Alors que l’intelligence artificielle s’immisce progressivement dans les processus de création artistique, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a annoncé ce samedi 16 mai, en marge du Festival de Cannes, une évolution majeure des critères d’attribution des aides du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Selon Le Figaro, l’institution publique, qui joue un rôle central dans le financement du 7e art français, va prochainement revoir ses règles pour mieux protéger la création humaine face aux outils automatisés. Une décision qui intervient dans un contexte où les technologies d’IA générative soulèvent de vives interrogations sur leur impact sur les métiers artistiques et la propriété intellectuelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CNC va modifier ses critères d’attribution pour exclure les œuvres entièrement générées par IA, comme l’a annoncé Catherine Pégard ce 16 mai à Cannes, selon Le Figaro.
  • Seules les créations humaines pourront bénéficier des aides publiques, y compris pour le doublage où « seule l’interprétation humaine sera soutenue ».
  • La ministre a souligné que l’IA doit rester un « outil » au service de la création, et non une alternative aux auteurs et artistes.
  • Le CNC dispose d’un budget annuel de plus de 800 millions d’euros et finance une part majeure des productions audiovisuelles françaises.
  • Catherine Pégard doit aborder ce sujet avec ses homologues européens dans les prochains jours.

Une protection renforcée de la création humaine face à l’IA

Lors d’une rencontre avec les professionnels du cinéma, Catherine Pégard a rappelé une distinction fondamentale : « La création n’est pas la réutilisation ». Elle a insisté sur l’idée que l’acte créatif repose sur « un regard, une intention, des sentiments », des éléments qu’aucune technologie ne pourrait reproduire. « L’intelligence artificielle est un outil, elle peut accélérer, faciliter, enrichir la fabrication des films, mais elle ne saurait se substituer à l’acte de création », a-t-elle précisé. Pour la ministre, cette position s’inscrit dans une volonté de préserver « le respect de la création humaine », que ce soit pour le partage de la valeur économique ou la protection des emplois dans le secteur.

Cette annonce s’accompagne d’une clarification sur les aides publiques : le CNC ne financera plus demain « une œuvre qui n’aurait pas d’auteur », a-t-elle déclaré. Dans le domaine du doublage, par exemple, seule l’interprétation humaine bénéficiera du soutien financier. Une mesure qui vise à éviter toute substitution des talents par des outils automatisés. « Nous n’aiderons pas des œuvres où l’IA se substituerait au créateur, au lieu de lui apporter des outils supplémentaires », a-t-elle ajouté.

Un budget colossal en jeu et des enjeux européens

Le CNC, dont le budget annuel dépasse les 800 millions d’euros, joue un rôle clé dans le financement du cinéma et de l’audiovisuel français. Chaque année, des centaines de productions bénéficient de ces aides, qui représentent une part importante des recettes des diffuseurs – chaînes de télévision et plateformes – contraints par la loi de consacrer une partie de leur chiffre d’affaires au soutien de la création nationale. Cette dépendance aux financements publics rend la question de l’IA encore plus sensible, car son utilisation pourrait, à terme, menacer l’équilibre économique d’une filière déjà fragile.

Catherine Pégard ne compte pas s’arrêter aux frontières françaises. Elle doit rencontrer ce week-end à Cannes ses homologues européens pour discuter d’une approche commune face à l’IA dans la culture. Alors que plusieurs pays réfléchissent à des cadres réglementaires, la France pourrait prendre une longueur d’avance en conditionnant strictement l’accès aux aides publiques. Une initiative qui pourrait inspirer d’autres États membres, d’autant que l’Union européenne planche sur un règlement dédié à l’IA, dont les contours restent à préciser.

Entre innovation et préservation des métiers, un équilibre à trouver

Cette décision du CNC ne signifie pas un rejet pur et simple de l’intelligence artificielle dans le processus créatif. Catherine Pégard a été claire : « Il ne s’agit pas d’interdire l’usage de l’intelligence artificielle dans les œuvres ». L’objectif est de tracer une ligne rouge entre l’utilisation d’outils technologiques comme support et leur utilisation comme substitut aux talents humains. Cette nuance est cruciale, car elle reconnaît que l’IA peut, par exemple, assister les monteurs dans le traitement de masses de données ou aider les scénaristes à explorer des pistes narratives – à condition que l’œuvre finale reste le fruit d’une intention humaine.

Pour les professionnels du secteur, cette annonce est perçue comme une bouffée d’oxygène. Certains y voient une protection nécessaire contre une automatisation massive qui pourrait dévaloriser des métiers entiers. D’autres, plus sceptiques, craignent que ces règles ne freinent l’innovation ou ne soient contournées par des productions étrangères moins regardantes sur les critères d’éligibilité. Reste que cette position place la France en tête des pays européens soucieux de préserver leur exception culturelle dans l’ère du numérique.

Et maintenant ?

Les nouvelles règles du CNC devraient être publiées dans les prochaines semaines, avant leur entrée en vigueur à l’automne 2026, si le calendrier annoncé est respecté. Les professionnels du secteur, réunis à Cannes cette semaine, devraient disposer de plusieurs mois pour s’adapter. Les prochaines semaines seront également l’occasion de préciser les modalités pratiques de contrôle, notamment pour distinguer une œuvre générée par IA d’une œuvre ayant simplement utilisé des outils automatisés en amont. Par ailleurs, les discussions au niveau européen pourraient aboutir à des propositions communes d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait renforcer ou nuancer la position française.

Alors que le Festival de Cannes 2026 s’ouvre sur fond de débats technologiques, cette annonce rappelle que le 7e art français entend bien conserver sa singularité. Entre tradition et modernité, la filière audiovisuelle devra désormais composer avec une donne technologique en constante évolution – sans pour autant renier ce qui fait son identité : l’humain.

Selon les annonces de Catherine Pégard, le CNC n’aidera plus financièrement les œuvres qui n’auront pas d’auteur humain clairement identifié. Cela concerne notamment les créations entièrement générées par intelligence artificielle, ainsi que les doublages réalisés par des outils automatisés plutôt que par des comédiens.

La ministre n’a pas détaillé les mécanismes de contrôle, mais a indiqué que les règles seraient « très prochainement » modifiées pour intégrer ces critères. Les modalités pratiques, comme des audits ou des déclarations sur l’honneur des producteurs, pourraient être mises en place, comme cela existe déjà pour d’autres types de subventions.