À Fouju, petit village de Seine-et-Marne comptant 650 habitants, un projet d’envergure divise la population : la construction du plus grand centre de données d’Europe, le « Campus IA ». Estimé à 50 milliards d’euros, ce data center suscite à la fois l’espoir de retombées économiques locales et de vives inquiétudes quant à son impact environnemental, comme le rapporte BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Projet pharaonique : un data center de 50 milliards d’euros, le plus grand d’Europe, doit s’implanter à Fouju (Seine-et-Marne), avec une première phase livrable en 2028.
- Financement international : porté par le fonds émirati MGX, Bpifrance, Mistral et Nvidia, le projet vise à accueillir des infrastructures informatiques de nouvelle génération dédiées à l’intelligence artificielle.
- Consommation électrique colossale : le site devrait consommer autant que 200 000 foyers français, selon l’avis de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe).
- Enjeux locaux : le maire de Fouju évoque des retombées financières permettant de moderniser les infrastructures communales, tandis que des opposants dénoncent des nuisances environnementales majeures.
- Opposition organisée : l’association France Nature Environnement Seine-et-Marne (FNE 77) critique notamment la pollution générée par les groupes électrogènes et les PFAS, ainsi que la formation d’îlots de chaleur.
Un projet industriel à l’échelle inédite pour la Seine-et-Marne
Annoncé lors du sommet Choose France de 2025, le « Campus IA » s’inscrit dans une logique d’attractivité économique pour la région Île-de-France. D’après BFM Business, ce data center doit s’étendre sur 11 bâtiments de 20 mètres de haut, devenant ainsi le plus vaste d’Europe. Porté par un consortium associant des acteurs financiers internationaux et des entreprises technologiques de premier plan, le projet promet de dynamiser l’économie locale tout en positionnant la France comme un acteur clé du secteur de l’intelligence artificielle.
Le financement, réparti entre MGX (fonds émirati), Bpifrance, la start-up française Mistral et le géant américain Nvidia, reflète l’ambition du projet. Selon les porteurs du dossier, la première phase des travaux devrait être livrée d’ici 2028, avec une promesse de création de 300 à 500 emplois directs. Un argument de poids pour Jonathan Wochenmayer, maire de Fouju depuis 2020, qui souligne l’opportunité pour sa commune, dépourvue de commerces et dotée d’un budget annuel de 650 000 euros, majoritairement consacré aux dépenses de fonctionnement.
Des promesses économiques contre des craintes environnementales
Les retombées financières attendues pourraient permettre de financer des projets d’envergure pour la commune, comme la rénovation de l’école vieillissante ou le développement de services à la personne. « Les millions d’euros générés chaque année vont permettre de mener des projets d’envergure », a indiqué le maire. Pourtant, cette perspective ne convainc pas tous les habitants. Giuliano Del Negro, retraité installé à Fouju depuis un an et demi pour le calme de la campagne, exprime ses doutes : « On se pose beaucoup de questions sur les effets sur l’environnement, les nuisances pendant les travaux, et même sur l’arrivée de nouveaux pavillons ou petits immeubles. On aimerait bien que Fouju reste comme ça. »
Parmi les opposants figure aussi l’association France Nature Environnement Seine-et-Marne (FNE 77), qui dénonce dans sa contribution à l’enquête publique un projet « monstre ». Jean-François Dupont, administrateur de l’association et résident à une dizaine de kilomètres de Fouju, résume leur position : « Nous ne sommes pas contre tous les data centers, parce qu’effectivement, nous en avons besoin, mais pas des monstres comme celui-là. »
Des risques environnementaux pointés du doigt par les associations
Les craintes portent notamment sur la consommation énergétique du site, équivalente à celle de 200 000 foyers, et sur les infrastructures nécessaires à son fonctionnement. D’après BFM Business, le Campus IA nécessitera 613 groupes électrogènes de secours, régulièrement testés, ainsi que 680 groupes froids pour refroidir les serveurs. Ces derniers contiennent des PFAS, des polluants éternels, dont les risques d’émanation inquiètent. L’association FNE 77 alerte également sur la formation d’îlots de chaleur en été, en raison de la taille et de la concentration des bâtiments.
Eveline Biaggini, 53 ans, régisseuse costumes et candidate aux élections municipales en 2020, résume son inquiétude : « Écologiquement parlant, c’est une ’cata’. » Le projet soulève aussi des questions sur la gestion de la chaleur dégagée, pour laquelle aucune solution de réutilisation n’est encore envisagée.
Un débat qui dépasse le cadre local
Le projet de data center à Fouju s’inscrit dans une dynamique plus large de développement des infrastructures numériques en France. Il cristallise les tensions entre impératifs économiques et enjeux écologiques, un débat qui prend de l’ampleur avec l’expansion rapide de l’intelligence artificielle. Pour Jonathan Wochenmayer, le maire, il n’y avait pas d’alternative : « Si le data center n’avait pas été ici, il aurait été ailleurs. Et je pense qu’il va être positionné sur une zone qui sera la moins impactante pour les habitants qui sont autour. » Il met en avant la distance de 2,8 kilomètres entre le village et le futur site, ainsi que les nuisances moindres comparées à d’autres projets initialement envisagés pour la région.
Pourtant, les opposants ne désarment pas. Fin mai, un pique-nique de contestation a réuni près d’une centaine de personnes. Certains habitants, comme Laurent (qui a souhaité garder l’anonymat), se disent favorables au projet pour ses retombées économiques, mais opposés à la prison qui doit être construite à proximité, sur la commune voisine de Crisenoy.
Le débat autour du Campus IA illustre les défis posés par la transition numérique et écologique. Alors que les data centers sont nécessaires au développement des nouvelles technologies, leur implantation doit composer avec les impératifs de durabilité et d’acceptabilité sociale. À Fouju, comme ailleurs en France, la question reste entière : comment concilier progrès technologique et préservation de l’environnement ?
Les principales critiques portent sur la consommation électrique du site, équivalente à celle de 200 000 foyers, ainsi que sur les risques de pollution liés aux 680 groupes froids nécessaires au refroidissement des serveurs. L’association FNE 77 dénonce également la présence de PFAS dans ces équipements et la formation d’îlots de chaleur en été. Enfin, l’absence de solution pour réutiliser la chaleur dégagée par les serveurs est pointée du doigt.