Une tribune publiée jeudi 12 juin par Le Monde, relayée par Le Figaro, signe un appel au boycott de l’intelligence artificielle générative grand public. Signée par 150 personnalités du monde culturel, cette initiative dénonce un « projet de société » mettant en péril l’humanité et l’écologie. Selon les signataires, les outils d’IA actuels accélèrent la marginalisation de l’être humain et menacent les capacités cognitives des jeunes générations.

Ce qu'il faut retenir

  • 150 personnalités issues des milieux littéraire, cinématographique, juridique et politique ont signé une tribune publiée dans Le Monde.
  • Elles appellent au boycott de l’IA générative grand public, accusée de favoriser la « marginalisation de l’être humain ».
  • Parmi les signataires figurent Annie Ernaux, Enki Bilal, Hervé Le Tellier, Françoise Nyssen, Jul et Marc-André Selosse.
  • Les auteurs dénoncent aussi l’impact écologique des data centers, qualifiés de « renoncement à la bataille écologique ».
  • Un baromètre de l’Arcom, publié mardi, montre que l’adoption de l’IA progresse fortement chez les 15-24 ans.

Une mobilisation inédite contre l’IA générative

Dans leur texte, les signataires expliquent vouloir agir « sans attendre que le législateur bâtisse des digues ». Ils demandent aux citoyens non contraints d’utiliser ces outils de les boycotter massivement. « Quand tant de responsables politiques sont hypnotisés par les promesses des robots conversationnels, la population française exprime une vive inquiétude », soulignent-ils. Leur appel intervient alors que l’intelligence artificielle était au cœur des débats du G7 et du salon VivaTech, cette semaine.

Les dangers pointés par les personnalités culturelles ne se limitent pas à une minorité « obscurantiste ou paranoïaque », insistent-elles. Leur tribune met en garde contre une adoption « répulsive » de l’IA, notamment chez les jeunes. Selon un baromètre de l’Arcom publié mardi 10 juin, l’usage de services comme ChatGPT s’accélère en France, avec une forte progression chez les 15-24 ans.

Des risques cognitifs et écologiques pointés du doigt

Les signataires s’inquiètent des « redoutables dépendances émotionnelles » que pourraient créer ces outils chez les jeunes. « Utilisés de façon intensive par la jeunesse, les robots affaibliront ses capacités cognitives », estiment-ils. Par ailleurs, ils dénoncent un « renoncement clair dans la bataille écologique » : les milliards d’euros investis dans les data centers seraient un « appel à la démobilisation générale », selon leurs termes.

Pour étayer leur propos, les auteurs rappellent que l’IA générative s’impose rapidement dans le quotidien des Français. Ils citent notamment son rôle croissant dans la création artistique, un secteur déjà bouleversé par ces technologies. La ministre de la Culture, Rachida Dati, avait d’ailleurs annoncé fin mai que le CNC ne financerait plus les œuvres créées intégralement par IA. Une décision saluée par les signataires, qui y voient une première réponse politique à leurs alertes.

Une réponse politique et citoyenne encore timide

Alors que l’IA générative s’impose comme un sujet central des débats technologiques, les signataires rappellent que leur mobilisation vise à anticiper les conséquences sociales et environnementales de cette révolution. « Nous condamnons un projet de société fondé sur la marginalisation de l’être humain et la destruction de notre milieu de vie », écrivent-ils dans leur tribune. Leurs critiques rejoignent celles d’autres collectifs, comme celui des doubleurs et comédiens, qui ont lancé le slogan « IA dehors, nos voix sont des trésors » pour défendre leur métier.

Du côté des institutions, la réponse reste prudente. L’Arcom, autorité de régulation du numérique, a publié cette semaine un baromètre confirmant la croissance de l’usage de l’IA, mais sans prendre position sur les risques évoqués par les signataires. « L’adoption massive de ces outils prend largement la forme d’une adoption répulsion », notent-ils, soulignant le décalage entre l’enthousiasme des décideurs et les craintes des citoyens.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir émerger des initiatives réglementaires plus strictes, notamment après les débats du G7 et de VivaTech. Les signataires de la tribune espèrent que leur appel déclenchera une prise de conscience collective, avant que l’IA ne s’impose comme une norme incontournable. Reste à savoir si les pouvoirs publics et les acteurs économiques répondront à leurs alertes, ou si le boycott citoyen deviendra le seul levier d’action.

Une chose est sûre : le débat sur l’IA générative ne fait que commencer. Entre promesses technologiques et craintes sociétales, les prochains mois s’annoncent décisifs pour encadrer son développement. Les prochaines échéances à surveiller incluent les propositions législatives européennes sur l’IA, attendues d’ici la fin de l’année, ainsi que les réactions des grandes plateformes technologiques face à la pression citoyenne.

Ils estiment que ces outils accélèrent la marginalisation de l’être humain, menacent les capacités cognitives des jeunes et aggravent la crise écologique, notamment à cause des data centers.

Parmi les 150 signataires figurent des écrivains comme Annie Ernaux, Hervé Le Tellier ou Pierre Michon, des auteurs de BD comme Enki Bilal et Jul, ainsi que l’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen et le biologiste Marc-André Selosse.