Quatre grands industriels français ont annoncé mardi la création d’une coentreprise destinée à produire des carburants d’aviation durables (SAF) à l’échelle industrielle. Selon BFM Business, ce projet, baptisé Rebound, vise à établir l’une des plus grandes unités de ce type en Europe sur le port de Dunkerque, dans le nord de la France.

Ce qu'il faut retenir

  • La coentreprise Rebound regroupera Technip Energies, Airbus, Safran et Tereos pour produire 160 000 tonnes de SAF par an à Dunkerque.
  • Ce projet s’appuie sur la technologie Alcohol-to-Jet (AtJ), utilisant des résidus agricoles et forestiers pour fabriquer des carburants durables.
  • La France, en retard sur la production de SAF, cherche à rattraper son retard face aux objectifs européens : 6 % de SAF d’ici 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050.
  • Les partenaires industriels financeront la phase de développement, avec un site industriel déjà attribué par le port de Dunkerque.
  • Le contexte géopolitique, marqué par la hausse du prix du kérosène, a accéléré l’intérêt pour ces alternatives.

Une filière française inexistante face aux ambitions européennes

Jusqu’à présent, la France accusait un retard significatif dans la production de carburants durables pour l’aviation. D’après BFM Business, l’État avait alloué seulement 600 millions d’euros il y a plusieurs années, un montant jugé insuffisant au regard des ambitions de l’Union européenne. Ces dernières fixent un objectif d’incorporation de 6 % de SAF dans les avions d’ici 2030, puis 20 % en 2035 et 70 % en 2050.

En 2026, la part de SAF dans le carburant aérien mondial ne devrait représenter que 0,8 %, soit 2,4 millions de tonnes produites. Un chiffre bien en deçà des attentes, d’autant que l’objectif initial était de 2 % dès cette année. Les compagnies aériennes, confrontées à la flambée des prix du kérosène, voient dans ces carburants une solution pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles.

Un projet industriel pour renforcer la souveraineté énergétique

La création de Rebound marque un tournant pour la filière française. Technip Energies, Airbus, Safran et Tereos ont officialisé mardi leur partenariat, visant à produire 160 000 tonnes de SAF par an à Dunkerque. Selon les industriels, il s’agira de l’une des plus grandes usines de ce type en Europe, renforçant la souveraineté énergétique du continent et consolidant le leadership industriel français dans la transition énergétique.

« Ce projet ambitieux rassemble des expertises françaises et européennes de premier plan, soutenant l’émergence d’une industrie du SAF compétitive », a déclaré Nathalie Stubler, Chief Sustainability Officer de Safran. Pour Airbus, ce projet représente « une étape essentielle pour l’écosystème SAF en Europe ».

Une technologie adaptée pour une production à grande échelle

Le projet s’appuiera sur la technologie Alcohol-to-Jet (AtJ), qui convertit l’éthanol avancé – produit à partir de résidus agricoles et forestiers – en carburants durables pour l’aviation. Ces SAF peuvent être mélangés au kérosène conventionnel et utilisés dans les moteurs et les avions existants, ce qui constitue un avantage majeur pour une adoption rapide.

Technip Energies, qui pilotera le projet, bénéficiera d’un site industriel attribué par le port de Dunkerque. Ce choix offre des avantages logistiques pour le transport des matières premières et des produits, ainsi qu’une procédure simplifiée pour l’obtention des permis. Airbus et Safran, en tant que partenaires industriels et acheteurs potentiels, joueront un rôle clé dans le développement de la filière.

« C’est le moment pour reprendre sa souveraineté en misant sur le SAF, il faut reprendre notre destin en main. »
Pascal de Izaguirre, président de la Fnam (Fédération nationale de l'aviation), principale association de l'aérien français

Un contexte géopolitique favorable à l’émergence des SAF

La crise au Moyen-Orient et ses répercussions sur le prix du kérosène ont mis en lumière la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement pour les compagnies aériennes. Les États, conscients de l’enjeu, ont désormais intégré cette problématique dans leur stratégie énergétique, davantage pour des raisons de souveraineté que pour des considérations environnementales.

Avant la flambée des cours du kérosène, le secteur aérien français considérait les objectifs européens comme « hors d’atteinte ». Anne Rigail, directrice générale d’Air France, avait souligné l’impact financier : « 1 % de SAF, c’est 100 millions d’euros pour la compagnie, 10 %, c’est 1 milliard d’euros. Sur un Paris-New York à 20 % de SAF, le billet augmentera de 175 euros. » Une hausse qui, selon elle, ne passera pas inaperçue pour les passagers.

Et maintenant ?

La phase de développement du projet, incluant les études d’ingénierie et les démarches administratives, est désormais lancée. Une décision finale d’investissement devrait être prise dans les mois à venir, en fonction des résultats des études et des conditions économiques. Si le projet aboutit, la production pourrait commencer d’ici 2028, contribuant ainsi à accélérer l’atteinte des objectifs européens en matière de SAF.

Reste à voir si l’État apportera un soutien supplémentaire, notamment via la fiscalité des quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS). « Il faut un vrai accompagnement de l’Etat et un soutien. On pourrait par exemple flécher la fiscalité des ETS vers les SAF pour soutenir la filière française », a suggéré Pascal de Izaguirre.

Pour l’heure, le projet Rebound s’inscrit dans une dynamique plus large visant à réduire la dépendance de l’aviation aux énergies fossiles. Avec une production annuelle de 160 000 tonnes, il pourrait marquer le début d’une véritable filière industrielle française, capable de rivaliser avec les leaders européens.

Les prochaines étapes seront cruciales : finalisation des accords entre les partenaires, obtention des autorisations nécessaires et mobilisation des financements. Si ces défis sont relevés, la France pourrait jouer un rôle central dans la transition énergétique de l’aviation mondiale.