Près de 300 entreprises françaises du secteur de la défense interrogées par l’Observatoire de la Défense, piloté par le Comité Richelieu, déclarent une activité majoritairement stable, malgré une rallonge budgétaire de 36 milliards d’euros allouée aux armées d’ici 2030. Selon BFM Business, qui révèle ces résultats, l’écart persiste entre les annonces publiques et la réalité opérationnelle des petites et moyennes entreprises (PME) et des start-ups du secteur. « Pour la majorité des acteurs, les annonces n’ont pas encore produit d’effet structurel significatif. L’activité reste sur une trajectoire inchangée ou les impacts sont encore trop récents ou indirects pour être visibles », détaillent les auteurs de l’étude.

Ce qu’il faut retenir

  • 50 % des entreprises interrogées ne constatent aucune hausse de leur activité malgré l’augmentation du budget de la défense.
  • Les carnets de commandes couvrent en moyenne moins de six mois pour la majorité des acteurs de la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense).
  • 72,6 % des entreprises prévoient d’investir dans les programmes de défense, et 76,8 % d’augmenter leurs capacités de production dans les mois à venir.
  • 29 % des entreprises rencontrent des difficultés à financer leurs investissements, et près de 20 % peinent à assurer leur trésorerie.
  • Seulement 10 % des entreprises se tournent principalement vers l’international, tandis que 66,5 % des commandes restent orientées vers le marché national.
  • 84 % des répondants jugent les mécanismes européens de financement (SAFE, EDIP, EDIRPA, ASAP) complexes et difficiles d’accès.

Parmi les entreprises interrogées, certaines enregistrent une hausse d’activité, mais celle-ci reste marginale. La majorité observe une stabilité, voire une visibilité limitée. « Les carnets de commandes sont souvent inférieurs à six mois », précise le Comité Richelieu. Stéphane Bonillo, directeur des Forges de Tarbes, illustre cette situation : il se tient au milieu d’une palette de douilles produites dans son atelier, à Tarbes, le 14 janvier 2026, sans que cette activité ne reflète encore l’ampleur des annonces budgétaires.

Des commandes qui tardent à se matérialiser

L’actualisation de la loi de programmation militaire, adoptée en 2025, prévoit une enveloppe supplémentaire de 36 milliards d’euros pour les armées françaises d’ici 2030. Pourtant, pour l’heure, l’impact sur les PME et ETI de la BITD reste limité. « L’activité reste sur une trajectoire inchangée », soulignent les auteurs de l’étude. Seuls 25 % des entreprises anticipent une hausse de leurs commandes, principalement en constituant des stocks ou en sécurisant leurs approvisionnements. Ces mesures, souvent financées sur fonds propres, s’expliquent par les difficultés d’accès aux dispositifs de soutien.

Les mécanismes européens de financement, comme le Fonds européen de défense ou le Fonds innovation défense, sont rarement mobilisés. Près d’un tiers des entreprises souhaiteraient y accéder, mais 84 % des répondants les jugent « complexes et difficiles d’accès ». « Les entreprises soulignent les réticences persistantes du monde financier à accompagner le secteur », ajoute l’étude. Pourtant, les crédits accordés par les six plus grandes banques françaises aux entreprises de défense ont atteint 46 milliards d’euros fin 2025, soit une progression de 26 % en un an, selon le gouvernement et la Fédération bancaire française (FBF).

Des défis structurels : financement et recrutement

Au-delà des problèmes de trésorerie et d’investissement, le secteur fait face à des tensions de recrutement. Près d’une entreprise sur deux peine à recruter dans les métiers industriels et d’ingénierie. Les causes ? La concurrence des grands groupes, mais aussi des « inquiétudes spécifiques au secteur défense ». Ces freins humains s’ajoutent aux obstacles financiers déjà identifiés. « Plusieurs répondants soulignent les réticences persistantes du monde financier », rappellent les auteurs de l’étude.

Malgré ces contraintes, le tissu industriel français de la défense se prépare à monter en puissance. 72,6 % des entreprises prévoient d’investir dans les programmes de défense, et 76,8 % d’augmenter leurs capacités de production. « Le tissu industriel confirme qu’il est prêt à accélérer », indique le Comité Richelieu. Cette dynamique pourrait bénéficier en premier lieu aux armées françaises, les commandes de la BITD étant « très majoritairement orientées vers le marché national » (66,5 %). À l’inverse, seulement 10 % des entreprises se tournent principalement vers l’international.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient révéler si les annonces budgétaires se concrétisent enfin pour les PME et ETI du secteur. Les entreprises, prêtes à investir, attendent des commandes plus substantielles et une simplification des mécanismes de financement. La capacité des armées à absorber ces hausses de production, ainsi que l’évolution des tensions géopolitiques, joueront un rôle clé dans cette transition. Une chose est sûre : le tissu industriel français a les moyens de répondre à l’enjeu, à condition que les leviers financiers et humains soient enfin débloqués.

Cette situation interroge : comment concilier l’ambition affichée par les pouvoirs publics et la réalité des acteurs de terrain ? Les prochaines échéances, notamment la publication de nouveaux appels d’offres et l’actualisation des dispositifs de soutien, pourraient apporter des éléments de réponse. D’ici là, le secteur reste en tension, entre attente et préparation.

Plusieurs facteurs expliquent ce décalage. D’abord, les annonces budgétaires prennent du temps à se traduire en commandes concrètes, notamment en raison des délais administratifs et industriels. Ensuite, les mécanismes de financement, comme les fonds européens (SAFE, EDIP, EDIRPA, ASAP), sont jugés complexes et peu accessibles par 84 % des entreprises interrogées. Enfin, les PME rencontrent des difficultés à obtenir des crédits bancaires, malgré une enveloppe globale de 46 milliards d’euros accordée par les banques françaises en 2025.

Les principaux freins identifiés sont les tensions de recrutement, avec près d’une entreprise sur deux en difficulté pour embaucher dans les métiers industriels et d’ingénierie. S’ajoutent à cela des problèmes de trésorerie et de financement des investissements, qui touchent respectivement 20 % et 29 % des entreprises sondées. La concurrence des grands groupes et les inquiétudes spécifiques au secteur défense (sensibilité des projets, cycles longs) aggravent ces défis.