En Afrique subsaharienne, la transition épidémiologique s’accélère : les maladies non transmissibles, telles que le diabète, l’hypertension ou les cancers, représentent désormais plus de 50 % de la charge de morbidité continentale. Pourtant, la plupart des systèmes de santé africains restent structurés autour de la lutte contre les épidémies infectieuses, laissant peu de place aux soins primaires et aux maladies chroniques. C’est ce constat qui pousse le Ghana à réformer en profondeur son système de santé, comme le rapporte Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- Les maladies non transmissibles représentent aujourd’hui plus de 50 % de la charge de morbidité en Afrique subsaharienne, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- Le Ghana tente de réorienter son système de santé, historiquement axé sur les épidémies infectieuses, vers les soins primaires et la prise en charge des maladies chroniques.
- L’objectif est de rendre les soins de santé primaires gratuits pour une partie de la population, afin d’améliorer l’accès aux traitements préventifs et curatifs.
Selon les données de l’OMS, le continent africain enregistre une augmentation de plus de 30 % des décès liés aux maladies non transmissibles entre 2010 et 2020. Un chiffre qui illustre l’urgence à adapter les politiques publiques. Le Ghana, pays d’environ 32 millions d’habitants, fait partie des nations les plus avancées en la matière. Le gouvernement ghanéen a lancé, en 2024, un projet pilote visant à généraliser la gratuité des soins de santé primaires dans plusieurs districts, avant d’envisager une extension progressive.
L’initiative s’inscrit dans le cadre d’une réforme plus large du système de santé, baptisée « Primary Health Care Act », adoptée en 2023. Ce texte vise à renforcer les infrastructures locales, à former davantage de personnel médical et à intégrer la prise en charge des maladies chroniques dans les centres de santé ruraux. « Nous devons passer d’un modèle centré sur les épidémies à un système capable de répondre aux besoins chroniques de la population », a déclaré le ministre ghanéen de la Santé, Kwaku Agyeman-Manu, lors d’une conférence de presse en mars 2025.
« Le défi est double : d’une part, adapter nos infrastructures, souvent vétustes, et d’autre part, former des agents de santé capables de diagnostiquer et suivre des maladies comme le diabète ou l’hypertension, qui nécessitent un suivi régulier. »
— Dr. Ebenezer Appiah-Denkyira, directeur général du Ghana Health Service, mars 2025.
Le projet s’appuie sur des partenariats internationaux, notamment avec l’OMS et la Banque mondiale, qui ont débloqué des fonds pour moderniser les centres de santé et équiper les hôpitaux en matériel de diagnostic. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2025, le Ghana consacre actuellement seulement 4 % de son PIB à la santé, un niveau bien inférieur à la moyenne africaine (5,5 %). Un investissement supplémentaire sera donc nécessaire pour pérenniser la réforme.
Cette transition sanitaire au Ghana s’inscrit dans un contexte régional marqué par une hausse constante des maladies non transmissibles. Selon les projections de l’OMS, ces dernières pourraient représenter jusqu’à 70 % de la charge de morbidité en Afrique subsaharienne d’ici 2030, si aucune mesure forte n’est prise. D’autres pays, comme le Rwanda ou l’Éthiopie, observent avec attention les avancées ghanéennes, conscients que l’avenir des systèmes de santé africains se joue aujourd’hui sur leur capacité à s’adapter à cette nouvelle donne épidémiologique.