Depuis le début du conflit en 2017 dans la province mozambicaine du Cabo Delgado, les violences sexuelles se sont généralisées, selon un rapport des Nations unies jamais rendu public. RFI révèle, dans le cadre de son enquête « Mozambique Exposed » coordonnée par Forbidden Stories, l’ampleur de ces exactions qui touchent en priorité les femmes de cette région riche en ressources naturelles.
Ce document, auquel RFI a eu accès, met en lumière un phénomène systémique alimenté par les actions des groupes armés, dont les shebabs — bien que leur lien avec le groupe somalien reste débattu — ainsi que par les réponses brutales des forces gouvernementales mozambicaines. Autant dire que la population civile, et particulièrement les femmes, paient un lourd tribut dans ce conflit aux multiples dimensions.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de l'ONU, jamais rendu public, documente une flambée de violences sexuelles dans le Cabo Delgado depuis 2017.
- Ces exactions sont attribuées aux groupes armés shebabs et aux réponses militaires du gouvernement mozambicain.
- La région, riche en matières premières, est au cœur d’un conflit aux enjeux à la fois sécuritaires et économiques.
- L’enquête « Mozambique Exposed », coordonnée par Forbidden Stories, inclut une contribution de RFI.
- Les femmes sont les principales victimes de cette escalade de violences.
Un conflit aux racines multiples
Le Cabo Delgado, province située dans le nord du Mozambique, est depuis 2017 le théâtre d’un conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes armés islamistes. Ces derniers, souvent désignés sous le terme générique de shebabs, bien que leur affiliation directe à l’organisation somalienne Al-Shabaab fasse débat, ont multiplié les attaques contre les populations civiles. Selon les observateurs, leur stratégie inclut des violences ciblées, dont des violences sexuelles systématiques, destinées à semer la terreur et à contrôler les territoires.
Côté gouvernemental, les Forces armées mozambicaines ont répondu par des opérations militaires d’envergure, souvent critiquées pour leur manque de discernement. Les raids et les arrestations massives ont, selon plusieurs témoignages recueillis par l’ONU, aggravé la situation humanitaire en exposant davantage les civils — et en particulier les femmes — aux exactions des deux camps. Un cercle vicieux dont les victimes peinent à s’extraire.
Des violences sexuelles documentées, mais toujours impunies
Le rapport de l’ONU, consulté par RFI, révèle que les violences sexuelles dans le Cabo Delgado ont atteint des proportions alarmantes. Les chiffres, bien que partiels en raison du manque d’accès des enquêteurs internationaux, font état de centaines de cas documentés depuis 2017. Les femmes, mais aussi les filles et parfois les hommes, sont victimes de viols, d’esclavage sexuel ou de mariages forcés perpétrés aussi bien par les groupes armés que par des éléments des forces de sécurité.
« Les violences sexuelles sont utilisées comme une arme de guerre dans le Cabo Delgado », a déclaré une source onusienne sous couvert d’anonymat. « Les auteurs, qu’ils soient des shebabs ou des militaires, agissent en toute impunité, faute de mécanismes judiciaires efficaces ». Les rares plaintes déposées se heurtent à un système judiciaire local paralysé, voire corrompu, et à une absence totale de protection pour les victimes. Résultat : la majorité des cas restent non signalés, laissant les auteurs libres de leurs actes.
Une région sous tension économique
Le Cabo Delgado n’est pas seulement un foyer de conflit armé. La province abrite d’importantes réserves de gaz naturel, exploitées par des consortiums internationaux, dont le géant français TotalEnergies. L’exploitation de ces ressources, bien que porteuse de promesses économiques pour le Mozambique, a aussi alimenté les tensions locales. Les groupes armés, comme les communautés, se disputent le contrôle des territoires riches en hydrocarbures, aggravant l’insécurité et la précarité des populations.
Pour les ONG et les observateurs, cette situation illustre un paradoxe cruel : alors que le Mozambique pourrait devenir l’un des plus grands exportateurs de gaz au monde, sa population, notamment dans le nord, subit une crise humanitaire sans précédent. Les violences sexuelles, bien que moins médiatisées que les attaques armées, en sont l’un des symptômes les plus frappants.
Reste à savoir si la communauté internationale, notamment l’Union européenne et les États-Unis, qui financent partiellement les opérations militaires mozambicaines, exigeront des garanties sur le respect des droits humains avant d’engager de nouveaux fonds. Une chose est sûre : sans une réponse globale combinant sécurité, justice et développement, le cycle des violences dans le Cabo Delgado risque de se poursuivre.
Le terme « shebabs » est utilisé de manière générique pour désigner des groupes armés islamistes actifs dans le nord du Mozambique. Bien qu’il fasse référence à Al-Shabaab en Somalie, leur lien direct avec cette organisation reste controversé. Certains experts estiment qu’il s’agit plutôt de groupes locaux radicalisés, inspirés par des idéologies similaires.