Nikol Pachinian a été reconduit à la tête du gouvernement arménien après les élections législatives du 7 juin 2026, organisées dans un climat politique particulièrement tendu entre les pressions russes et le soutien affiché de l’Union européenne. Selon Courrier International, qui reprend les données d’OKO.press, la participation électorale a atteint 59 %, soit dix points de plus qu’en 2021, avec seize partis et deux coalitions en lice.
Ce qu'il faut retenir
- Deux forces d’opposition siègent désormais au Parlement arménien : Arménie forte de Samvel Karapetian (23,28 %, 29 sièges) et Alliance arménienne de Robert Kotcharian (9,93 %, 12 sièges).
- Le seuil électoral de 4 % a été franchit par deux coalitions, tandis que l’Arménie prospère de Gagik Tsarukian a échoué à y parvenir après le dépouillement des votes électroniques.
- L’Union européenne et les États-Unis ont soutenu ouvertement Nikol Pachinian, alors que la Russie a multiplié les pressions économiques et politiques à quelques semaines du scrutin.
- Parmi les mesures russes, figurent des sanctions sur plusieurs produits arméniens (cognac, fleurs, eau minérale, vin, fruits et légumes) et des menaces de hausse des prix du gaz.
- Vladimir Poutine a clairement rappelé à l’Arménie qu’elle devait choisir entre une alliance avec la Russie ou une orientation vers l’Occident.
Le scrutin de juin 2026 s’est donc déroulé sous haute tension, avec des enjeux géopolitiques majeurs pour Erevan. D’un côté, l’UE et les États-Unis ont affiché leur soutien à Nikol Pachinian, perçu comme un partenaire plus ouvert à une coopération avec l’Occident. De l’autre, Moscou a actionné ses leviers traditionnels : sanctions économiques et déclarations politiques fermes. Dès le mois de mai, la Russie avait imposé des restrictions sur plusieurs produits arméniens, une décision qui s’inscrivait dans une stratégie plus large de pression sur Erevan.
Vladimir Poutine, dans une déclaration largement relayée, a rappelé à l’Arménie qu’elle devait « clairement choisir son camp » entre la Russie et l’Occident. Selon le président russe, les « tentatives de rapprochement de l’Ukraine avec l’UE » avaient conduit à une escalade dramatique – une allusion à peine voilée aux conséquences de la guerre en Ukraine et aux risques encourus par Erevan en cas d’alignement sur Bruxelles. Une rhétorique qui a rappelé les méthodes soviétiques de chantage économique et politique, comme le souligne Courrier International.
Les résultats électoraux ont confirmé la domination du parti de Pachinian, même si l’opposition conservatrice, portée par Robert Kotcharian et Samvel Karapetian, a obtenu une représentation significative au Parlement. Avec 23,28 % des suffrages pour Arménie forte, Karapetian devient ainsi le principal opposant au gouvernement sortant. À l’inverse, l’Arménie prospère de Gagik Tsarukian, qui figurait parmi les favoris avant le scrutin, a été éliminée après le dépouillement des votes électroniques, échouant à franchir le seuil des 4 % requis.
Un Parlement fragmenté, reflet des divisions politiques
La configuration du nouveau Parlement arménien reflète une Assemblée fragmentée, où les forces pro-occidentales et pro-russes coexistent. Si Nikol Pachinian conserve une majorité relative, son gouvernement devra composer avec une opposition déterminée, notamment sur les questions de politique étrangère. Les deux blocs, Arménie forte et Alliance arménienne, représentent ensemble près de 33 % des sièges, laissant peu de marge de manœuvre à l’exécutif pour mener une politique unilatérale.
Cette fragmentation pourrait compliquer les négociations futures, notamment sur des dossiers sensibles comme la relation avec la Russie ou les réformes structurelles demandées par Bruxelles. Pachinian, qui a toujours prôné un équilibre entre Moscou et l’UE, se retrouve désormais dans une position délicate : maintenir ses alliances traditionnelles tout en répondant aux attentes de partenaires européens de plus en plus exigeants.
Les pressions économiques russes : un levier de dissuasion
Les sanctions russes, entrées en vigueur un mois avant le scrutin, ont touché des secteurs clés de l’économie arménienne. Parmi les produits visés figurent le cognac, les fleurs, l’eau minérale, le vin et les fruits et légumes – autant de filières qui représentent une part non négligeable des exportations du pays. Selon des analystes économiques cités par OKO.press, ces mesures pourraient peser sur la croissance arménienne, déjà fragilisée par les conséquences indirectes de la guerre en Ukraine et les tensions régionales.
En parallèle, Moscou a brandi la menace d’une hausse des prix du gaz, une dépendance que l’Arménie partage avec de nombreux autres pays de la région. Cette pression énergétique rappelle les mécanismes de coercition utilisés par la Russie pour maintenir son influence dans son « étranger proche ». Une stratégie qui, dans le cas de l’Arménie, s’inscrit dans un contexte où Erevan cherche à diversifier ses partenariats, notamment en développant des liens avec l’UE et les États-Unis.
Pourtant, malgré ces tensions, l’Arménie n’a pas rompu officiellement avec Moscou. Pachinian a tenté de jouer la carte de la diplomatie équilibrée, évitant une rupture brutale qui pourrait déstabiliser le pays. Mais les déclarations de Poutine ont montré que le Kremlin n’entendait pas laisser Erevan s’éloigner sans réaction.
L’Union européenne : un partenaire en quête de stabilité régionale
De son côté, l’Union européenne a multiplié les signaux de soutien à Nikol Pachinian, voyant en lui un partenaire capable de moderniser le pays et de réduire sa dépendance à la Russie. Depuis 2021, Bruxelles a accru son aide financière et technique à l’Arménie, notamment dans les domaines de la gouvernance, de la transition numérique et des réformes judiciaires. Un engagement qui s’est traduit par des investissements dans des infrastructures critiques et des programmes de coopération sécuritaire.
Les dirigeants européens ont également salué la participation élevée aux élections de juin 2026, un signe de vitalité démocratique selon eux. Avec un taux de 59 % de participation, le scrutin a confirmé l’intérêt des Arméniens pour la politique, malgré un contexte géopolitique complexe. Une mobilisation qui contraste avec d’autres élections récentes dans la région, souvent marquées par l’abstention ou des contestations.
Pour l’UE, l’enjeu est double : soutenir Pachinian sans apparaître comme un acteur d’ingérence, tout en garantissant la stabilité d’un pays en première ligne des tensions entre l’Occident et la Russie. Une équation d’autant plus difficile que l’Arménie partage une frontière avec l’Azerbaïdjan, pays allié de la Turquie et de Moscou, avec lequel les relations restent explosives depuis la guerre du Haut-Karabakh.
Une chose est sûre : l’Arménie reste un pays sous tension, où chaque décision sera scrutée par ses partenaires et ses rivaux. Dans ce jeu d’équilibriste, Nikol Pachinian devra faire preuve de pragmatisme pour éviter de tomber dans le piège d’un nouveau conflit, cette fois-ci économique et politique.
Les sanctions russes ont ciblé plusieurs filières arméniennes, notamment le cognac, les fleurs, l’eau minérale, le vin ainsi que les fruits et légumes. Ces mesures, entrées en vigueur en mai 2026, visent à exercer une pression économique sur Erevan.
L’Arménie dépend fortement du gaz russe, et toute hausse des tarifs pourrait fragiliser son économie. Moscou utilise cette dépendance comme levier de pression politique, notamment pour rappeler à Erevan les risques encourus en cas de rapprochement trop marqué avec l’Occident.