Le Sénat colombien a acté, mercredi 10 juin 2026, l’adoption d’une loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF), une pratique encore observée dans certaines communautés autochtones du pays. Cette décision intervient après deux années de discussions législatives, selon ce qu’a rapporté RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Une première pour la Colombie : le Sénat colombien vote l’interdiction des MGF, une pratique traditionnelle dans certaines communautés autochtones du pays.
- Deux ans de débats : le texte a été adopté après un long processus législatif, marqué par des échanges parfois vifs entre partisans et détracteurs de cette mesure.
- Un phénomène marginal mais persistant : les mutilations génitales féminines restent pratiquées dans certaines régions, notamment chez les groupes autochtones où elles sont perçues comme un rite culturel ou social.
Une avancée législative après des années de discussions
L’adoption de cette loi par le Sénat colombien marque une étape historique pour les défenseurs des droits des femmes dans le pays. Selon les données disponibles, les MGF y sont encore pratiquées dans certaines communautés, notamment dans les régions rurales où les traditions ancestrales pèsent lourdement. Le texte, fruit de deux ans de négociations, avait été initialement proposé par des associations féministes et des organisations de défense des droits humains, avant d’être porté par des sénateurs engagés sur le sujet.
Pendant les débats, des voix s’étaient élevées pour défendre la préservation des traditions culturelles, tandis que d’autres ont souligné l’urgence de protéger les femmes et les filles de pratiques contraires à leurs droits fondamentaux. « Cette loi envoie un signal fort : les droits des femmes ne peuvent plus être sacrifiés au nom de coutumes qui leur causent un préjudice irréversible », a déclaré Maria del Carmen Uribe, sénatrice à l’origine du texte, à l’issue du vote.
Un phénomène marginal mais persistant en Colombie
Si les MGF sont largement documentées en Afrique et dans certains pays d’Asie, leur présence en Amérique latine reste moins médiatisée. Pourtant, des rapports d’ONG et des études gouvernementales ont confirmé leur existence en Colombie, notamment dans des communautés autochtones de l’Amazonie et des Andes. Selon des estimations de l’UNICEF, plusieurs milliers de femmes et de filles seraient encore concernées, bien que les chiffres exacts restent difficiles à établir en raison du caractère clandestin de ces pratiques.
Les autorités colombiennes ont longtemps minimisé l’ampleur du phénomène, évoquant des cas isolés ou des pratiques en voie de disparition. Cependant, les associations locales et les défenseurs des droits des femmes ont insisté sur la nécessité d’une législation claire pour mettre fin à ces mutilations. « Il ne s’agit pas de diaboliser les cultures autochtones, mais de protéger les filles et les femmes des violences qu’elles subissent », a précisé Rosa Martinez, coordinatrice d’une ONG locale spécialisée dans la lutte contre les MGF.
Les défenseurs des droits des femmes appellent déjà à une campagne nationale de sensibilisation pour expliquer les dangers des MGF et les alternatives juridiques disponibles pour les victimes. Une autre question reste en suspens : comment garantir l’application effective de cette loi dans des régions reculées, où l’autorité de l’État est souvent faible ?
Pour l’instant, le débat sur les traditions culturelles face aux droits humains continue de diviser, même après cette avancée législative. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette loi marque un tournant ou reste lettre morte dans les zones où les MGF persistent.
Le texte adopté par le Sénat prévoit des peines de prison pour les auteurs de mutilations génitales féminines, ainsi que des amendes pour les complices. Les sanctions exactes seront précisées lors de la promulgation de la loi, mais elles pourraient aller jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement, selon les cas.