Une start-up française, Inevitable, présente au festival de Cannes jusqu’au 24 mai 2026, propose de révolutionner la production cinématographique en utilisant l’intelligence artificielle pour créer des blockbusters à moindre coût. Selon Franceinfo - Culture, cette technologie permet de réaliser un long-métrage de qualité 4K pour 250 000 euros — soit vingt fois moins que le budget moyen d’un film français — en seulement quatre mois.

Ce qu'il faut retenir

  • Une start-up française, Inevitable, utilise l’IA pour produire des blockbusters à 250 000 € (+5 % des revenus après sortie), soit 20 fois moins que le budget moyen d’un film français.
  • Le processus repose sur la motion capture, permettant de modéliser des acteurs en 3D et de les « rajeunir » ou de les « ressusciter » grâce à des algorithmes.
  • Les films produits sont prêts pour une diffusion en salles ou sur les plateformes, avec une qualité d’image 4K.
  • La technologie suscite des inquiétudes parmi les syndicats, notamment sur la disparition de métiers traditionnels et l’absence de cadre légal en France.
  • Depuis son lancement fin 2025, la start-up affirme avoir déjà vendu plus d’une dizaine de projets, avec des partenaires en Europe, aux États-Unis et en Chine.

Une technologie controversée mais prometteuse

Au cœur du dispositif se trouve la « motion capture », une technique déjà utilisée dans des films comme Avatar de James Cameron. Les acteurs portent des capteurs pour enregistrer leurs mouvements, qui sont ensuite transposés en images numériques par l’IA. Jean Mach, fondateur d’Inevitable et producteur depuis 25 ans, insiste sur le respect des droits d’auteur : « Nous sommes vertueux, on respecte complètement la chaîne des droits, de A à Z. » Le producteur doit fournir un scénario et une bande originale dont il détient les droits.

Trois options s’offrent aux comédiens : jouer en « motion capture » et enregistrer leur voix, se limiter à la doublure vocale, ou céder leurs droits contre rémunération. Cette flexibilité permet notamment de « rajeunir » des acteurs âgés ou de faire jouer des stars disparues, comme Marilyn Monroe, à condition d’obtenir les droits des ayants droit. « Si le producteur amène la preuve qu’il a le feu vert des ayants-droits de Marilyn Monroe, alors, on la mettra à l’âge qu’il souhaite », explique Jean Mach.

Des métiers menacés, de nouvelles compétences à maîtriser

Le remplacement partiel des métiers traditionnels du cinéma — chef opérateur, accessoiriste, chef décorateur — par des spécialistes en infographie et en IA divise le secteur. Jean Mach défend cette transition : « Oui, ces métiers disparaissent, c’est vrai… Mais en contrepartie, on utilise d’autres métiers ! Beaucoup d’infographistes, de spécialistes IA. En termes d’effectifs, on ne détruit pas d’emplois, ce sont juste des postes différents. » Il compare cette révolution à celle de l’électricité, « qui a créé énormément d’emplois ».

Mais pour Françoise Chazaud, secrétaire générale de la Fédération des arts du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse – Force Ouvrière (FASAP-FO), les nouveaux métiers ne sont pas encore assez encadrés. « Il y aura de nouvelles professions, mais elles ne sont pas encore là, il n’y a pas assez de formation ! », s’alarme-t-elle. Elle réclame des budgets dédiés à la formation des ingénieurs en IA et la création de postes de surveillance juridique pour encadrer l’utilisation de ces outils.

Un cadre légal flou, une Europe en retard

Si l’Europe a établi un schéma juridique pour l’IA, la France accuse un retard dans sa mise en œuvre. Françoise Chazaud critique cette inertie : « Il n’y a pas de cadre légal, c’est un peu à marche forcée. L’Europe a bâti un schéma juridique mais en France, on ne le fait pas, je le regrette. On devrait être leader. » Malgré ses réserves, elle reconnaît le potentiel de cette technologie : « Franchement, il ne faut pas refuser cette nouvelle technologie, il faut simplement la maîtriser. »

Elle pointe aussi une forme d’hypocrisie dans le milieu cinématographique, évoquant le parallèle avec l’arrivée de Netflix à Cannes. « Steven Spielberg avait déclaré que Netflix ne serait jamais intégré au festival, que ça ne marcherait pas… et lui-même a créé une boîte de production avec Netflix quelques années après », souligne-t-elle. Un exemple qui illustre selon elle les contradictions du secteur face aux innovations technologiques.

Des blockbusters low-cost, mais une qualité artistique en question

Françoise Chazaud s’interroge sur la qualité artistique des films produits par IA. « Qui va regarder l’éclairage, le cadre ? Pourtant, ça compte ! Qui va critiquer ? Je ne sais pas si on va critiquer la réalisation par l’IA au point de vue technique, on va juste s’en contenter… » Elle craint une uniformisation des contenus, où seuls le scénario et l’histoire feront la différence. « Le réseau électrique a créé énormément d’emplois, l’IA aussi », rétorque Jean Mach, pour qui cette technologie ouvre des opportunités inédites, notamment pour les jeunes cinéastes et les producteurs des pays émergents.

Parmi les projets en développement, un biopic d’un homme politique et plusieurs partenariats internationaux, avec une antenne prévue en Chine. « On démocratise la réalisation de films, aussi, au niveau mondial, souligne Jean Mach. Beaucoup de producteurs africains et sud-américains viennent nous voir car ils ont envie de faire des blockbusters mais n’ont pas l’argent. Tout le monde aura bientôt un blockbuster sans aucun problème et dans n’importe quel pays. Ce sera le script et l’histoire qui feront la différence. »

Et maintenant ?

La start-up Inevitable mise sur une adoption rapide de sa technologie, avec une dizaine de films déjà vendus avant ou pendant le festival de Cannes. Son modèle économique, basé sur un pourcentage des revenus, pourrait séduire des producteurs indépendants ou des plateformes en quête de contenus à moindre coût. Reste à voir si le public et les professionnels du cinéma adhéreront à cette révolution. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la réception critique et publique de ces premiers blockbusters produits par IA.

L’avenir des acteurs : entre opportunités et risques

L’essor de l’IA dans le cinéma interroge aussi le devenir des comédiens. Françoise Chazaud rappelle la crise du doublage, où des acteurs sont parfois contraints d’abandonner leurs droits sans compensation suffisante. « Aujourd’hui, on oblige un comédien à signer au bas de la page, il peut abandonner ses droits. Il y a plein de salariés intermittents qui vont se retrouver au RSA, sans avoir pu faire leurs heures », alerte-t-elle. Pour Jean Mach, il n’est pas question de « virer » les acteurs, mais de leur offrir de nouvelles options : « Il faut que les comédiens comprennent qu’ils ne sont pas du tout virés avec cette nouvelle manière de fonctionner. »

Quelle que soit l’issue de ce débat, une chose est sûre : l’intelligence artificielle s’impose comme un acteur incontournable de l’industrie cinématographique. Entre démocratisation des contenus, menaces sur certains métiers et défis juridiques, son impact reste à définir. Une chose est certaine, elle bouscule les codes d’un secteur habitué aux traditions.

Le principal risque concerne les droits d’image et les droits à l’image des ayants droit. En France, il n’existe pas encore de cadre légal clair pour encadrer ces pratiques. Françoise Chazaud, secrétaire générale de la FASAP-FO, souligne que « l’Europe a bâti un schéma juridique mais en France, on ne le fait pas ». Sans accord explicite des ayants droit, l’utilisation de l’image d’un acteur décédé pourrait être considérée comme une violation du droit à l’image, ce qui expose les producteurs à des poursuites.