Le Festival international de cinéma de Marseille a été marqué par un renoncement inattendu : celui du cinéaste israélien Nadav Lapid, figure engagée contre la politique de Benjamin Nétanyahou. Selon Libération, cette absence forcée a relancé le débat sur les boycotts culturels dans un contexte de tensions extrêmes au Proche-Orient, où la guerre au Liban et le conflit à Gaza continuent de faire rage. Pour l’historien palestinien Elias Sanbar, cette décision illustre une confusion entre la cible des protestations et les responsabilités réelles des conflits en cours.

Ce qu'il faut retenir

  • Nadav Lapid, cinéaste israélien opposé à Nétanyahou, a renoncé à participer au Festival de Marseille après des pressions.
  • Cette absence intervient alors que les opérations militaires israéliennes se poursuivent à Gaza et au Liban, faisant des milliers de victimes civiles.
  • Elias Sanbar, historien palestinien, appelle à éviter les « simplismes » dans le choix des cibles des boycotts culturels.
  • Il souligne que le carnage en Palestine et au Liban ne doit pas être confondu avec la personne du cinéaste, lui-même critique du gouvernement israélien.

Un festival de cinéma au cœur des tensions géopolitiques

Le Festival international de cinéma de Marseille, qui se tient chaque année en juin, s’est retrouvé malgré lui au centre d’une polémique internationale. Selon Libération, Nadav Lapid, connu pour ses prises de position contre la politique du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, a été contraint de renoncer à sa participation. Cette décision fait suite à des pressions exercées par des associations pro-palestiniennes, qui lui reprochent indirectement sa nationalité israélienne, bien qu’il se soit toujours positionné contre la guerre et l’occupation. Pour autant, le festival a maintenu son programme, sans remplacer Lapid par un autre réalisateur israélien.

Cette affaire survient dans un contexte où la violence au Proche-Orient atteint des niveaux sans précédent. À Gaza, les frappes israéliennes se poursuivent depuis octobre 2023, tandis que le Liban subit des bombardements quotidiens depuis l’escalade des tensions avec le Hezbollah. Selon les dernières estimations de l’ONU, plus de 40 000 Palestiniens et 1 200 Libanais ont péri depuis le début des hostilités, des chiffres qui alimentent une colère croissante dans le monde entier. C’est dans ce cadre que des appels au boycott de la culture israélienne se multiplient, y compris dans les milieux artistiques européens.

Elias Sanbar : « Fuir les simplismes pour ne pas aggraver les divisions »

Face à cette montée des tensions, Elias Sanbar, historien et essayiste palestinien de renom, a pris position dans les colonnes de Libération. Il reconnaît la légitimité de la colère face aux exactions commises en Palestine et au Liban, mais met en garde contre les dérives d’un boycott mal ciblé. « Boycotter Nadav Lapid, c’est se tromper de cible », a-t-il déclaré, soulignant que le cinéaste a toujours critiqué la politique de Nétanyahou et soutenu les droits des Palestiniens. Selon lui, confondre un artiste avec les actions de son gouvernement revient à « nourrir le même simplisme que ceux qu’on combat ».

« Le carnage en Palestine et au Liban est une réalité insupportable. Mais fuir les simplismes, c’est refuser de tomber dans le piège de ceux qui veulent nous faire croire que tous les Israéliens sont complices, ou que tous les artistes israéliens sont des propagandistes. »
— Elias Sanbar, Libération

Un débat qui dépasse le cadre du cinéma

La question du boycott culturel israélien n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension particulière depuis le début de la guerre à Gaza. Plusieurs festivals et institutions européennes ont déjà annulé des événements impliquant des artistes israéliens, tandis que des pétitions circulent pour exclure Israël de compétitions internationales. Pourtant, comme le rappelle Elias Sanbar, cette approche soulève des questions éthiques et politiques complexes. D’un côté, les défenseurs du boycott estiment qu’il s’agit d’un moyen de pression légitime contre un État jugé responsable de crimes de guerre. De l’autre, ses détracteurs, dont Sanbar fait partie, y voient une forme de censure collective qui pénalise des artistes engagés contre leur propre gouvernement.

Au-delà du cas Lapid, c’est toute la stratégie de la « résistance culturelle » qui est interrogée. Faut-il boycotter les institutions israéliennes, les artistes individuels, ou les deux ? La réponse varie selon les sensibilités, mais une chose est certaine : le conflit israélo-palestinien continue de diviser bien au-delà des frontières du Moyen-Orient. En France, comme en Europe, les associations pro-israéliennes et pro-palestiniennes s’affrontent régulièrement lors d’événements culturels, transformant parfois les salles de spectacle ou les festivals en arènes politiques.

Et maintenant ?

Si le Festival de Marseille a choisi de ne pas céder aux pressions, la question du boycott culturel israélien devrait resurgir lors des prochains grands rendez-vous artistiques, comme la Mostra de Venise en septembre ou le Festival de Cannes en 2027. D’ici là, des appels à la mobilisation sont déjà lancés pour que les institutions culturelles européennes clarifient leurs positions. Reste à savoir si une solution équilibrée pourra être trouvée, ou si le débat continuera de s’envenimer, au risque de transformer chaque événement artistique en un champ de bataille idéologique.

Une chose est sûre : dans un contexte où la violence au Proche-Orient ne faiblit pas, la question du boycott culturel risque de s’imposer comme un enjeu central des prochains mois, bien au-delà des écrans et des salles de cinéma.

D’après Libération, Nadav Lapid a été contraint de renoncer à sa participation en raison de pressions exercées par des associations pro-palestiniennes, qui lui reprochent sa nationalité israélienne, bien qu’il se soit toujours opposé à la politique de Benjamin Nétanyahou.