Depuis deux mois, les syndicats de médecins libéraux et la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) tentaient de négocier un accord pour limiter les dépenses liées à l’imagerie médicale. Selon BFM Business, ces discussions n’ont abouti à aucun compromis. Résultat : des baisses de tarifs sur certains actes techniques seront appliquées dès le 1er juillet, malgré les propositions formulées par l’Assurance maladie.
Ce revirement intervient après des mois de tensions entre les praticiens et les autorités sanitaires. La Cnam a confirmé dans un communiqué publié mardi 16 juin qu’elle mettait en œuvre les baisses tarifaires initialement prévues par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2025. Ces réductions s’inscrivent dans un objectif plus large d’économies de 300 millions d’euros d’ici 2027 sur l’imagerie médicale, par rapport à la croissance naturelle des dépenses.
Ce qu’il faut retenir
- Les syndicats de radiologues et la Cnam n’ont pas trouvé d’accord pour limiter les dépenses d’imagerie médicale, malgré deux mois de négociations.
- Des baisses de tarifs sur certains actes techniques entreront en vigueur le 1er juillet 2026, comme prévu par la LFSS 2025.
- L’objectif est de réaliser 300 millions d’euros d’économies d’ici 2027 sur ce poste de dépense.
- Les dépenses d’imagerie médicale en ville ont atteint 3,8 milliards d’euros en 2024, en hausse de 22 % depuis 2019.
- Les spécialités les plus touchées incluent la radiologie, la cardiologie, la médecine nucléaire et la rhumatologie.
Un objectif d’économies fixé par la loi de 2025
La LFSS pour 2025 avait acté une réduction progressive des dépenses d’imagerie médicale. Pour y parvenir, l’Assurance maladie prévoyait deux vagues de baisses tarifaires : une première en octobre 2025, suivie d’une seconde au 1er juillet 2026. Ces mesures visent à freiner l’augmentation des coûts, alors que les dépenses liées à l’imagerie en ville ont bondi de 22 % entre 2019 et 2024, selon un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF).
Cette hausse s’explique en partie par une redondance des examens, souvent imputable à un manque de coordination entre les structures médicales. Les patients se retrouvent ainsi à repasser des analyses, ce qui alourdit les coûts pour l’Assurance maladie et allonge leur parcours de soins. Pour tenter d’endiguer ce phénomène, des programmes de « pertinence » avaient été envisagés, visant à optimiser le recours aux actes d’imagerie.
Les négociations avortées et les reproches mutuels
Dans un communiqué publié mardi, la Cnam a indiqué « prendre acte de la décision des syndicats représentatifs des médecins de ne pas signer le texte proposé ». Ce dernier suggérait de diviser par deux les baisses tarifaires prévues en juillet, tout en déployant de nouveaux programmes de pertinence. « Conformément à la loi, les baisses tarifaires initialement prévues seront mises en œuvre », a-t-elle précisé.
De leur côté, les syndicats, comme Avenir Spé-Le Bloc, dénoncent une « rupture du contrat de confiance » après les grèves des praticiens à l’automne 2025 et en janvier 2026. Selon eux, l’Assurance maladie n’a pas attendu les résultats des travaux menés sur la pertinence des soins pour imposer ces réductions. « Les médecins libéraux ne refusent pas de participer à l’effort collectif. Ils refusent d’être les seuls à en supporter le poids, au détriment des investissements et de l’innovation », a réagi le syndicat SML dans un communiqué.
Des spécialités particulièrement impactées
Les baisses de tarifs ne concernent pas les consultations, mais bien les actes techniques, ce qui touche directement plusieurs disciplines médicales. Outre la radiologie, les secteurs de la cardiologie, de la médecine nucléaire, de la médecine vasculaire, de la rhumatologie et, dans une moindre mesure, de la pneumologie, seront particulièrement affectés. Ces spécialités représentent une part importante de l’activité des médecins libéraux en ville.
Les syndicats pointent du doigt une « réalité économique difficile » pour les structures d’exercice, déjà soumises à des contraintes budgétaires accrues. Ils estiment que la Cnam ignore les efforts déjà consentis par la profession, alors que les besoins de santé de la population continuent de croître. « Un bras de fer s’établit, et risque de durer », a mis en garde Philippe Cuq, co-président d’Avenir Spé-Le Bloc.
« Les médecins ne refusent pas de participer à l’effort collectif. Ils refusent d’être les seuls à en supporter le poids, au détriment des investissements, de l’innovation et, finalement, des patients. »
Un contexte plus large de tensions sur les tarifs médicaux
Cet échec s’inscrit dans un débat plus large sur la rémunération des spécialistes, notamment ceux pratiquant des dépassements d’honoraires en secteur 2. Ces écarts par rapport aux tarifs de base de la Sécurité sociale alimentent régulièrement les tensions entre médecins et Assurance maladie. La question des tarifs des actes techniques, comme ceux de l’imagerie médicale, ajoute une couche de complexité à ce dossier épineux.
Alors que les négociations ont échoué, les syndicats de médecins menacent de nouvelles actions pour faire entendre leurs revendications. La situation pourrait donc encore se tendre dans les semaines à venir, alors que les baisses tarifaires sont désormais inévitables. Les professionnels de santé pourraient être contraints de revoir leur organisation ou d’adapter leur activité pour absorber ces nouvelles contraintes financières.
Reste à voir si des ajustements seront apportés à moyen terme, notamment sur les programmes de pertinence, ou si les tensions persistantes conduiront à une refonte plus profonde des modalités de financement de l’imagerie médicale en France.
Les baisses de tarifs annoncées par l’Assurance maladie portent uniquement sur les actes techniques, et non sur les consultations. Cela s’explique par le fait que les spécialistes ne sont généralement pas autorisés à facturer ces deux types d’actes simultanément lors d’une même consultation. Les tarifs des consultations relèvent d’un autre cadre réglementaire, distinct de celui des actes techniques comme ceux de l’imagerie médicale.
Les spécialités les plus impactées par les baisses de tarifs incluent la radiologie, la cardiologie, la médecine nucléaire, la médecine vasculaire, la rhumatologie et, dans une moindre mesure, la pneumologie. Ces disciplines sont particulièrement concernées car elles réalisent un grand nombre d’actes techniques en ville, souvent facturés à l’Assurance maladie.