Le fabricant californien de puces spécialisées dans l’intelligence artificielle Cerebras a annoncé, ce jeudi 9 juillet, un investissement de « plusieurs milliards de dollars » pour étendre ses infrastructures en Europe. Selon BFM Bourse, cette initiative vise à renforcer la capacité de calcul de ses centres de données dédiés à l’IA, afin de répondre à la demande croissante des clients européens.
Ce qu'il faut retenir
- Cerebras, concurrent direct de Nvidia, investira « plusieurs milliards de dollars » en Europe pour agrandir ses centres de données dédiés à l’IA.
- L’entreprise, dont le siège est en Californie, opère déjà trois centres en France, en Finlande et en Norvège, avec une capacité actuelle inférieure à 200 MW.
- L’objectif est d’atteindre 200 MW de capacité de calcul d’ici 2027, pour répondre à la demande « en forte croissance » des clients européens.
- Cerebras a levé plus de 5,55 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse en mai 2026, l’une des plus importantes de l’année.
- L’entreprise, valorisée à 40 milliards de dollars, développe des puces géantes, appelées « wafer-scale systems », bien plus larges que les puces traditionnelles.
Une expansion massive pour répondre à la demande européenne en IA
Lors d’un entretien en marge du Raise Summit, événement dédié à l’intelligence artificielle à Paris, Andrew Feldman, directeur général de Cerebras, a confirmé cette stratégie d’expansion. « C’est une expansion massive pour répondre aux besoins en forte croissance de nos clients européens », a-t-il déclaré. L’entreprise mise sur sa capacité à offrir des infrastructures conformes aux exigences européennes en matière de sécurité et de protection des données, un argument clé pour séduire les acteurs locaux.
Les trois centres de données actuels de Cerebras en Europe, situés en France, en Finlande et en Norvège, devraient être agrandis pour atteindre une capacité de calcul de 200 MW d’ici 2027. Cette annonce intervient alors que la demande en puissance de calcul pour l’IA générative explose sur le continent. « La demande est si rapide qu’il est difficile de garder la cadence », a souligné Andrew Feldman, précisant que de nombreux clients européens sollicitent déjà l’entreprise pour ses solutions.
Cerebras, spécialiste des puces dédiées à l’inférence en IA
Fondée en 2015, Cerebras s’est positionnée sur un créneau précis : la conception de puces dédiées à l’inférence, c’est-à-dire la phase où les modèles d’IA génèrent du contenu, et non leur développement. Ce segment a connu un essor sans précédent avec l’émergence des agents IA, ces interfaces capables d’effectuer des tâches autonomes, bien au-delà des simples réponses aux utilisateurs.
Les besoins en puissance de calcul ont ainsi été multipliés, créant une forte dépendance aux puces spécialisées comme celles de Cerebras ou de Nvidia, leader du secteur. « Traditionnellement, une puce est de la taille d’un timbre-poste. Nous avons conçu une puce de la taille d’une assiette », a expliqué Andrew Feldman. « Dans l’intelligence artificielle, les grosses puces traitent l’information plus rapidement. Lorsque vous tapez une question dans un chatbot, vous obtenez une réponse plus rapide. »
Les processeurs géants de Cerebras, appelés wafer-scale systems, présentent l’avantage de leur unité de fonctionnement. Contrairement à un assemblage de puces plus petites, où les données doivent transiter entre chaque composant, ces systèmes limitent les ralentissements ou les dysfonctionnements, offrant ainsi une efficacité accrue.
Des clients prestigieux et des partenariats stratégiques
Parmi les clients européens de Cerebras figurent des entreprises pharmaceutiques comme le géant britannique GSK, des centres de calcul à haute performance en Écosse et en Allemagne, ainsi que des sociétés de développement logiciel. L’entreprise a également signé un contrat majeur avec OpenAI, le créateur de ChatGPT, estimé à plus de 20 milliards de dollars, pour fournir de la capacité de calcul jusqu’en 2028. Un partenariat a également été noué avec Amazon Web Services (AWS), leader mondial du cloud.
Ces engagements stratégiques illustrent l’importance croissante de Cerebras dans l’écosystème technologique mondial. Pourtant, le secteur de l’IA suscite des interrogations quant à une éventuelle bulle spéculative. Andrew Feldman a tenu à rassurer : « Historiquement, lors des bulles, les acteurs créaient des produits en espérant que les clients viendraient. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les clients veulent de l’IA, et l’offre n’est pas suffisante. » Il a ajouté : « Nous commençons tout juste à voir les gains de productivité liés à l’IA. »
Une levée de fonds historique et une valorisation record
L’introduction en Bourse de Cerebras en mai 2026 a marqué les esprits : l’entreprise a levé plus de 5,55 milliards de dollars, l’une des plus importantes opérations de ce type réalisées à Wall Street cette année. Cette levée a propulsé sa valorisation à 40 milliards de dollars, confirmant l’engouement des investisseurs pour les acteurs spécialisés dans l’infrastructure de l’IA.
Avec 900 employés répartis dans le monde, Cerebras mise désormais sur l’Europe pour accélérer son développement. L’investissement annoncé jeudi s’inscrit dans cette dynamique, alors que le continent cherche à réduire sa dépendance aux infrastructures américaines et asiatiques. La capacité des centres européens à atteindre 200 MW d’ici 2027 pourrait ainsi faire de l’Europe un acteur clé dans la course mondiale à l’IA.
Pour conclure, l’annonce de Cerebras confirme l’importance stratégique de l’Europe dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Alors que la demande en puissance de calcul explose, les investissements massifs des acteurs technologiques pourraient redéfinir l’équilibre des forces dans le secteur. Reste à voir si l’offre parviendra à suivre le rythme effréné de l’innovation.
L’Europe représente un marché en forte croissance pour l’IA, avec des exigences strictes en matière de sécurité et de protection des données. Cerebras mise sur sa capacité à proposer des infrastructures conformes à ces normes, tout en répondant à une demande croissante des clients locaux, notamment dans les secteurs pharmaceutique et technologique.
Le principal concurrent de Cerebras est Nvidia, leader du secteur des puces dédiées à l’IA. D’autres acteurs comme AMD, Intel et Google (avec ses TPU) sont également en compétition sur ce marché en pleine expansion.