Alors que les effets du réchauffement climatique s’intensifient, deux figures de premier plan, le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou, plaident pour une refonte des politiques environnementales et économiques. Selon Libération, leur proposition repose sur trois piliers : l’articulation entre transition écologique et justice sociale, la création d’une banque européenne dédiée au climat, et la taxation des superprofits des grandes entreprises. L’enjeu ? Éviter un chaos climatique tout en améliorant le quotidien des citoyens.

Ce qu'il faut retenir

  • Les climatologues Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou proposent une approche combinant écologie et pouvoir d’achat.
  • Leur plan inclut la création d’une banque du climat européenne pour financer la transition.
  • Ils préconisent une taxe sur les bénéfices exceptionnels des grandes entreprises afin de redistribuer les richesses vers des projets verts.
  • Leur approche vise à éviter un effondrement climatique sans aggraver les inégalités sociales.

Lier écologie et justice sociale : un impératif

Pour Jean Jouzel, membre du GIEC et ancien vice-président, la lutte contre le réchauffement climatique ne peut ignorer les préoccupations économiques des ménages. Pierre Larrouturou, économiste et député européen, souligne que les politiques climatiques doivent être perçues comme une opportunité plutôt qu’un fardeau. « Nous ne pouvons pas demander aux citoyens de payer le prix de la transition sans leur offrir des contreparties concrètes », a-t-il déclaré à Libération. Leur analyse met en lumière un paradoxe : alors que les alertes scientifiques se multiplient, les mesures adoptées peinent à convaincre les populations les plus vulnérables.

Une banque européenne du climat pour financer la transition

Parmi les mesures phares avancées par les deux experts figure la création d’une banque du climat européenne. Cet établissement financier public aurait pour mission de mobiliser des fonds massifs pour les projets verts, notamment dans les secteurs de l’énergie, des transports et de la rénovation thermique. Selon leurs calculs, un tel outil pourrait lever jusqu’à 500 milliards d’euros par an, en s’appuyant sur des émissions obligataires garanties par les États membres. « L’Europe dispose des ressources nécessaires, mais elle manque d’instruments pour les déployer efficacement », a expliqué Larrouturou. La proposition s’inspire en partie du modèle de la Banque européenne d’investissement, mais avec une focalisation exclusive sur la transition écologique.

Taxer les superprofits pour redistribuer la richesse

Autre levier proposé : une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, notamment celles des secteurs fossiles et de la finance. L’objectif est double : d’une part, sanctionner les acteurs dont les activités aggravent la crise climatique, et d’autre part, financer des mesures sociales comme le chèque énergie ou les primes à la rénovation. Les deux auteurs citent en exemple le secteur pétrolier, dont les profits ont atteint 200 milliards de dollars en 2025 selon l’Agence internationale de l’énergie. « Ces entreprises profitent du statu quo, mais c’est la collectivité qui en paie le prix », a rappelé Jouzel. Leur proposition rejoint celle portée par plusieurs États membres de l’UE, comme l’Espagne ou l’Allemagne, qui plaident pour un impôt minimum sur les multinationales.

Et maintenant ?

Si leur plan a retenu l’attention des cercles écologistes et économiques, son adoption dépendra largement des rapports de force politiques. Le Parlement européen, qui doit voter en 2027 sur la création d’un fonds souverain pour le climat, pourrait s’emparer de certaines de leurs idées. Larrouturou et Jouzel appellent à une mobilisation citoyenne pour faire pression sur les décideurs. « Le temps des demi-mesures est révolu », a lancé le climatologue lors d’une récente conférence. Reste à voir si leurs propositions parviendront à s’imposer dans un contexte marqué par des tensions budgétaires et des divisions entre États membres.

« Nous ne pouvons pas gagner le combat climatique sans justice sociale. Les solutions existent, mais il faut oser les appliquer. »
Jean Jouzel, climatologue

Une proposition qui s’inscrit dans un débat plus large

Leur approche s’inscrit dans un débat déjà vif en Europe, où la question du financement de la transition divise. Certains États, comme la Pologne ou la Hongrie, rejettent toute hausse des prélèvements sur les entreprises, invoquant la compétitivité industrielle. D’autres, comme la France ou les pays nordiques, y voient un moyen de concilier performance économique et durabilité. À cela s’ajoute la pression des mouvements sociaux, qui exigent des mesures immédiates pour protéger les ménages face à la hausse des prix de l’énergie. Pour Libération, cette proposition pourrait servir de base à un compromis entre écologie et équité, à condition que les gouvernements acceptent de bousculer leurs priorités.

Le débat est donc loin d’être clos. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si l’Europe saura transformer l’essai et passer des discours aux actes.

Il s’agirait d’un établissement financier public européen chargé de lever des fonds — jusqu’à 500 milliards d’euros par an — pour financer des projets de transition écologique (énergies renouvelables, rénovation thermique, transports propres). Son modèle s’inspirerait de la Banque européenne d’investissement, mais avec une vocation exclusive dédiée au climat.