Pia d’Ortho.

Autre menace majeure : la somnolence diurne. Elle constitue la première cause d’accidents de la route, devant l’alcool et la vitesse. « Conduire en état de somnolence équivaut à conduire avec un taux d’alcoolémie supérieur à la limite légale », rappelle l’experte. Les accidents du travail et domestiques représentent également un danger réel pour les patients non traités. Face à ces enjeux, les professionnels de santé insistent sur l’importance d’un diagnostic précoce.

Ronflements et apnées : une corrélation à nuancer

Contrairement aux idées reçues, tous les ronfleurs ne souffrent pas d’apnée du sommeil. « Tous les apnéiques ont été ou sont ronfleurs, mais tous les ronfleurs ne sont pas apnéiques », clarifie Marie-Pia d’Ortho. Le ronflement, bien que fréquent, ne suffit pas à établir un diagnostic. Celui-ci repose sur des examens spécifiques, comme la polysomnographie, qui enregistre les paramètres respiratoires et cérébraux pendant le sommeil.

Certains signes doivent alerter. Une fatigue persistante malgré une nuit complète, des réveils nocturnes inexpliqués ou une somnolence excessive en journée doivent inciter à consulter. « L’entourage joue un rôle clé dans la détection précoce, en repérant les interruptions respiratoires ou les ronflements bruyants », ajoute l’experte. Un bilan en centre du sommeil permet alors de confirmer le diagnostic et d’évaluer la sévérité du trouble.

Prévention et traitements : des pistes pour limiter les risques

Plusieurs mesures permettent de réduire l’impact de l’apnée du sommeil. La première, et la plus évidente, consiste à contrôler son poids. « L’obésité et la surcharge pondérale favorisent l’infiltration graisseuse des tissus du pharynx, rétrécissant les voies respiratoires », explique Marie-Pia d’Ortho. Une perte de poids, même modérée, peut améliorer significativement la situation.

L’alcool et le tabac aggravent également les symptômes. « Un verre d’alcool le soir transforme un non-ronfleur en ronfleur, et un ronfleur en apnéique potentiel », met en garde l’experte. Elle recommande d’éviter toute consommation d’alcool en soirée, voire de supprimer le tabac, dont les effets sur les voies respiratoires sont bien documentés.

Côté traitements, la pression positive continue (CPAP), administrée via un masque nocturne, reste la solution la plus efficace. D’autres alternatives existent, comme les orthèses d’avancée mandibulaire, qui repositionnent la mâchoire pour libérer les voies respiratoires. « Ces dispositifs sont particulièrement adaptés aux patients présentant des apnées légères à modérées », précise Marie-Pia d’Ortho.

Et maintenant ?

La recherche progresse, notamment sur les traitements médicamenteux, qui pourraient offrir des alternatives aux dispositifs mécaniques d’ici cinq à dix ans. En attendant, les spécialistes insistent sur l’importance de la prévention et du dépistage, encore trop rares. Les campagnes de sensibilisation, comme celles menées par l’AP-HP, visent à informer le grand public sur les signes avant-coureurs et les solutions disponibles. Un enjeu de santé publique qui mérite une attention accrue.

L’apnée du sommeil, souvent banalisée, représente un véritable défi pour les systèmes de santé. Entre risques cardiovasculaires, accidents et baisse de la qualité de vie, ses conséquences sont loin d’être anodines. Pourtant, des solutions existent – à condition d’oser en parler.

Plusieurs signes doivent alerter : fatigue persistante malgré une nuit complète, réveils nocturnes inexpliqués, somnolence excessive en journée, ronflements bruyants ou interruptions respiratoires. Un examen en centre du sommeil, comme la polysomnographie, permet de confirmer le diagnostic.

Les apnées légères à modérées peuvent être améliorées, voire résolues, par des changements de mode de vie (perte de poids, réduction de l’alcool). Pour les cas sévères, les traitements comme la CPAP ou les orthèses permettent de contrôler les symptômes, mais pas toujours de guérir définitivement la pathologie.