Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a admis ce dimanche 17 mai 2026 sur France 3 que l’objectif d’un taux de chômage à 5 % « d’ici l’année prochaine » n’était plus atteignable pour la France. Selon Capital, cette déclaration intervient dans un contexte de hausse persistante du chômage, qui a atteint 8,1 % à la fin de l’hiver, selon les dernières données de l’Insee. L’économiste Marc Touati, quant à lui, anticipe une dégradation encore plus marquée, évoquant un possible bond du chômage jusqu’à 9 % d’ici quelques mois.

Ce qu'il faut retenir

  • Le taux de chômage en France a progressé de 0,2 point depuis décembre 2025 et de 0,7 point sur un an, selon l’Insee.
  • Emmanuel Macron visait un taux de chômage à 5 % d’ici 2027, un objectif désormais jugé irréaliste par Roland Lescure.
  • L’économiste Marc Touati anticipe un taux de chômage à 9 % « très rapidement », en raison notamment de la crise énergétique.
  • Lescure impute cette dégradation à un « choc mondial très important », notamment lié à la guerre au Moyen-Orient et à la flambée des prix de l’énergie.
  • Touati critique le « déni de réalité permanent du gouvernement » et souligne l’absence de soutien structurel pour relancer l’activité économique.

Un objectif de plein emploi hors de portée

Roland Lescure a confirmé ce week-end que le taux de chômage de 5 %, synonyme de plein emploi pour le gouvernement, n’était plus un objectif réalisable à court terme. Interrogé sur France 3, il a justifié cette impossibilité par un « choc mondial très important », en référence directe à la guerre en Iran et à ses répercussions sur les marchés pétroliers. « On fait face à un choc mondial très important », a-t-il déclaré, sans pour autant fournir de nouvelles prévisions chiffrées. Le ministre a toutefois tenu à rappeler que le plein emploi restait un « objectif national », saluant les progrès réalisés depuis 2017.

Selon lui, le gouvernement a permis à de nombreux Français, notamment des jeunes et des seniors, de retrouver un accès au marché du travail. Une avancée qu’il juge significative, malgré les défis actuels. Reste que l’écart entre la promesse présidentielle et la réalité économique s’est creusé en quelques mois seulement.

Marc Touati alerte sur une dégradation rapide du marché de l’emploi

Du côté des économistes indépendants, les perspectives sont encore plus sombres. Marc Touati, président du cabinet d’études ACDEFI, a estimé sur le plateau de CNews que le chômage pourrait atteindre 9 % « très rapidement ». Dans une vidéo diffusée ce 17 mai, il explique que « le choc pétrolier a mis de l’huile sur le feu », mais précise que la situation était déjà fragile avant le conflit. « Nous avions une activité en baisse, des faillites d’entreprises en augmentation et un chômage qui commençait à grimper », a-t-il rappelé.

Sur la base des chiffres de l’Insee à 8,1 % de chômage « au tout début de la guerre en Iran et de la flambée des cours pétroliers », l’économiste juge que le pire est à venir. « On pourrait atteindre 9 % de taux de chômage très rapidement », a-t-il prévenu. Touati reproche au gouvernement son « déni de réalité permanent », estimant que les mesures actuelles sont insuffisantes pour contrer les effets d’une crise économique durable. « Quand on a besoin d’un soutien, il n’y a personne », a-t-il déploré, critiquant l’absence de leviers structurels pour relancer l’investissement et la consommation.

Les facteurs aggravants : énergie, croissance et faillites

Les deux hommes s’accordent sur les causes principales de cette dégradation : la flambée des prix de l’énergie, consécutive à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, et son impact sur la croissance. Roland Lescure a évoqué un « risque pour la croissance » lors d’un entretien récent, tandis que Marc Touati souligne que « le choc pétrolier a mis de l’huile sur le feu » dans une économie déjà fragilisée. Les dernières données de l’Insee confirment cette tendance : entre la baisse de l’activité, l’augmentation des faillites d’entreprises et la hausse du chômage, les indicateurs sont au rouge.

Selon des projections citées par Capital, la France pourrait enregistrer une inflation proche de 4 % dès l’automne 2026, aggravant encore le pouvoir d’achat des ménages et, in fine, la consommation. Par ailleurs, les intentions de recrutement ont chuté de 6,5 % en 2026, selon France Travail, signe que les entreprises anticipent une dégradation de leur activité. Dans ce contexte, les jeunes (20 % de chômage selon Patrick Martin, président du Medef) et les seniors restent les populations les plus exposées.

Plein emploi : un objectif toujours affiché, mais de plus en plus lointain

Malgré ces constats alarmants, Roland Lescure a tenu à réaffirmer que le plein emploi restait un « objectif national ». Il a salué les efforts du gouvernement depuis 2017, permettant à des millions de Français de retrouver un emploi. « On a redonné de l’espoir à des Françaises et des Français, notamment des jeunes et des seniors », a-t-il souligné. Une rhétorique qui contraste avec les critiques acerbes de Marc Touati, pour qui le gouvernement « vit dans le déni » et peine à proposer des solutions structurelles.

Lescure n’a pas évoqué de nouvelles mesures d’urgence, mais a rappelé que la France disposait de « marges de manœuvre » pour accompagner les secteurs les plus touchés. Reste à savoir si ces dispositifs suffiront à éviter une dégradation supplémentaire du marché de l’emploi, alors que les prévisions de Marc Touati laissent présager un scénario bien plus sombre.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’économie française. Les économistes tablent sur une publication des nouvelles prévisions de l’Insee d’ici la fin du printemps, qui pourraient confirmer – ou infirmer – les craintes d’un chômage à 9 %. Le gouvernement, de son côté, devrait présenter un plan de soutien aux secteurs les plus exposés, notamment l’énergie et l’industrie, d’ici la rentrée. Quant à la Banque de France, elle pourrait être amenée à revoir ses anticipations de croissance pour 2026, actuellement bien en dessous des objectifs initiaux. Une chose est sûre : la question du chômage et de sa maîtrise restera au cœur du débat politique et social dans les mois à venir.

Réactions et perspectives : entre optimisme et pessimisme

Alors que Roland Lescure défend une ligne mesurée, saluant les progrès passés tout en reconnaissant les défis actuels, Marc Touati adopte un ton bien plus alarmiste. Pour lui, la France « ne parvient pas à se sortir de la difficulté quand il n’y a pas de crise », et la situation actuelle est bien plus complexe qu’en temps normal. « Quand on a besoin d’un soutien, il n’y a personne », a-t-il martelé, pointant du doigt l’absence de réformes profondes et de politiques de relance ambitieuses.

Du côté des entreprises, les signaux sont également inquiétants. Les chefs d’entreprise interrogés par Capital évoquent un « nouveau choc pétrolier » qui pourrait plonger certains secteurs dans une situation critique. Les faillites, déjà en hausse, risquent de s’accélérer si la consommation continue de faiblir et si les coûts de production restent élevés. Dans ce contexte, l’objectif affiché de plein emploi semble de plus en plus inaccessible, à moins d’un retournement de conjoncture inattendu.

Roland Lescure n’a pas fourni de nouvelles prévisions, se contentant d’admettre que l’objectif de 5 % n’était plus atteignable. Selon Capital, cette prudence s’explique par l’incertitude persistante sur l’évolution du conflit au Moyen-Orient et ses répercussions économiques. Le gouvernement pourrait attendre la publication des prochains indicateurs de l’Insee, prévue d’ici fin juin, avant de communiquer sur un nouveau scénario.

Parmi les pistes évoquées par les économistes, figurent des plans de soutien ciblés pour les secteurs les plus touchés (énergie, industrie), des aides à l’embauche pour les jeunes et les seniors, ainsi que des investissements dans la transition écologique pour relancer la croissance. Roland Lescure a mentionné des « marges de manœuvre », mais sans préciser de mesures concrètes à ce stade.